Juke Box N°69

Et si nous sortions de nos bulles pour voir un peu ce qui se passe dehors ! Les concerts sont à l’arrêt, les artistes n’ont plus que les ventes de disques pour subsister. Alors si vous ne voulez pas vivre dans un Monde sans culture et sans musique, il faut rémunérer les artistes pour les émotions qu’ils nous donnent ! Car à part Le RASCAL, personne ne vit d’amour et d’eau fraîche… Et de l’émotion il y en a dans ce Juke Box, avec les merveilleux Elysian Fields pour une virée chinoise, Romain Humeau leader d’Eiffel et son nouvel opus solo à ne surtout pas rater et le Trio Loubelya en balade folk langoureuse… Oui sortons de nos bulles et rentrons dans celles de ces fabulateurs de la vie…

Après la solaire Ariana Vafadari et son conte persan, le ténébreux groupe new-yorkais ELYSIAN FIELDS nous propose une escapade chinoise. La mode serait-elle à l’orientalisme dans cette période d’immobilisme forcé ?

L’album TRANSIENCE OF LIFE est inspiré du roman « Dream of the Red Chambers » de l’honorable Cao Xueqin, le pendant de Shakespeare dans l’Empire du Milieu.

Les poèmes du roman, sont complétés par d’autres de Xueqin.

Le poète Lu Chen a co-écrit un texte et Warren Zevon a fourni la reprise subtile de « Indifference of Heaven ».

La mosaïque donne un recueil de sensations à fleur de peau.

L’œuvre au noir d’ ELYSIAN FIELDS n’est pas affectée par ce Roméo et Juliette du bout du Monde, dont les turpitudes collent parfaitement à l’univers du groupe.

Des luttes de pouvoir, du sexe, un amour impossible, le doigt du destin…

Ça pourrait tout aussi bien être un épisode de « Game of Thrones » !

Mais pas d’affolement le groupe sait garder la mesure.

Jennifer Charles et Oren Bloedow composent à partir de ces thèmes une œuvre sensible et esthétique. Une machine à explorer nos contrées les plus sombres et les plus mystérieuses… Nous entrons à tâtons dans une fascination voluptueuse…

Pas facile d’y entrer, pas facile d’en sortir. Tout un paradoxe…

Les anciens comparses de Jean-Louis Murat nous servent, comme à leur habitude, un opus sans concessions. Une musique décharnée, qui touche à l’essentiel, guidée par la voix habitée de Jennifer Charles et la guitare d’Oren Bloedow.

Pour la touche locale, le duo s’est adjoint les services de Saengkwang Gamin Kang la virtuose du Piri (flûte coréenne) et du batteur Sam Levin pour lier la sauce…

Un rêve de musicologue…

Transience of Life / Elysian Fields / Microcultures Records / Kuroneko / Septembre 2020 / Précommande ici !

Celle-ci, elle est pour mon Seub de Lille.

Grand fan d’EIFFEL devant l’éternel et qui va se délecter de mon inculture crasse…

Des fois, on pense juste se faire une petite balade en forêt et sans le savoir on s’attaque à une montagne.

Romain HUMEAU, dans le lot de tout ce que je reçois, j’ai pas vraiment fait gaffe…

Première écoute en faisant la cuisine…

Ouais, pas mal pour un jeune… De Dieu ça crame !

Deuxième écoute, plus concentré, prenant des notes. En pro quoi !

Les trois premières notes de piano, la voix et pendant dix secondes c’est Daho et puis non c’est plus rock, ça prend ailleurs…

Faut dire que Romain HUMEAU avec ECHOS revisite la pop/rock des sixties à nos jours. En français, en anglais, en mélangeant le tout dans un joyeux bordel.

J’ai l’impression que ce gars a des oreilles en forme d’antenne satellite. Il capte tout ce qui passe et le recrache à sa manière.

Troisième round, comme un blind test.

J’ai jeté des noms, les Valentins ou les Innocents pour la sensibilité, the Stooges pour l’énergie, Axel Bauer qui vire en Miles Kane sur le génial « Petite Faille dans l’Espace Continuum Temps », l’adorable Mark Oliver Everett de EELS, the Runaways… La touche féminine ?

 Une entrée Princière digne du Kid de Minneapolis qui dérive en un brûlot grunge pour « L’Art de la Joie ».

… « Follow me … Follow me…»…

Et même sur « Odyssée » la grenouille du « All Is Love » de Roger Glover pour mener la danse !

… « Il n’y a pas de deal »…

Je cerne un peu le truc, mais je sens au fond de moi que quelque chose m’échappe…

Une pluie de gimmicks que je touche du doigt et qui s’évapore…

Pour la quatrième écoute, je me décide (enfin !) à lire la fiche de presse.

( Super bien écrite au demeurant )

Je vais savoir si je suis reçu à l’examen…

D’abord le jeunot, c’est le chanteur d’EIFFEL !

Damned ! Le nom me disait bien quelque chose…

Je comprends mieux la maturité du jeune homme !

 Six albums avec EIFFEL, cinq sous son nom, des collaborations en pagaille, des tournées à travers le Monde…

C’est le moment où je me fais petit dans mes tongues !

Et les résultats du blind test m’obligent à encore plus d’humilité…

Lennon et « Imagine » pour le titre « Echos » ça m’a pas traversé l’esprit, mais maintenant que vous le dites…

XTC ! Je l’avais sur le bout de la langue… Gorillaz ? Pas vu ! Le Bowie des 80’s, j’y avais pensé…

Gainsbourg, Santogold, Pharrel Williams, The Cure, The Strokes, Blur, The Kinks !

N’en jetez plus, la cour est pleine !

Douzième écoute. Je me replonge dans le bain de cette poésie ésotérique d’une beauté aigüe.

Des textes en hiéroglyphes savamment parsemés de fulgurances littéraires.

Une beauté malsaine, qui nous interroge sur la compréhension du monde et la nécessité des choses.

ECHOS résonne en nous comme une évidence. Le propos y est suffisamment ouvert pour que chacun apporte ou prenne ce qu’il ressent.

Romain HUMEAU est un charmeur insaisissable aussi intrigant avec les mots, qu’avec les notes.

L’incandescence de son interprétation, n’est pas pour rien dans l’impact de ses chansons.

Il habite complètement son œuvre et ne se contente pas de la faire briller…

Alors bien sûr on peut jouer au jeu des ressemblances, c’est plaisant, c’est facile…

Mais je crois qu’au bout du compte, Romain HUMEAU ne ressemble qu’à Romain HUMEAU !

Echos / Romain Humeau / SEED BOMBS MUSIC / Septembre 2020 / Précommande ici !

Reçu in extremis pour clôturer ce Juke Box en forme de bulle, un album délicat à la belle pochette… Le nouveau CD du TRIO LOUBELYA, opportunément baptisé BULLE !

Les planètes s’alignent !

Pour l’occasion Marie et les Loubel’s boys ont convié pour cet ouvrage les colocs, les voisins, les amis, les amours, les groupes amis du circuit trad… Beaucoup de monde pour un trio ! Pas moins de 17 musiciens à l’affiche…

Pour moi LOUBELYA c’est avant tout le sourire de Marie Constant derrière son accordéon diatonique.

La bonne humeur et l’atout charme de la joyeuse bande…

Les deux garçons, Rolland Martinez le compositeur talentueux et Florent Lalet chanteur et saxophoniste, ne sont pas en reste pour les facéties.

Ce qui nous rend ce groupe si attachant.

Musicalement les LOUBELYA restent fidèles à leurs deux premiers albums aux compositions délicates et sophistiquées où la table (de mixage !) est toujours ouverte aux amis de passage !

Une entrée sur des volutes d’accordéon pour une « Panne à Ibiza » beaucoup plus jazz que folk. Tout en douceur semble être le cri de ralliement de la tribu…

Une musique nonchalante, pour danseurs fatigués, aux regards larmoyants ou éperdus d’amour…

Un Brass Band pour la swingante « Mazurka Tropicoule » en fanfare de carnaval emmenée par le violon limpide de Camille Raibaud !

Et une valse curieuse qui louche vers le tango de « Las Borios ».

La surprise du chef ? Une jolie reprise de Jean Yanne !

« La Gamberge » bien plaisante, avec en Guests Juliette Minvielle au chant et Mingo Josserand au piano.

« Rondeau Rêve » qui lui, se prend pour un reggae avec un sax à la Féla et la batterie millimétrée de Julien Estève, transfuge comme Camille et Juliette de LAÜSA, dont il est le guitariste !

La clarinette ensorcelante de Rolland pour « Abalone » dans une ambiance de cirque ambulant. Une mazurka dédiée à un généreux donateur de « Rua Da Alegria » le dernier album.

Merci à lui et à tous ceux qui aident les artistes. Je le répète, ils n’ont jamais autant eu besoin de nous tous !

Beat Box et synthé pour « Andromac » et son mood oriental à la limite du planant par instants !

Mais où vont-ils chercher tout ça ?

On enchaîne avec la boîte à musique klezmer de « MicheuStef » et c’est une mécanique de haute précision qui se met en place pour notre plus grand plaisir !

Et c’est « Léo » qui se pointe, en morceau de bravoure avec PULCINELLA au grand complet et Etienne Choquet pour une Scottish endiablée. Un décor de cabaret à la mode des 50’s, un groove de Big Band, un orgue aussi inattendu qu’impertinent… C’est tout bon !

Et l’on finit avec Lolita de LAÜSA et Florent pour un duo d’amour qui ne dépareille en rien la délicatesse de l’ensemble…

« Un Chat Que J’ai Apprivoisé » de Camille Couteau. Inconnu au bataillon…

Mais que j’aurais aimé écrire un texte aussi beau !

Un album apaisant, de danse et de méditation. Une musique aux accents cinématographiques, qui nous nourrit d’images et de frissons et nous transporte de cirque de rue en nostalgie de quai de gare…

Rolland Martinez et LOUBELYA ont composé avec BULLE, une œuvre élégante et raffinée. Le tout mis en musique somptueusement par la fine fleur du folk trad.

Alors à l’instar de Daho … »J’aimerai coincer ma Bulle dans ta Bulle »…

Bulle / Trio Loubelya / Juin 2020 / Téléchargement et achat ici !

LE RASCAL (Crédit photo d’appel : Catherine Charvet)

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