Les Chroniques du BOvore: Spécial Film Music Prague 2019 (1) – John Powell

La démocratisation de la musique de film s’est propagée à une allure folle dans les pays d’Europe de l’Est. Il n’y a qu’à s’informer des évènements/concerts à venir pour se rendre compte de l’importance qu’ils accordent à cette industrie florissante. Parmi les plus célèbres : le Krakow Film Music Festival (Pologne), le Hollywood in Vienna (Autriche), et le Film Music Prague Festival (République Tchèque). Ces dernières années, ces festivals ont accueillis James Newton Howard (Les Animaux Fantastiques), Hans Zimmer (Pirates des Caraïbes), James Horner (Avatar),  Harry Gregson-Williams (Le Monde de Narnia), Craig Armstrong (World Trade Center), Patrick Doyle (La Planète des Singes : Les Origines), Alexandre Desplat (La Forme de l’Eau), Fernando Velazquez (The Impossible) ou encore Elliot Goldenthal (Batman Forever). Avec des invités aussi prestigieux que talentueux, comment ne pas être tenté de goûter à l’une de leurs futures éditions ? Lorsque John Powell (Dragons) et Harry Gregson-Willliams  furent annoncés au programme de cette 8ème édition du FILM MUSIC PRAGUE (du 1er au 4 Février 2019), j’ai instantanément ressenti la nécessité absolue de me rendre dans la ville aux cent clochers pour y assister.

01/02/2019 :  – PRECONCERT : RENCONTRE AVEC JOHN POWELL

Au-delà de l’aspect musical, le FILM MUSIC PRAGUE met à l’honneur les compositeurs pour le cinéma et favorise les interactions avec le public grâce à des panels/workshops. Le producteur et présentateur Tim Burden était spécialement venu sur place pour mener une interview en live du compositeur John Powell ; 1 heure avant le début du concert. Dès son entrée sur scène, il nous annonce une nouvelle pour le moins accablante : John Powell ne pourra nous honorer de sa présence ce soir! Sa venue était pourtant confirmée mais l’on apprend ; dans une lettre nous étant adressée, que l’état de santé de son père ne lui permettait pas d’assister à ce concert hommage. Même si j’éprouvais une grande empathie vis-à-vis de ce qu’il traversait, impossible de ne pas ressentir de l’amertume et de la déception. Ce n’est pas tous les ans que Powell vient nous rendre visite… (Et ce ne sont pas quelques CDs disséminés sous des sièges qui suffiront à consoler le public !)

01/02/2019 : – STARS OF HOLLYWOOD : JOHN POWELL

En s’emparant du modeste programme, on constate que la représentation de ce soir fera la part belle à la trilogie DRAGONS ; de quoi galvaniser à coup sûr les aficionados du compositeur au sourire malicieux. C’est d’ailleurs avec une longue suite de DRAGONS (Dean DeBlois & Chris Sanders – 2010) que le City of Prague Philarmonic Orchestra; placé sous la direction de Miriam Nemcova (Film Music Prague 2017), enflamme le Rudolfinium ! On retrouve les morceaux phares (‘This is Burk’, ‘Test Drive’) de la BO nommée à l’Oscar de la Meilleure Musique de Film en 2011. Un grand moment d’anthologie frissonnant qui nous rappelle immanquablement la claque musicale reçue à sa découverte en 2010! On reste ensuite dans l’animation ; le domaine de prédilection de Powell qui se refuse d’encourager le cinéma d’action/violence depuis quelques années, avec L’AGE DE GLACE 2 (Carlos Saldanha – 2006) ; une partition à la fois mouvementée et répétitive.

La suite dédiée à X-MEN : L’AFFRONTEMENT FINAL (Brett Ratner – 2006) vient nous rappeler que Powell a lui aussi surfé sur la vague des superheroes movies en signant les partitions de ce troisième volet très controversé de la saga X-Men. On s’attendait alors à la fulmination de la chorale (le Kühn Choir of Prague posté au pied de l’orgue et quasiment inactif depuis le début du concert) grâce à la reprise impérieuse du thème du Phoenix/Jean Grey (‘Phoenix Rises’) ; la pièce maîtresse de ce score. Malheureusement, nous n’avons récolté que quelques voix timides interprétant uniquement ‘The Last Stand’, la piste musicale du générique de fin. On a comme l’impression que le potentiel des chœurs n’a pas été exploité…

Comment rendre un hommage décent à John Powell sans citer son travail sur LA TRILOGIE JASON BOURNE ? Des cordes aériennes dévoilent un hautbois intrigant et l’on reconnaît immédiatement la séquence d’ouverture musicale de LA MEMOIRE DANS LA PEAU (Doug Liman – 2002). Une citation brève mais efficace qui résume son travail minimaliste et atmosphérique sur le premier volet de cette saga portée à l’écran par Matt Damon. L’orchestre n’est certes pas équipé (en termes de percussions et de synthétiseurs) pour s’élancer dans des morceaux d’action comme ‘Berlin Foot Chase’ ou ‘To the Roof’ mais il pouvait faire allusion à d’autres mélodies notables des films de Paul Greengrass (LA MORT/LA VENGEANCE DANS LA PEAU) comme ‘Funeral Pyre’, ‘Nach Deutschland’ ou encore ‘Jason Is Reborn’. Néanmoins, le programme est déjà bien chargé et les organisateurs souhaitent couvrir le maximum de films de sa carrière, ce qui me semble être un choix très judicieux !

La suite de PAN (Joe Wright – 2015) apporte un contraste musical exacerbé par rapport à la partie précédente, avec son dynamisme orchestral ahurissant ! La médiocrité du film (un avis personnel qui me concerne) ne m’avait pas donné envie de me replonger dans la partition de John Powell à l’époque mais je dois avouer que mon avis a rebasculé à ce moment précis ! Ses compositions récentes pour le spin off SOLO : A STAR WARS STORY (Ron Howard -2018) prennent ensuite le relais, de quoi régaler les cosplayers STAR WARS invités pour l’occasion à inaugurer et animer cette 8ème édition du FILM MUSIC PRAGUE. Le plaisir a été de courte durée : seulement 4 minutes de musique ; pour ce qui a été qualifiée de « suite » dans le programme, durant lesquelles le City of Prague Philarmonic Orchestra interprète la fanfare de ‘Mine Mission’. Aucune allusion au thème de John Williams (‘The Adventures of Han’) n’est faite en raison des droits d’auteur probablement. Je crois que le Luke Skylwalker assis non loin de moi aurait aussi souhaité un hommage plus éloquent pour son ami Han…  Une pause s’impose pour se calmer les nerfs à coups de sabres lasers !

Une suite majestueuse de DRAGONS 2 (Dean Deblois – 2014) vient amorcer cette deuxième partie du concert. Celle-ci se concentre principalement sur les nouvelles mélodies de ce second volet qui fait davantage intervenir les chœurs. On y retrouve notamment le thème de l’Alpha et de Stoic qui renvoient à l’une des séquences inopinée du long-métrage : la mort tragique de Stoic. L’incorporation du ‘Love Theme’ de L’AMOUR SANS PREAVIS (Marc Lawrence – 2003) au programme cherche très certainement à témoigner de la versatilité de ce talentueux compositeur. Probablement méconnu du public, la mélodie de cette comédie romantique fait régner l’intimité dans la salle grâce à son piano suave qui se mêle à des cordes mélancoliques. Quant à FERDINAND et MR. & MRS. SMITH, ils nous expédient tous deux au cœur de l’Espagne grâce à leurs sonorités très typées et rythmées ! Petit retour en arrière dans le programme: le grand absent de la suite de DRAGONS ; le morceau culte ‘Forbidden Friendship’, est joué en aparté ! Véritable ascenseur émotionnel, il provoque l’excitation au sein du public qui se remémore alors la naissance de l’amitié inébranlable entre Harold et Krokmou.

Le concert STAR OF HOLLYWOOD : JOHN POWELL coïncide avec la sortie de la bande-originale de DRAGONS 3 : LE MONDE CACHE (Dean DeBlois – 2019), conclusion d’un arc narratif particulièrement dense. Tel un rituel (une suite de DRAGONS 2 avait été présentée au Film Music Prague de 2014), ‘The Hidden World Suite’ est ainsi interprété en avant-première mondiale. L’excitation est à son comble à la découverte de ces nouvelles mélodies qui parcourent cette nouvelle aventure d’Harold et Krokmou ; et dont certains se sont préservés d’écouter sur YouTube avant le concert ! Il est possible de scinder cette suite en 3 parties qui correspondent à une séquence spécifique mais facilement identifiables (même sans avoir vu le film). Un premier morceau particulièrement enjoué semble être associé à l’exode des Burkiens tandis que le suivant ; qui combine romantisme hollywoodien et action typiquement « powellienne », illustrerait parfaitement la danse nocturne de Krokmou et de la Furie éclaire. Enfin, un thème empreint de mystère et porté par des chœurs grandiloquents suggère la découverte du Monde Caché (mes théories se sont vérifiées lors du visionnage de DRGONS 3). On ressent que l’adieu à la franchise sera bouleversant ! La chef d’orchestre Miriam Nemcova rapplique pour un rappel consacré au film d’animation déjanté CHICKEN RUN (Peter Lord – 2000), dont la BO a été co-écrite par Harry Gregson-Williams (SHREK). Une surprise pour le moins inattendue !

Malgré l’absence notable de son invité d’honneur qui aurait pu nous faire part d’anecdotes croustillantes tout au long de ses interventions, le concert STAR OF HOLLYWOOD : JOHN POWELL brille par bien des aspects. Qu’il s’agisse de la large couverture de sa carrière hollywoodienne ou de l’interprétation du City of Prague Philarmonic Orchestra, l’hommage était prégnant. La magnificence de ses mélodies hante encore le Rudolfinium et une seule hâte m’obsède à la sortie : me délecter de la musique de DRAGONS 3 !

Mes pensées vont à John Powell et à son père.

David-Emmanuel – Le BOvore

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