Arts et essais ! N°5

Deux ouvrages qui exposent l’étendue des talents des artistes du street art, un autre sur la magie de l’Orient qui fait rêver Serge Moati (et nous, par ricochet !), un petit tour féministe du côté des impressionnistes avec Berthe Morisot et, pour finir, les dessins de la poétesse Sylvia Plath ! Vous allez en prendre plein les mirettes !!!

 

 

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C’est à Nice où il a vécu (et étudié aux beaux-arts) que ce tout jeune homme a découvert le tag et le graffiti et qu’il a commencé à investir la rue comme théâtre d’expression. Après un détour par la publicité où il apprit la concision et l’importance de l’impact du slogan, il s’est lancé à corps perdu dans son art fait d’engagement, de provocation et d’irrévérence mais aussi vecteur de messages de paix et de tolérance. En six chapitres, Linda Mestaoui nous donne à voir l’incroyable talent et la diversité de cet artiste qui s’est essayé à peu près à toutes les techniques : bombe, pochoir, collage, photo, peinture… J’en oublie certainement ! Ses détournements de BD, d’affiches de cinéma ou d’icônes venus du dessin animé ou du jeu vidéo ont fait le tour du monde… Le « pillage visuel » de Combo ne manque pas d’impertinence et encore moins d’humour ! Quand il s’attaque au cirque politique et médiatique, il le tourne en dérision en détournant les affiches électorales. Idem avec les photos sur l’actualité qu’il suit de très près (J’adore celle des membres du gouvernement avec la tête des Rapetous ou celle des hommes politiques (américains ?) en Pinocchios !) Combo a également plagié avec talent les grands maîtres de la peinture (Van Gogh, Mondrian, Kandinsky….) dans  sa série « Pigeons », démontrant une fois de plus l’ampleur de son talent… Mais Combo, en plus de son indéniable talent, a bien d’autres qualités, dont le courage n’est pas le moindre … Après s’être fait violemment agresser pendant qu’il collait des affiches de la série CoeXist qui prône le vivre ensemble (représenté par le croissant musulman, l’étoile de David et la croix chrétienne), au lieu de laisser tomber l’affaire, il a réagi en invitant, lors d’une émission télé, tous ceux qui voulaient transmettre ce message à le rejoindre. Cassé de partout, mais digne et encore plus déterminé ! Partout où il est urgent de délivrer un message, vous pouvez être sûrs de trouver la trace de ce globe-trotter intrépide sur les murs, que ce soit à Tchernobyl pour dénoncer les dangers du nucléaire, à Hong-Kong la censure des dirigeants chinois sur Internet ou à Beyrouth où, en résidence d’artiste, il a lancé le « DjiArt »… La générosité qu’elle soit artistique ou humaine est également chevillée à l’âme de cet « artiste à risques ». Il est fréquent qu’il invite les Internautes à participer activement à l’un de ses nombreux projets : débuts de phrases à terminer, colorie, ou encore la confection du gigantesque drapeau réalisé avec les milliers de bouts de tissu envoyés par tous ceux qui souhaitaient s’impliquer dans cette belle réalisation… Après les terribles et traumatisants attentats de novembre 2015, il a réagi en recueillant et travaillant des centaines de photos de gens faisant la fête qu’il a placardé des jours et des nuits durant « Paris nuit debout »… Combo a exposé également … A l’institut du monde arabe, il a présenté ses œuvres sur des supports allant du carton à la bâche, avec une installation sonore et vidéo. Mais c’est dans la rue que son art s’exprime le mieux, dans son milieu naturel et visible par tous… Cet ouvrage exhaustif et passionnant nous dévoile un artiste attachant qui ne fait aucune concession, ni à l’art, ni à la morale et encore moins à l’obscurantisme. Son humour est sa principale arme. Avec son talent… qui est immense. Un artiste nécessaire à déclarer d’urgence d’utilité publique !

Combo artiste à risques de Linda Mestaoui, Éditions Alternatives,  2016 / 28€

 

 

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Cet ouvrage nous donne l’occasion de découvrir une cinquantaine de street artistes (ou d’approfondir notre connaissance à leur sujet) que les auteurs ont sélectionné selon des critères bien précis : leur production de ces deux dernières années, la cohérence de leur style, leur maîtrise technique et leur originalité, leur influence sur d’autres artistes et leur popularité au sein des réseaux sociaux. Leur choix a dû être cornélien ! Mais comme il est impossible de dresser une liste exhaustive de ces créateurs tous plus talentueux les uns que les autres, il a bien fallu se résoudre à faire des choix, que je trouve, pour ma part, assez judicieux … Le livre se présente en six parties: abstrait (1010, Elian, Maya Hayuk), Surréalisme (Etam Cru, Daleast, Fintan Magee, Eversiempre, Nychos, Seth , Alexis Diaz, Ludo, Phlegm, Pixel Pancho, Aryz, Bicicleta Sem Freio, M-City), Toyisme et art naïf (Bordalo II, Ella et Pitr, Osgemeos, Agostino Iacurci), figuratif (Conor Harrington, Jana et JS, Faith47, Elle , Fikos, Hyuro, Strok Borondo, Inti ), hyper-réalisme (Telmo Miel, Axel Void, Case Maclaim, David Walker, Tristan Eaton, Guido Van Helten, MTO, Rone) et interventionnisme urbain (Ernest Zacharevic, Escif, Space Invader, Mobstr, Spy, Pejac, Levalet, JR, Banksy, Biancostrock, Isaac Cordal, Joe Iurato). Dans chacune d’entre elles, on découvre les œuvres, le portrait et parfois une interview de l’artiste représenté. Certains ne sont connus que des initiés, d’autres du grand public, ce qui donne un intérêt non négligeable à ce livre dans lequel on découvre des univers très différents que ce soit dans le choix des sujets, des matières ou des techniques utilisées. Björn Van Poucke et Élise Luong nous ont dressé un bien joli panorama de cet art vivant, sombre ou empreint d’humour, de colère ou de sérénité… Superbe et passionnant !

Street art / Today de Björn Van Poucke et Élise Luong, Éditions Alternatives, 2016 /14,90€

 

 

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Ouvrez la porte du musée idéal de Serge Moati ! Originaire de Tunis, cet amoureux de l’Orient nous offre davantage qu’une analyse artistique: il nous fait entrer en catimini dans son intimité pour nous présenter avec une émotion et un enthousiasme très communicatifs, sa carte du tendre des œuvres qu’il nous présente. En passionné, il nous fait partager ce qui le fait vibrer et, en le lisant, on l’entend presque nous raconter avec volubilité pourquoi ces œuvres le bouleversent et l’inspirent ! Sa sélection offre une large palette où bien des mouvements picturaux sont représentés, d’auteurs reconnus et renommés comme Delacroix, Picasso, Rubens, Matisse ou Renoir, et d’autres moins illustres qui se révèlent être de belles découvertes, comme les artistes de l’école de Tunis, et bien d’autres encore ! Issues de collections publiques ou de la collection privée de Moati, ces toiles mettent en valeur les charmes et la lumière de l’Orient : portraits de femmes lascives, étoffes somptueuses explosant de couleurs, scènes de la vie quotidienne du Maghreb… Elles évoquent également la religion, l’aridité du désert ou représentent des scènes de batailles et de guerres. La littérature n’est pas oubliée dans ce magnifique ouvrage d’art où des textes de Lamartine, Musset, Nerval ou Baudelaire s’intercalent avec harmonie entre les tableaux que Moati commente en de petits apartés aussi malicieux que délicieux. Magnifique !!!

Rêves d’Orient de Serge Moati et Edwart Vignot, Editions Place des Victoires, 2016 / 39,95€

 

 

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Berthe Morisot fut la première femme à entrer dans le groupe impressionniste et la première à en sortir, à sa mort en 1895, à l’âge de 54 ans… Belle-sœur de Manet (elle épousa son frère, Eugène), elle posa pour lui comme modèle (le balcon, portrait au bouquet de violettes) et fut l’amie de Monet, Pissarro, Degas et Renoir (dont elle fut la confidente). Femme discrète et mélancolique, elle a laissé une empreinte très personnelle dans le mouvement impressionniste et était admirée par les grands écrivains de l’époque comme Stéphane Mallarmé, Victor Hugo ou Paul Valéry. Son œuvre est essentiellement axée sur la féminité et la maternité auxquelles elle apportait une touche de sensualité toute en retenue et en pudeur. Elle s’est également essayée avec bonheur à la réalisation de paysages et de natures mortes… Berthe Morisot n’avait pas d’atelier, elle peignait chez elle dans son quotidien, ce qui apporte une fraicheur et une spontanéité extraordinaires à ses toiles. Elle a laissé une œuvre assez considérable : 423 tableaux, 191 pastels, 240 aquarelles et entre 200 et 300 dessins ! Ce livre d’art est une splendeur ! Vous y retrouverez les œuvres de Morisot, bien sûr, mais aussi des fac-similés de lettres, de correspondances, des textes de Huysmans, Fénéon, Zola, Valéry et Mallarmé ainsi que des photographies qui apportent une émotion incroyable au texte exhaustif de Jean-Dominique Rey. Son analyse artistique d’une grande érudition nous apporte un éclairage nouveau sur celle « qui pénétrait l’intimité des êtres et des choses »…

Berthe Morisot de Jean-Dominique Rey, Flammarion, 2016 / 25€

 

 

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Sylvia Plath est davantage connue pour ses poèmes que pour ses dessins … C’est pourtant à travers l’art qu’elle puisait son inspiration : plusieurs de ses écrits ont été inspirés par Henri Rousseau, de Chirico ou Klee… Les éditions de la Table Ronde rendent hommage à cette femme fragile au destin tragique (elle s’est suicidée en 1963 à l’âge de 31 ans…) en publiant cet ouvrage où sont répertoriés lettres (à son mari et à sa mère), extraits de son journal et bien sûr dessins de la poétesse. Presque tous réalisés à l’encre et plume sur papier (sauf quelques esquisses au crayon sur papier), ces dessins expriment un regard et une sensibilité à fleur de peau dignes d’une véritable artiste. La plupart ont été réalisés lors de son voyage de noces avec Ted Hughes en Espagne et à Paris, l’époque sans doute la plus heureuse de sa courte vie … Paysages, natures mortes, ruelles de Benidorm  ou toits de Paris, tous ces dessins provenant de la collection privée de Ted Hughes (poète lui aussi) ont été exposés et mis en vente à Londres, en 2011… Ce livre n’en n’a que plus de valeur en nous offrant l’occasion de pouvoir contempler à loisir les dessins de celle qui disait « voir l’infini dans un grain de sable »… Un précieux témoignage.

Sylvia Plath: dessins de Frieda Hughes, La Table Ronde, 2016 / 22€

 

Christine Le Garrec

 

 

 

 

 

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