Juke Box d’une Tristesse…

Le Québec est en deuil, et mon cœur qui bat toujours un peu là-bas, pleure aussi…

Après quatre années de lutte, Karl Tremblay le chanteur des Cowboys Fringants a rendu les armes face à la maladie.

Le géant est tombé laissant tout un peuple dans la douleur et le souvenir.

Je me souviens…

Je me souviens des rencontres fortuites à Pully, au Paléo ou à Bruxelles, un matin l’air vaguement embarrassé par un pétard à la main…

Je me souviens de lui avoir mis la main aux fesses, pour ne pas les prendre sur la tête, lors d’un slam mémorable au Palais des Sports.

Je me souviens des jets de kazoos, des distributions de bières et des regards complices avec Marie-Annick sa compagne et collègue…

Comme un Mozart qui « testait » les capacités de ses cantatrices, son comparse Jean-François Pauzé lui mitonnait des textes pas possible, sur des tempos pas possibles…

La Reine (de la nuit ?)

Des trucs a donner des troubles de la mémoire, mais personne n’en n’avait cure, car le bonhomme était un showman charismatique, sa surface de vérité, la scène !

Karl était la courroie de transmission entre le groupe et le public.

Et s’il composait peu pour le groupe, ses chansons étaient toujours poignantes et nimbées d’une poésie toute personnelle.

Il promenait son blues au Pays des Sapins Géants, de Ruelle Laurier en Pub Royal

Ce Pub Royal, donnant son nom à une comédie musicale triomphante au Québec, agit visiblement comme un mémorial réconfortant pour les fans… Et sera en avril au Grand Rex.

Salut l’Artiste, nous resterons à jamais marqué par ton humanité et ton doux sourire…

Cela commencerait comme un gentil opus de folk-trad…

Et cette voix qui déchire la nuit.

Un cri rauque et la fête païenne s’emballe !

BASTA ! BASTA ! BASTA !

Des rythmes envoutants, des mots susurrés à l’oreille et d’autres qui sautent à la gueule.

Giuliano Gabriele ne fait pas dans l’eau tiède avec sa musique du sud de l’Italie et bien au-delà de la Méditerranée vers des contrées plus exotiques…

Et quand en plus Monsieur Meissonnier est à la production, les planètes s’alignent pour nous délivrer ce bijou inclassable.

Réveillez-vous !

Courez écouter ce disque, vous y trouverez des traces de Zucchero, d’Angelo Branduardi et même de Magma.

Alternance de transe et de mélancolie, Basta est un objet organique, qui prend les corps et hante les âmes…

Hautement recommandé !

Basta / Giuliano Gabriele / Coming MusicArt / Inouïe Distribution / Sortie le 23 Février 2024

Ce disque est un miracle.

L’unique témoignage d’un groupe qui a plus de 40 ans !

En effet le Dieuf-Dieul de Thiès s’est formé dans les années 80 au Sénégal, a beaucoup tourné, ambiancé les soirées de Thiès ou de Dakar, s’est séparé, puis reformé en 2015, avec deux des membres fondateurs. Enfin, en 2022 l’enregistrement d’une poignée de chansons arrachées à l’histoire !

Ce qui séduit de prime abord, c’est ce son des premiers émois vinyliques, pour la musique africaine…

Des Manu Dibango ou Masekela pour les cuivres. L’élégance de Youssou N’Dour, la rudesse de Xalam…

Ça transpire la classe et le savoir-faire !

Le tout traversé par une guitare aérienne que ne renierait pas Carlos Santana !

Il eut été dommage de rater ça…

Dieuf-Dieul de Thiès / Buda Music / Sortie le 19 janvier 2024

La Sève pour une musique qui a du jus !

Et c’est du pur jus de baobab, car si la musique est d’inspiration Bikutsi camerounaise et de Rumba congolaise, j’ai comme des flashs de Salegy Malagesy…

Chacun ses images…

Mais putain que cette Sève pulse !

Elle irrigue et ne demande qu’à jaillir !

Sans basse, à trois guitares et quatre voix c’est fou ce que l’on peut faire…

Et comme avec le Dieuf-Dieul de Thiès j’ai l’impression de retrouver mes vieilles compiles vinyles de Sound d’Afrique. La noire et la rouge usées jusqu’à la corde…

Un son plus qu’authentique et une irrésistible jubilation !

Chlorophylle / La Sève / King Tao / Inouïe Distribution / Sortie le 12 janvier 2024

Celle-ci je la dois à mon pote Kris Dagos fan de Raoul Petite de la première heure.

Kris a même fait tourner une pétition pour que le groupe joue au Musicalarue de Luxey, notre festival fétiche…

On entend de drôles de choses quand on écoute une langue que l’on ne maîtrise pas vraiment, aussi le Road Fatigue rabâché par Franck Zappa s’est transformé en Raoul Petite.

Et comme de juste, dans les années 80, Raoul Petite était considéré comme les Zappa français.

Il est vrai que nombre de compositions et d’orchestrations du groupe aurait pu sortir du cerveau du génial moustachu.

Avec l’humour et l’absurde qui vont avec.

Tout ce matériel sonnait déjà pas mal sur disque, mais prenait un dimension dantesque dés que les loulous s’approchaient d’une scène.

Faut dire que la troupe était conséquente, sorte de Big Bazar sous acide à la sauce électrique.

45 ans que Raoul Petite trace sa route et pour fêter la chose, sort de sa manche pas un, ni deux, mais trois galettes bourrées de morceaux live courant sur plus de quatre décennies !

J’en connais un qui doit se lécher les babines devant le festin annoncé !

Pas vrai mon petit Christophe ?

Road Fatigue / Raoul Petite / Cannibal Pigs / Sortie le 8 décembre 2023

Le Rascal (Photo d’appel: Gwen de l’Agence Fringante)