Juke Box N° 71

Le monstre est tapi dans l’ombre. Mais tel des Cosette modernes, les artistes continuent d’étancher notre soif de culture. Pour ce 71eme Juke Box nous nous abreuverons des paroles et des notes de HK, de Roxane ARNAL, d’IMBERT IMBERT et d’APPLE JELLY. Santé !

HK est de retour !

En soi comme ça, sans rien avoir écouté, c’est déjà une bonne nouvelle pour se requinquer le moral.

Sa gouaille, son sens de la punchline commençaient à nous manquer depuis 2017.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter HK, le chantre de la lutte sociale, omniprésent sur la sono des manifs et les ronds-points des gilets jaunes.

Il nous revient avec PETITE TERRE, un album monument.

Pas moins de 18 morceaux, pour éveiller les consciences entre humour, tendresse et combativité. 

HK et ses Saltimbanks ne lâchent toujours rien et c’est plutôt réconfortant !

Le Roubaisien de Bergerac nous écrit de Dordogne, son nouveau port d’attache.

 Je ne sais pas s’il demande déjà des chocolatines à la boulangère, mais à défaut, il chante si bien la douceur de l’Occitanie, que beaucoup lui sera pardonné.

L’Occitanie son nouvel Eldorado, qu’il parcourt avec les toulousains de Bombes 2 Bal dans l’Automne Occitan à la rencontre des Joyeux Faucheurs qui font la nique à Monsanto dans les cris de joie d’un bal de village.

HK mobilise la langue et les mots pour engager la résistance.

Avec des chœurs d’enfants, il chante surtout Gaïa notre Petite Terre dans une French World de plus en plus universelle.

De nouveaux hymnes à chanter en levant le poing ou la main sur le cœur…

« …Elles se battent pour les autres… »

HK nous parle de lui, nous parle de nous. Plaidant pour une société plus juste, plus solidaire et pour des luttes joyeuses…

 La Fin du Moi, le Début du Nous.

Un artiste ou l’on se reconnait dans chaque recoin d’un couplet, d’un refrain. Un rêveur empli de lucidité.

De la drôlerie aussi avec Momo et Christian pour une mémorable manifestation vécue par des bleus marine. Les Fainéants Sont Dans La Rue !

Ou Balance ta Babouche, l’hymne à l’irrévérence…

Le rap du Chant des Artisans au refrain hispanique dans le plus pur style Orishas mes héros cubains !

Une ode à la paix…

Et tant d’autres, qui nous interpellent, sur l’identité, la fraternité, l’écologie et une certaine Petite Musique fascisante.

Un état des lieux qui pourrait tordre les tripes, sans cette bienveillance, cette intelligence littéraire.

Et bien sûr cette musique venue des quatre coins du Monde mais surtout du fond du cœur et qui dans un tourbillon, porte toute cette poésie avec allégresse et brio.

La Chic Planète de l’Affaire Louis Trio a du plomb dans l’aile. Bien sûr on peut encore danser dessus et HK par ses chansons nous y encourage .

Mais avec Petite Terre il nous dit surtout d’en prendre grand soin…

« …Y’ a pas de Terre de rechange… »

Alors on Change !

Petite Terre / HK / L’épicerie des Poètes / 18 Septembre 2021 / 13€

Un ange s’est posé sur ma platine.

Roxane ARNAL est entrée dans mon salon sur la pointe des pieds, en fredonnant dans un souffle de soie…

La dernière qui m’avait laissé comme ça bouche bée, c’est Anna Calvi avec sa voix charismatique et sa guitare incisive.

Dans un registre beaucoup plus sweet, Roxane ARNAL me fait à peu près le même effet.

Auteure, compositrice, chanteuse, guitariste et si l’on ajoute actrice, la jeune femme n’a pas raté son tour lors de la distribution des talents.

Avec Baptiste Bailly au piano, David Gadea aux percussions et quelques autres comparses, elle nous offre « Doorways ».

Un EP en cinq titres, qui bruisse comme une oasis de paix et de sérénité, un bijou de délicatesse…

Un mini album, en guise d’échantillon de cette addition de talents, tant les compositions de Roxane et de Baptiste entre jazz, country, blues-rock et classique sont originales.

L’ouverture avec Rushed to Fly est une pure merveille.

On passe d’un piano-chant impressionniste à un blues rock intense, pour finir dans les limbes…

No One Knows My Name un blues languide du sud profond à deux voix…

Balades voluptueuses sur fond de doux arpèges de guitare et de piano jazz pour le titre Doorways ou sur The Key, un gig jazzy inventif qui vire en pop soyeuse.

Une science du dosage des styles, qui je l’espère ne fait que commencer à nous étonner.

Roxane ARNAL entre dans la catégorie des chanteuses qui comme Agnes Obel ou Kate Bush nous emmènent loin dans notre imaginaire…

Le temps suspendu dans une bulle de grâce…

Doorways / Roxane Arnal / Quart de Lune / 9 Octobre 2020 / 8€

Moi, vous me connaissez, j’ai mon petit côté midinette…

Aussi quand un gars raconte qu’il a Oz Fritz comme producteur, le type qui fait Tom Waits et Bill Laswell, je ramène ma fraise sans trop réfléchir, je hume et ça sent bon !

…« La lumière attire les mouches… »

IMBERT IMBERT est un singulier personnage qui sous des airs de punk à chien cache une grande sensibilité.

Il pourrait rester peinard derrière sa contrebasse, mais il se projette sur le devant de la scène et nous délivre un discours poétique, lucide et cru.

Curieusement, il débite ses rancœurs d’une voix presque juvénile, avec douceur, sans animosité.

… « Insurge toi ! »…

Le constat est implacable, IMBERT IMBERT n’hésite pas à appeler un chat un chat et un con un con !

A personnage singulier, formation singulière, comme un étrange équipage qui s’assemble…

Avec la contrebasse chantante et confortable, qui ne fait qu’un avec le soyeux batteur.

Un violon virtuose et virevoltant. Une sirène de marin ou d’ambulance, qui nous attire toujours plus loin.

Vers le large ou l’au-delà…

Et pour clore le quatuor, une guitare qui s’immisce de manière insidieuse dans le moindre des recoins.

MEMOIRE D’UN ENFANT DE 300 000 ANS en trois parties est le fil conducteur de l’album.

 Un long poème épique comme Higelin pouvait nous en offrir.

Une musique d’une délirante subtilité. Le tourbillon d’une longue fuite en avant.

… « Je donne ma langue aux rats »…

Autour de la trilogie s’articulent quelques mécaniques fantasmagoriques .

 Les histoires de Tous les Crocodiles, d’Amour Tentacules , Crochets des Atomes…

… «Tant pis pour les hématomes…»…

Un punk-rock déjanté pour une histoire de cons à Casser des Œufs et une guitare en forme d’essaim d’abeilles !

… « On ne fait pas d’enfants sans casser des œufs ! »…

Les incertitudes d’une grande lucidité d’un Feu de Toi flamboyant

 …« Mon amour pour l’instant je t’aime pour la vie… »…

Un univers tribal et sophistiqué à la fois. Tel est le tour de force d’IMBERT IMBERT et de ses musiciens.

De belles inventions musicales avec la production millimétrée du magicien d’Oz.

…«Tu manques à la musique»…

Cet album comme un bon vin ou un grand cru de Tom Waits, il va falloir le laisser mûrir dans nos consciences. L’apprivoiser. Se l’approprier…

Et se dire que dans longtemps encore il tournera sur la platine.

Mémoires d’un enfant de 300 000 ans / Imbert Imbert / 2 Octobre 2020 / liens de téléchargement ici !

Une petite gelée de pomme pour dessert ?

Vous verrez elle a du punch, c’est la « Die Motherfucker Die !!!  » du chef !

Une tuerie et ça pète aux papilles !

Huit années de maturation, un projet mûri, enregistré, puis abandonné, puis repris, remixé et finalement dans les bacs !

Les fans du groupe lyonnais qui attendaient « l’album perdu » ne vont pas être déçus.

APPLE JELLY c’est de l’électro stroboscopique pour un dancefloor d’épileptiques.

Curieusement pour une gelée, ça se mange chaud et quand je dis chaud, c’est CHAUD !

La ligne de basse qui nous introduit dans ce maelstrom électronique est purement terrifiante, c’est le titre éponyme Die Motherfucker Die !!! qui déboule !

Une longue entrée en matière, à la fois dansante et tendue.

Un climat intense, entre Talking Heads et B-52’s , un peu surprenant dans ce monde de machines. Mais d’une efficacité implacable.

La couleur rock est donnée par un chanteur enragé, joueur, charmeur…

J’y entends du Sparks, David Byrne, Bowie, Iggy Pop, Marc Almond et même du Jim Morrison selon les tracks.

Un brûlot techno ? Si, ça existe ! T’a qu’à écouter Control…

Une couleur pop électro sur Synchronized. Un titre qui sonne Orchestral Manœuvre in the Dark et qui fonctionne comme un tour de manège…

Le rock planant de Tangerine Dream ou de Tim Blake fin 70’ début 80’ avec Leaving 2012 et un chant qui reste résolument rock.

Dance with me nous rabat à peu près à la même époque sur la piste du Pacha… Disco donc ?

Et que dire de Take it Leave it ? Une urgence électro tout à fait punk !

Électro hardcore pour Money Me, sur un rythme étourdissant, un Money plus proche de Kusturica que de Pink Floyd !

Malgré le climat désenchanté The End of Our Age reste plus que rock !

Le chant frôle le sublime et la basse relancerait n’importe quel cœur défaillant. La cerise sur la Jelly !

APPLE JELLY aux saveurs aussi toniques que fondantes, nous livre un disque à danser de bout en bout, sans sacrifier à la beauté de l’âme…

A essayer d’urgence !

Et si vraiment vous n’aimez pas, alors… DIE MOTHERFUCKER DIE !!!

Die, Motherfucker ! Die !!! / Apple Jelly / Nobody can see Us / 25 Septembre 2020 / Lien écoute ici !

Le RASCAL (image d’appel : oeuvre de Jean-Pierre ENOC)

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