Papiers à bulles ! N°18

Quoi de neuf côté BD en ce mois d’octobre ? Que du bon !!! Simon Hanselmann est de retour pour un « Happy fucking birthday » déjanté et furieusement hilarant qui vous mettra définitivement de bonne humeur ! La dernière oeuvre de Taniguchi ne vous laissera que des regrets : sa « Forêt millénaire » inachevée est un pur joyau d’émeraude… Un peu d’art avec « Frida » que revisite Vanna Vinci dans un journal intime magnifiquement illustré qui vous donne envie de redécouvrir l’oeuvre de cette artiste des plus icôniques du 20ème siècle… Avec ses « petites victoires », Yvon Roy nous offre un  témoignage puissant et émouvant sur l’autisme, empreint d’amour et d’espoir… De l’histoire, maintenant ! Avec « Le partisan » qui rend un hommage sans paroles à la résistance italienne et au grand-père de son auteur,  avec un pouvoir d’évocation qui va vous scotcher … Pour finir, Duval, Pécau et Calvez revisitent l’histoire de la guerre de 14 dans une uchronie irrésistible d’intelligence… Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

 

Megg, Mogg et Owl, les sidérants personnages de Simon Hanselmann, sont de retour après leur périple mouvementé à Amsterdam : ça tombe bien, ils commençaient à nous manquer grave ! Pas d’inquiétude : ils ne se sont pas assagis depuis leur séjour au pays des pétards et vous les retrouverez dans l’état où vous les avait laissés ! Camés jusqu’à l’os et pratiquant une sexualité aussi débridée qu’imaginative, ces jouisseurs, pas très bien dans leur peau, à la mauvaise foi hallucinante et à l’égoïsme primaire, n’ont pas bougé d’un poil pour le plus grand bonheur de leurs aficionados qui se régaleront de leurs nouvelles mésaventures déjantées et euphorisantes ! Megg est toujours aussi dépressive, Werewolf toujours aussi imprévisible, Mogg toujours aussi philosophe (sauf lorsqu’il est en manque) et Owl, toujours aussi compréhensif et généreux, malgré tout ce que lui font endurer ses colocataires, continue à ne récolter qu’indifférence et ingratitude… Même (et surtout) le jour de son anniversaire (ces ingrats avaient déjà zappé de le lui souhaiter), ils réussissent à lui taper la honte dans le restaurant français chicos où cet inconscient les avait conviés… Un fucking anniversaire hilarant où vous retrouverez toutes les ficelles du talent d’Hanselmann pour vous dérider les zygomatiques !

Happy Fucking Birthday de Simon Hanselmann, Misma, 2017 / 25€

 

 

 

Après le divorce de ses parents, puis la dépression de sa mère, Wataru est contraint de quitter Tokyo pour se réfugier à la campagne chez ses grands-parents. Pour le petit citadin, la transition est rude, d’autant plus que les gamins du village ne lui font pas de cadeaux et qu’il a du mal à se faire accepter… Heureusement, il y a cette forêt, magnifique et pleine de mystères, qui le fascine et le rassure tout à la fois : mystérieusement née d’un tremblement de terre, elle a surgi, profonde, verte et luxuriante, des entrailles de la terre… Cette prometteuse « forêt millénaire » devait à l’origine se présenter sous la forme d’une série de cinq tomes. Il faudra malheureusement nous contenter de la genèse de cette histoire, cruellement interrompue par le décès de Taniguchi en février dernier, qui nous prive à tout jamais de la suite de cette superbe ode à la nature, empreinte de poésie et de délicatesse… Format à l’italienne, qualité exceptionnelle du papier, détails des origines du projet, carnets de croquis, courte biographie… Les éditions Rue de Sèvres rendent à travers cet ouvrage classieux et émouvant, un magnifique hommage à cet auteur attachant, convaincu de la nécessité de vivre en harmonie avec la nature. En compulsant cet album, on est happé par la beauté des aquarelles qui, dans une palette déclinant une infinité de verts, vous transportent dans un univers bienveillant et apaisant… Conte fantastique, fable écologiste : cet ultime ouvrage est indispensable à tous les admirateurs de cet auteur génial, bien trop tôt disparu…

La forêt millénaire de Jirô Taniguchi, Rue de Sèvres, 2017 / 18€

 

 

 

 

Vanna Vinci nous convie à une biographie de Frida Kahlo dans ce journal intime graphique, somptueusement illustré, qui entremêle faits historiques réels et séquences oniriques où se déploie l’univers de la grande artiste mexicaine. Brisée par un dramatique accident qui a conditionné une existence qu’elle a vouée à l’art, Frida Kahlo nous a légué une œuvre très personnelle où la mort et la souffrance sont omniprésentes. Cette promiscuité avec la grande faucheuse a donné à Frida toutes les audaces pour vivre sa vie pleinement sans se soucier des convenances : une urgence de vivre qui a fait d’elle une femme libre et sensuelle, avide de liberté, collectionnant les aventures masculines et féminines tout en vivant une passion tumultueuse et invincible avec Diego, « son homme-enfant », qu’elle a aimé jusqu’à son dernier souffle… Frida a su transformer la laideur en beauté et bousculer « l’art établi » à travers  ses toiles où elle a dévoilé son intimité avec un talent impudique et magnifique : les illustrations de Vanna Vinci, tout en délicatesse, très colorées comme l’univers qui les a inspirées, rendent le plus bel hommage qui soit à cette femme d’exception. Superbe !

Frida : petit journal intime illustré par Vanna Vinci, Le Chêne, 2017 / 24,90€

 

 

 

 

Quand un plus un égal trois, c’est le bonheur total : celui que vivent Marc et Chloé à la naissance d’Olivier, leur petit garçon… Comme tous les parents, ils rêvent le meilleur pour leur petit ! Aussi commencent-ils à s’inquiéter quand, à presque deux ans, Olivier ne dit toujours pas un mot… Ils consultent un spécialiste qui effectue une batterie de tests sur leur petit garçon et le diagnostic tombe implacable, comme un couperet : Olivier est autiste et les médecins, dans un jargon parfois incompréhensible, condamnent irréversiblement Olivier à passer sa vie en institution spécialisée… Comment réagir face à un tel bouleversement ? Mal, bien sûr… La souffrance et les peurs de Marc et Chloé se transforment en tensions qui vont faire éclater leur couple en morceaux, mais les laissent déterminés à rester unis pour accompagner leur fils dans ce long et douloureux chemin…  Après l’abattement du début, tous deux refusent cette terrible fatalité et décident de ne pas baisser les bras en menant un combat quotidien pour faire sortir leur petit garçon de sa bulle, du monde intérieur où il est enfermé. Une lutte faite de doutes et de découragements, bien sûr, mais aussi de patience et de persévérance, d’expériences et de mises au point de techniques pour ouvrir et apaiser Olivier face au monde qui l’entoure… Chaque progrès de leur petit garçon est une petite victoire qui, mises bout à bout, rendront Olivier à la vie… Yvon Roy nous retrace à travers ce roman graphique sensible et émouvant sa propre expérience de papa confronté à la maladie de son fils, qu’il a combattu courageusement en n’acceptant pas « qu’il apprenne à vivre avec son handicap mais en voulant qu’il le surmonte »… Une histoire d’amour et de patience, de combat et d’espoir dont il est sorti vainqueur à force de persévérance… Ce témoignage précieux, sans pathos, tout en pudeur retenue, accompagné d’un dessin épuré en noir et blanc qui va droit à l’essentiel, vous remue les tripes … Un message d’espoir contre la fatalité, sincère et empreint d’humour qui ouvre la porte à tous les possibles : lumineux et profondément touchant…

Les petites victoires d’Yvon Roy, Rue de Sèvres, 2017 / 17€

 

 

 

 

Italie : fin 1944. Après la chute de Mussolini et l’armistice signé avec les alliés, l’armée allemande envahit l’Italie… La lutte armée s’intensifie alors au sein de  la résistance pour combattre les miliciens italiens toujours actifs et les soldats de la Wehrmacht : embuscades et coups d’éclat des partisans répondent en échos vengeurs aux rafles des nazis et des fascistes jusqu’à leur défaite et à la libération du pays au printemps de l’année 1945… A travers cette page importante de l’histoire de l’Italie, Maurizio Quarello retrace celle de ses grands-parents, Maurizio et Maria, rendant un vibrant hommage à leur courage et à leur détermination : si Maurizio s’est battu physiquement pour la liberté de son pays, Maria, par sa contribution aux actes des partisans, fut un lien protecteur indispensable à leur survie… Dans cet ouvrage purement graphique, absent de tout texte, les expressions des personnages et l’ambiance de l’époque sont tellement saisissants de vérité que les mots deviennent en effet superflus : les regards et les postures parlent d’eux-mêmes dans un dessin fin et délicat qui se passe de commentaires… Une prouesse qui laisse toute la place à l’émotion avec un talent fou et une puissance évocatrice rare… somptueux…

Le partisan de Maurizio A.C. Quarello, Editions des éléphants, 2017 / 18€

 

 

 

 

Tout va mal… La guerre de 14 a été perdue par les français et les allemands occupent le pays… Georges Clémenceau, le président du conseil réfugié à Alger, a créé un gouvernement des forces françaises d’Afrique et refuse de négocier la paix dans des conditions aussi défavorables… Pour ne rien arranger, la rumeur circule que le kaiser négocie un traité de paix avec le tsar Nicolas II qui, s’il était réellement signé, couperait tout espoir à la France de combattre la puissance allemande… Mais la lutte entre anarchistes et bolcheviks bat son plein en Russie et Clémenceau y voit une occasion de se sortir de l’ornière… Il convoque Blondin, le commissaire des fameuses brigades du Tigre, pour lui confier une mission délicate : après avoir sorti l’anarchiste Jules Bonnot du cachot où ce dernier croupit, il devra l’accompagner en Russie pour organiser un attentat contre Nicolas II … Sa mort couperait ainsi toute possibilité d’alliance entre russes et allemands… Tout en respectant le contexte historique et politique de l’époque, Duval et Pécau prennent de la distance avec l’Histoire et imaginent comment les évènements auraient pu se dérouler à travers ce scénario brillant et bien ficelé ! Suspense, action et humour servis par un dessin réaliste et soigné, « La révolution russe » se lit avidement, comme un bon roman d’aventures !  Rocambolesque et passionnant !

La révolution russe : jour J Par Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Florent Calvez, Delcourt, 2017 / 19,99€

 

 

Christine Le Garrec

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