Le Post Générique ! N°9

Le Post-Générique est de retour ! Après de longs mois d’absence, je reviens pour vous présenter les dernières sorties… Et oui entre les concerts, les festivals à couvrir et les BD à présenter, j’ai eu un peu de mal de trouver le temps de vous parler de cinéma. J’ai donc décidé de vous préparer une petite rétrospective pour vous causer des films qui m’ont bien plu durant ces derniers mois… Mais alors que je préparais tranquillement cette nouvelle chronique, un événement inattendu, enfin si, attendu mais sans attente, enfin… compliqué tout ça… Bref le film Joker avec Joaquin Phoenix est sorti et je me suis empressé d’aller le voir, intrigué par le parti pris du réalisateur. Et en grand fan de Batman que je suis, j’y suis allé avec beaucoup d’excitation et pas mal de crainte. Alors, qu’en est-il à la sortie de la séance ?

1939. Après le succès de Superman en comics l’année passée, un nouveau justicier débarque dans les kiosques américains : Batman. Vêtu de noir, masqué et ressemblant à une chauve souris géante, le héros de Gotham n’est encore qu’à ses débuts et on est loin d’imaginer la richesse de son univers à venir. C’est en 1940 qu’apparaît celui qui sera son ennemi culte, son opposé : Le Joker. Clown Prince du Crime, ce psychopathe va être développé avec toute la mythologie Batman. Au fil du temps les auteurs, scénaristes et dessinateurs vont s’emparer de Gotham et de ses habitants pour créer une véritable mythologie, réinventant certains personnages, brisant les codes, injectant de nouvelles idées.

Le Joker est de retour à Gotham dans The Dark Knight Returns. Plongé dans un état catatonique, c’est lorsque les infos annoncent le retour de Batman, que le Clown Prince du Crime sort d’Arkham pour semer à nouveau le chaos.

Le Joker s’extirpant des déchets toxique dans Killing Joke. Surement l’image la plus célèbre de ce comic

Que ce soit Frank Miller imaginant un Batman vieillissant affrontant dans un ultime combat son ennemi de toujours, ou bien Alan Moore inventant les supposées origines du Joker, les deux personnages de DC Comics ont été triturés et retournés dans tous les sens et sur tous les supports. L’excellente trilogie de Christopher Nolan au cinéma, l’affrontement avec Superman dans le film de Zack Snyder (excellent n’en déplaise à certains), la série animée de 90, avec l’incontournable Harley Quinn, amoureuse du Joker, sans oublier les jeux vidéos avec la désormais cultissime et très très très très bonne trilogie des Batman Arkham de Rocksteady (dont je parlerais fort probablement un jour dans un Culture Geek) ou encore la très bonne série des Batman par Telltale Studios, nous offrent une nouvelle vision du justicier, en brisant les codes, dans une suite d’épisodes narratifs (mmmh… oui un Culture Geek un jour). Côté comics, on a eu droit récemment à une nouvelle histoire avec le surprenant White Knight de Sean Murphy, dans lequel le Joker devient le sauveur de Gotham tandis que Batman en devient l’ennemi juré.

Le Joker de la trilogie de jeu « Batman Arkham »

BREF.

Vous l’aurez compris, Batman et le Joker on les a eus à toutes les sauces.

Alors quand Warner Bros t’annonce un film solo sur les origines du Joker, après la merde pas possible (y a pas d’autre mot) qu’ils t’ont foutu dans le DC Universe au cinéma, l’univers partagé de Superman, Batman, Wonder Woman et bien d’autres, qui était très bien parti avec les films de Snyder… et bien, j’avoue qu’il est difficile de sauter de joie.
La production totalement chaotique entre les films DC, qui développent des long-métrages dans tous les sens pour faire de l’argent sans qu’il y ait de fil conducteur vers un but précis est vraiment désespérante quand on voit la richesse du matériau de base. Alors vouloir adapter le Joker dans une aventure solo, hors de cet univers partagé, avant même l’existence de Batman, qui en plus raconte ses origines et donc démystifie le personnage… Tout est réuni pour se casser la gueule en beauté.

Ce que le film écrit par Scott Silver et Todd Phillips (et réalisé par ce dernier) a tout simplement brillamment évité.

Si certains lecteurs et certaines lectrices désirent totalement découvrir le film (ce que je vous recommande) je vous conseille de ne pas lire ce qui suit, car je risque d’en dévoiler un tout petit peu, sans non plus lâcher de gros spoils.

L’histoire se passe en 1981 à Gotham alors en proie à la crise financière, au chômage et à la montée de la criminalité. La misère se répand dans la ville et un écart social se creuse un peu plus chaque jour, créant une montée de haine des pauvres envers les riches, que le favori aux élections municipales, Thomas Wayne, promet d’apaiser. C’est dans ce climat là que nous suivons l’histoire d’Arthur Fleck, qui vit seul avec sa mère âgée et travaille dans une agence de clowns.

Rêvant d’une carrière d’humoriste et souhaitant à tout prix être un jour reconnu de tous, Arthur voit son quotidien se compliquer à cause de son handicap qui se manifeste par des crises de fous rires, incontrôlables et indépendantes de son humeur.

Arthur souffre donc du regard des autres et de leur moquerie. Laissé pour compte par la société, les services sociaux et médicaux, sa haine envers le système s’agrandit, et ses idées noires prennent de plus en plus de place, l’amenant à commettre l’irréparable en semant, malgré lui, l’étincelle du chaos et de la folie qui vont s’emparer de Gotham.

Déjà s’il y a une chose sur laquelle on ne peut rien reprocher au film c’est bien son esthétique. La photographie y est impeccable et donne une vraie âme au film. Plusieurs plans tirent vraiment leur épingle du jeu et restent marquants à la fin de la séance. Là où le cadrage fait mouche également c’est lors des scènes de “danse”, où l’on voit Arthur danser dans un état de transe et d’apaisement.

En fait il y a deux choses… Car on peut rajouter le jeu des acteurs qui sont tous d’une justesse incroyable ! Que ce soit Robert De Niro en présentateur vedette d’un show télévisé, les collègues d’Arthur, et bien sûr Joaquin Phoenix, qui est tout bonnement ébouriffant.

Tous premier aperçu de Joaquin Phoenix en Joker, ou le moment où j’ai été convaincu

Lorsqu’il a été annoncé dans le rôle du Joker, à ce moment là j’avoue que le film a gagné un peu en intérêt à mes yeux, étant donné que parmi les acteurs actuels, Phoenix est sûrement un des plus aptes à camper ce rôle. Sa gestuelle, son côté théâtral, son rire, ses expressions, tout est maîtrisé. La façon dont il regarde, sourit ou reste passif devant certaines choses, le rend angoissant et terrifiant : un gars lambda contre qui on ne peut vraisemblablement pas lutter ou que l’on ne peut raisonner et qui s’avère assez imprévisible… le Joker en somme. Et ce rire… qui résonne encore dans la tête après le visionnage du film… glaçant.

Il faut dire qu’avec l’engouement que suscite le Joker dans la pop culture, et notamment depuis la démentielle interprétation de Heath Ledger dans The Dark Knight qui l’a vraiment rendu accessible au grand public, on a à faire à des idées et des codes bien ancrés pour ce personnage. Beaucoup ont crié au scandale en voyant les premières images où le Joker se révèle être un type lambda avec du maquillage bon marché et un costume rouge… Certainement ceux qui ont adulé la version de Heath Ledger qui était… un mec lambda avec un maquillage bon marché et un costume miteux et des cicatrices lui dessinant un sourire !

La scène mythique de l’interrogatoire, fortement inspiré de Killing Joke, dans le film de Christopher Nolan

Pour rappel, le Joker n’a pas d’origine définie, il s’agit juste d’un psychopathe déguisé en clown. Il faudra attendre le comics d’Alan Moore pour avoir une première version de ses origines : celles d’un comédien raté, tombant dans une cuve de produit chimique suite à l’intervention de Batman lors d’un cambriolage. Batman créé ainsi sans le savoir son pire ennemi, et c’est ce qui rendra en partie leur relation si intéressante. Mais le Joker n’a jamais eu d’origines précises : on ne sait pas d’où il vient, qui sont ses parents et ça, même Moore l’a pris en compte dans sa BD.

Tandis que cette nouvelle adaptation vient nous offrir une nouvelle vision, reprenant par ci par là quelques idées ( notamment la carrière d’acteur raté), les origines de ce Joker ouvrent sur une toute nouvelle perception de l’univers de Batman, se rapprochant même d’une théorie que j’avais lue il y a un moment : le Joker ne serait pas une seule personne, mais une sorte d’état d’esprit, un mythe immatériel, que certaines personnes adopteraient. Et ce film donne cette sensation qui rend quelque part la chose plus terrifiante.

La montée en puissance du Joker, la chute d’Arthur vers la folie, le climat de décrépitude de la ville engendrant le mal, tout ceci est brillamment mis en scène avec un cadrage rendant la ville oppressante, étouffante et angoissante. Une atmosphère d’insécurité qui s’empare du spectateur jusqu’au générique de fin. Todd Phillips nous montre une Gotham cauchemardesque s’enfonçant dans le chaos, s’approchant assez bien de certaines versions des comics où les auteurs l’ont dépeint comme un personnage à part entière, telle Notre-Dame de Paris dans le roman de Victor Hugo. Comme une sorte d’entité dégageant une aura spéciale qui engendre de mauvaises choses.

Le rapport aux médias est également très intéressant. Ici ils sont représentés par Robert DeNiro, incarnant Murray Franklin, le présentateur phare du talk-show le plus populaire de Gotham. Une représentation assez actuelle de certaines émissions télé qui font du buzz et de l’audience en rabaissant des gens, souvent en quête de reconnaissance et de visibilité à tout prix. Arthur rêve d’y passer, d’être dans la lumière, d’être reconnu. Il se projette dans cette émission, fantasme d’y aller.

La montée en puissance du Joker, une accumulation d’événements malheureux, de répressions, d’injustices et de violences, vont le pousser petit à petit à devenir le psychopathe que l’on connaît tous. Une montée parfaitement orchestrée dans un crescendo saisissant, mis en valeur par une bande originale vraiment exceptionnelle qui dégage une vraie force. Chaque plan accompagné de la musique de la compositrice Hildur Guonadottir dégage une aura étrange, dérangeante, glauque à souhait voire même une certaine élégance et de la beauté, à l’image de la transformation d’Arthur.

Les scènes où le héros est heureux, généralement celles où il danse, sont souvent accompagnées au départ de belles chansons assez jazz qui viennent progressivement s’effacer pour laisser place aux partitions de la compositrice islandaise, qui s’avèrent bien plus angoissantes et en désaccord avec l’émotion du personnage. C’est un peu comme si ses musiques annonçaient la menace à venir tandis qu’Arthur devient peu à peu le Joker.

Bien que la première partie du film s’avère assez longue, très détachée de l’univers de Batman (au point que je me suis fait la réflexion que le personnage du Joker avait été utilisé uniquement pour appâter les gens au cinéma au lieu de créer un nouveau personnage pour un nouveau film), une fois le long-métrage lancé, c’est un crescendo qui ne s’arrête plus et qui s’avère très prenant et parfaitement maîtrisé pour nous amener vers un final assez époustouflant.

Le film Joker c’est donc un hybride, une adaptation originale et innovante de l’univers Batman, mais également un film à part entière, assez indépendant et accessible même aux novices des comics. Tout le monde peut y trouver son compte. De plus ce film délivre un vrai message, non pas celui de l’appel à la violence, mais une sorte d’avertissement de ce qu’il pourrait advenir de notre société si l’écart entre les riches et les pauvres se creusait davantage encore et si injustices et inégalités entre les deux classes continuaient d’empirer.
Une claque, un film qui marque, qui dérange et qui vous hante encore quand vous quittez votre salle de cinéma, la nuit, pour rentrer chez vous… un peu comme la famille Wayne.
Un film à voir et à revoir, et de préférence en VO pour profiter pleinement du jeu des acteurs.

Avant de laisser le clavier à mon cher David-Emmanuel pour parler en détail de la musique, je recommande chaudement à ceux qui ont vu le film, cette très intéressante vidéo de Captain Popcorn, un Youtubeur que je trouve vraiment très bon et intéressant dans le domaine du cinéma, série et culture-pop, et qui ne vous balance pas des hypothèses et critiques avec un air de « J’AI la vérité absolue » comme certains critiques cinéma « professionnels » ou sur Youtube.

Alexandre Vergne

La musique de JOKER n’est que le sombre reflet de ce clown déchu et vise à assurer la propagation de son aura maléfique tout au long du film. Ses notes aux accents grinçants et grondants, aussi minimalistes soient elles, ont pourtant l’audace d’un score mélodique loin d’être en retenue par rapport aux images et bien décidées à ancrer le spectateur dans cette version inédite des origines de la Némésis de Batman. La compositrice islandaise ne cherche pas à inscrire son JOKER dans les annales des meilleures musiques de films par des mélodies prégnantes mais à accompagner viscéralement le récit. Rarement la musique n’aura été autant au service d’un film. Véritable barycentre de sa partition, le violoncelle d’Hildur Guðnadóttir alourdit davantage l’atmosphère morose du long-métrage de Todd Phillips et accompagne la remise en question existentielle de son protagoniste tout en épousant à la perfection l’interprétation émérite de Joaquin Phoenix. Il se pourrait bien que son JOKER termine sa course aux Oscars 2020…

Ma chronique complète est à retrouver sur ma page Facebook et mon article dossier sur les musiques du Joker de 1989 à 2019 est à lire ici 👉 https://gonehollywood.fr/magazine/joker-musique/

David-Emmanuel Thomas