James Coince la Bulle #1

Petite sélection de ce début d’année pour la bande dessinée adulte. Voici un patchwork de différents genres et styles à retrouver chez votre libraire préféré.

Garth Ennis nous invite à un conte horrifique rempli de monstres de divers horizons aidés dans leurs déboires par Freddie l’arrangeur. Marc Dubuisson continue les aventures de son personnage Kowalsky au bureau de l’administration départementale. Baru nous conte son rock’n’roll. Christian Perrissin met en scène le témoignage d’un rescapé d’une armada anglaise partie à la conquête des mers du sud au dix-huitième siècle. Brian Michael Bendis nous régale d’un polar de la fin des années 90 à Cleveland. Lou Lubie elle, nous projette dans une société où les humains cohabitent plus ou moins bien avec des vampires…

Prêts ? c’est parti ! 😉

Freddie L’Arrangeur (Freedie The Fix) – pour public averti –

Friands de steaks saignants avec du bacon bien grillé ?

Pour ceux qui ont la dalle chez Freddie L’Arrangeur vous allez pouvoir vous baffrer d’un horrible burger dégoulinant entre vos doigts !

« It’s Crazy Good » dixit Stephen King. 😋

Freddie, à l’instar du Mr Wolf du Pulp Fiction de Tarantino, est le nettoyeur des bavures (nombreuses) des personnages hallucinants qui peuplent le récit.

Il faut dire que le scénariste de ce conte horrifique n’est autre que Garth Ennis, le père des séries Hellblazer et Preacher.

Il nous met les petits plats dans les grands dans cette variété surprenante de convives autour de la table. Au fil du récit, un loup-garou gay, des dinosaures catholiques et autre croquemitaine pédo-sado-maso…

Surtout, attention aux Hommes-Poissons en allant aux toilettes !

Dès les premières assiettes le dressage fait saliver, le trait du dessinateur Mike Perkins (Captain America, Ruse et Bat-Man: First Knight entre autres) nous propulse dans un univers comics bien léché.

Le tout défile à la cadence d’un service rapide, et en trois ou quatre planches vous changez de scène, passant de surprises en surprises.

Comme cet échange cocasse entre Aliens, attablés autour d’une partie de cartes.

Ces gros crabes mous, racontent leurs déboires sur leur dernier tournage de film X… : « Dans le temps on pouvait souffler entre deux ou trois prises… »

Maintenant pour tenir, ils prennent les pilules bleues dont les prix s’envolent !

Je vous laisse vous régaler, et pour finir ce repas n’oubliez pas de prendre un dessert super acide et gluant avant de passer à la caisse.

« Je le fais illico… » jure Freddie, lorsqu’il doit payer sa cotisation au syndicat…

Freddie L’Arrangeur / Garth Ennis et Mike Perkins / Delcourt, 2026 / 10,50€ (Format 22×29)

Amour, fascisme & CDD

Etre employé de bureau n’est pas si plan-plan que ça avec Marc Dubuisson.

Après « Amour, djihad & RTT » (Delcourt 2019) nous retrouvons Kowalsky, son personnage fantasque, à la tête de l’Administration Départementale fraichement privatisée. Il en profite pour y assouvir ses délires machistes et fascistes.

Accentuez le tout avec de l’intelligence artificielle et nous voilà projetés dans un cauchemar au bureau, où certains « colla’bros » se prêtent au jeu du tyran, alors que d’autres sont déportés aux archives du sous-sol !

Costard cravate et barbe de rigueur pour les uns et travaux forcés à miner de la cryptomonnaie pour les autres.

Kowalsky en profite pour se faire faire un uniforme du designer U. Beaugosse…

A l’instar de ses publications hebdomadaires dans le journal Les Echos, Marc Dubuisson use ici du format « strip » (une planche pour une scène). Cela résonne avec justesse, aux échanges que nous avons fréquemment au bureau entre la machine à café et la pause vapoteuse.

Kowalsky passe allègrement la ligne rouge et vous naviguez entre colère, prise de conscience et rire (ou l’inverse).

J’avoue j’ai ri, j’ai ri puis froncé les sourcils, cueilli sur ce passage où un employé discute avec la psy d’entreprise : « J’ai l’impression de participer à une énorme mascarade absurde qui nous envoie tout droit dans le mur.« 

Et la psy de répondre : « Je vois… Vous avez essayé de redémarrer ? […] Désolée, moi, à la base, je bossais à l’informatique mais ils m’ont transférée ici parce que les états d’âme, c’est plutôt un truc de nana‘. »

Bon le drone de surveillance vient de sonner le rappel, la pause est finie. 😁

Amour, fascisme & CDD / Marc Dubuisson / Delcourt, 2026 / 14,50€ (Format 20×26)

ROCK’N’ROLL – T1 Salauds de baby-boomers

J’ai ouvert le bouquin avec un « Waouh ! » et l’ai refermé avec un « Classe ! » 😎

Dès les premières notes du morceau, j’ai su que j’allais aimer.

Baru nous conte son Rock’n’roll et ses Stars, traversant différentes périodes et divers lieux de la scène musicale.

Des histoires vécues par lui ou ses amis et par lesquelles il rend hommage aux pionniers du rock.

La surprise d’un concert de Jimi Hendrix à la salle des fêtes Maurice-Thorez de Villerupt, le cœur et l’esprit s’envolent !

« Je riais d’être là, au milieu de mes copains, sonné, mais puissant et immortel…« 

Sur une terrasse ombragée avec ses amis anglais Pete et Phil, ces derniers nous racontent la dualité entre les rockers et les mods (abréviation de modernists, des amateurs de modern jazz) au début des années 60 outre-manche entre Penge et Brighton.

Blousons noirs, rock’n’roll et Triumph des uns, s’opposent aux costumes français, rhythm’n’blues et Vespa des autres.

Les histoires originales et insolites s’enchainent, des Southern Death Cult aux Rolling Stones, de la maison de Beauport à Beyrouth…

J’aime le trait de Baru qui change de style selon les époques, et restitue les pochettes de disques et les jeux scènes hyperréalistes.

Un régal ! 😊

Merci Baru, vivement le deuxième tome !

Rock’n’Roll / Baru / Futuropolis, 2026 / 22€ Tome 1/2 (Format 22×27)

Naufrage en Patagonie

On part en bateau ?

Alors on lève l’ancre et on hisse la grand voile !

Prenez quand même les bouées, je sens qu’on va chavirer !

Naufrage en Patagonie… Rien que le titre on aurait pu se douter…

Nostalgique de vos lectures de jeunesse ?

Des grands romans d’aventures que sont L’Ile au Trésor, Robinson Crusoé ou les Révoltés du Bounty

Alors plongez sur ce petit bijou, hybride du document historique et du livre d’art.

Laissez-vous emporter par le souffle épique du récit de John Byron, grand-père du célèbre poète, qui donne sa version des faits sur l’expédition d’une escadre de six vaisseaux partis racketter les espagnols en 1740.

Le Wager sur lequel il sert, fait naufrage au large du Chili…

Un capitaine incompétent et tyrannique, des mutins, la faim, la maladie, la mort…

Et l’instinct de survie pour seul espoir…

Christian Perrissin jongle avec les ingrédients du carnet de Byron et sous le récit captivant, le dessin de Matthieu Blanchin vibre comme les flous de la mémoire du conteur.

Les trognes d’un Goya colorisé passent en cortèges fantomatiques sous les cieux et les embruns de Turner.

Seul le visage de l’amour éphémère d’une jeune indienne restera à jamais gravé au net dans sa tête…

Naufrage en Patagonie / Christian Perrissin et Matthieu Blanchin / Futuropolis, 2026 / 22 € (Format 22×29)

Merci au RASCAL 😜

JINX

Jinx Alameda est chasseuse de primes, « Comme De Niro dans Midnight Run ? […] Exactement« .

Nous sommes à Cleveland fin des années 90.

Jinx va croiser le chemin de Goldfish un escroc de bas étage et de Columbia son incontrôlable acolyte.

Cette réédition de la série culte de Brian Michael Bendis (Daredevil, Ultimate Spider-man, Hellspawn, Powers…) est complétée de références de l’auteur qui nous permettent de remonter aux sources de ses inspirations…

Il s’est servi de photos de modèles pour ses personnages, auxquels il offre des dialogues tarantinesques dans de vrais instants de vie…

Au début de l’histoire, nous retrouvons Jinx et Goldfish autour d’un petit-déj « thé-muffin » au Big Egg.

Cette petite frappe de Goldfish tombé sous le charme a réussi -non sans mal- à convaincre Jinx de venir à ce rencard.

Ils apprennent l’un sur l’autre, s’observent, mais elle sent qu’il n’est pas totalement sincère…

Comme les faces opposées entre aimants qui se repoussent, elle sait que ça va pas le faire…

Columbia les rejoint en trouble fête et ça part en sucette…

Avec la couverture, vous vous doutez bien que dans ce polar tout de noir vêtu, il est question de fric, de flingues et de viande froide !

Certaines planches en photomontage remontent à des histoires passées ou donnent un décor d’arrière plan pour magnifier la scène. J’adore. ☺️

On pense bien sûr à Sin city de Franck Miller avec ici aussi un gros contraste entre noir et blanc.

De l’action ? Vous allez être servis et personnellement ce sont les dialogues qui m’ont le plus plu : copieux, arrogants et drôles.

A classer parmi les classiques du genre.

Jinx / Brian Michael Bendis / Delcourt, 2026 / 32,50€ (Format 17×26)

SAIGNEURS

Lou Lubie est l’une des auteures préférées de Maïa, ma fille de 19 ans.

La curiosité m’a mené vers Saigneurs, son dernier opus, et j’ai été agréablement surpris.

J’avoue, j’ai bien tenté de lui laisser écrire cette chronique mais avec ses révisions de partiels ça ne s’est pas passé comme prévu…

Il est ici question des violences sexistes et sexuelles : un sujet de fond servi par une histoire originale où les hommes sont dans une société dominée par les vampires.

Un Monde où Maggy se bat pour les droits humains, comme elle le ferai aujourd’hui pour les femmes.

Lutter contre les réseaux sociaux, ces tribunes offertes aux haineux de tous bords, protéger les victimes de leurs bourreaux…

Lou Lubie secoue le cocotier afin d’ouvrir les consciences et d’effrayer les chauves-souris…

Les thèmes abordés sont profonds, ils font réfléchir et je me sens fier des lectures engagées de ma progéniture…

Saigneurs / Lou Lubie / Delcourt, 2026 / 22,50€ (Format 20×26)

JAMES LALBIN