Histoire(s) de lire… N°52

Je vous propose aujourd’hui de partager mes lectures estivales : du roman noir, du suspense, du vécu, de sombres histoires d’héritages.. Et quelques romans légers et pétillants qui vont vous offrir de jolis moments de détente ! je vous présenterai lors de mon prochain « Histoire(s) de lire » quelques très bons romans de la rentrée littéraire dont je me suis déjà régalée… Patience ! En attendant, bonnes lectures à toutes et à tous ! Ah, une belle idée de sortie culturelle pour les parisiens et parisiennes… N’hésitez pas à aller faire un tour à la galerie Gallimard qui rouvre ses portes avec la très belle exposition « Autrices : écrire libre 1945-1980 » !

Lorsque la famille Langlois débarque dans ce petit village isolé en pleine montagne, leur arrivée ne passe pas inaperçue… La peau de Bakary Langlois est noire comme l’ébène et vu l’immense chalet qu’il vient de faire construire, juste en face de celui, bien modeste, d’Anna et de Constant, son compte en banque semble bien garni. De l’argent, trois beaux enfants, le couple respire le bonheur et la réussite. Une réussite qui fascine Constant qui peine à boucler ses fins de mois… Une relation trouble se lie entre les deux couples issus de deux mondes totalement opposés. Une relation qui va se distendre peu à peu dans un rapport de classe et de haine lorsqu’Anna se fait embaucher comme femme de ménage chez les Langlois et que Constant, après avoir confié ses économies à Bakary qui lui promet de les faire fructifier, se retrouve sur la paille. La tension monte entre les voisins jusqu’au jour où Constant va commettre l’irréparable en assassinant aussi froidement que sauvagement Bakary, son épouse et leurs trois enfants… Directement inspiré de l’affaire Flactif qui a défrayé la chronique en 2003, ce roman glaçant s’attache à décrypter les mécanismes qui amènent un homme ordinaire à devenir le pire des assassins, par la voix de son épouse prise entre l’incompréhension, l’horreur et la culpabilité de ne pas avoir anticipé et bloqué la folie meurtrière de son mari. Construit sous la forme d’une lettre ouverte où alternent les moments heureux d’un couple sans histoire et les séances au tribunal où Constant peine à expliquer son geste, « Des gens comme eux », rédigé d’une écriture précise, est un récit fort, parfois insoutenable, qui pose les questions en nous laissant le loisir de tenter d’y répondre… Magistral !

Des gens comme eux de Samira Sedira, Le Rouergue, 2020 / 16,50€

Elona hérite de la maison de sa grand-mère maternelle qu’elle n’a jamais connue et qu’elle pensait décédée depuis longtemps. C’est du moins ce que sa mère, qui a mis fin à ses jours de manière fort violente il y a peu, a toujours affirmé à sa fille… Elona découvre la maison où celle-ci a grandi : une maison labyrinthe où dans chaque pièce l’esprit de ses aïeuls semble planer… Oppressée, la jeune femme se réfugie dans l’alcool. Mais les vapeurs éthyliques ne masquent pas l’étrangeté de cette maison dédale qui semble hantée : d’étranges bruits retentissent, des chats entrent et sortent alors que toutes les issues sont fermées… Elona tente de reconstituer l’histoire de sa mystérieuse famille à l’aide des nombreuses photographies qu’elle exhume, et découvre que son arrière grand-père, tout comme elle, était photographe. Mais ces photographies posent encore plus de questions qu’elles n’apportent de réponses… Elona décide donc d’aller à la rencontre des vieux du village pour en savoir plus mais se heurte à un mutisme généralisé. Pourquoi cette chape de plomb ? Pourquoi sa mère lui a t-elle caché l’existence de sa grand-mère ? Pourquoi cette maison semble t-elle aussi familière à Elona qui l’a dessinée tant de fois lorsqu’elle était enfant ? Lorsqu’elle découvre au cimetière une pierre tombale au nom de sa mère avec la date de sa mort un an avant sa naissance, Elona se prépare à de douloureux secrets… Secrets de famille à tous les étages dans ce roman « Puzzle » qui déroule avec habileté les thèmes de la mémoire et de la transmission à travers ce personnage attachant qui tente de se reconstruire sur les ruines d’un arbre généalogique des plus tortueux. L’écriture est sombre et envoûtante, les rebondissements inattendus, l’ensemble magistralement orchestré. Un très bon roman noir aussi inquiétant que fascinant !

Nos secrets jamais de Cyril Herry, Seuil, 2020 / 18€

1971. Un couple franco-norvégien trouve la mort dans une forêt de la Somme encore truffée d’obus datant de la première guerre mondiale. Porté disparu, Edvard, leur fils de trois ans, est retrouvé quatre jours plus tard à une centaine de kilomètres du lieu du drame… Comment a t-il atterri là ? Et pourquoi ses parents se sont-ils aventurés dans ce lieu interdit au public pour sa dangerosité ? Des mystères jamais résolus… Edvard, recueilli par son grand-père paternel, un vieil homme taiseux qui fuit ses semblables, vivra une enfance solitaire dans la ferme familiale en Norvège. Vingt ans plus tard, à la mort du patriarche, Edvard découvre qu’un cercueil en bois précieux a été livré aux pompes funèbres bien des années auparavant par Einar, son grand-oncle ébéniste de renom. Edvard en sait très peu sur lui, son grand-père étant fâché avec son frère bien avant sa naissance… Comment se construire sur une histoire familiale empreinte de tant de mystères ? Edvard se trouve à la croisée de son destin : s’il veut avancer, il devra exhumer les secrets de sa famille et comprendre d’où il vient… Dans un périple qui l’emmènera de la Norvège à la Somme en passant par les Shetlands, le jeune homme reconstituera pas à pas sa complexe histoire familiale, étroitement liée aux drames et aux conflits qui ont secoué le siècle… Quête initiatique où souffle le vent de l’Histoire, intrigue, suspense : ce roman étonnant à l’écriture aussi subtile que profonde nous embarque, avec une grande sensibilité et un sens accru du détail, au coeur de la quête d’identité de ce jeune homme tourmenté. Dans un style enlevé qui épouse à la perfection ses interrogations et ses espoirs, cette foisonnante et passionnante saga de plus de 550 pages se dévore avec avidité !

Les seize arbres de la Somme de Lars Mytting (traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier), Actes Sud, 2019 / 9,90€

Fille mère issue d’une famille de catholiques intégristes, Maureen a dû abandonner son fils Jimmy dès sa naissance avant de s’exiler à Londres. Quarante ans plus tard, elle revient en Irlande et découvre que son rejeton est devenu le caïd local, un malfrat redoutable et redouté… Celui-ci loge sa mère dans un ancien bordel désaffecté. Une nuit, Maureen tue involontairement Robbie, entré chez elle par effraction pour récupérer le scapulaire de Georgie, sa petite amie camée et prostituée. Jimmy fait bien sûr le nécessaire en chargeant Tony, un loser alcoolique, de la débarrasser de cet encombrant cadavre et de nettoyer les traces de l’homicide… Tony est bien obligé d’accepter : un ordre de Jimmy ne se discute pas… D’autant plus qu’il a charge d’âmes avec ses six enfants depuis le décès de sa femme. Six gosses dont Ryan, son aîné, un adolescent rebelle rétif à toute autorité dont la principale activité est le trafic de came. Fin de l’histoire ? Non ! Car Georgie, inquiète de ne pas voir revenir son homme et néanmoins souteneur, commence à mener l’enquête pour le retrouver, y compris auprès de Ryan qui est son pourvoyeur de paradis artificiels. Et ses questions ne sont pas du goût de tout le monde… Bienvenue dans l’univers de Lisa McInerney qui nous offre avec ce roman « sex & drugs » un féroce ballet de dingues et de paumés où la désespérance n’a d’égale que l’humour le plus noir et le plus jouissif ! Délicieusement immorale et totalement déjantée, cette chronique urbaine déclinée dans un chassé croisé subtilement orchestré nous dévoile une galerie de portraits de brutes et de truands, de petites frappes et de laissés pour compte, où même les « bons » ne le sont jamais entièrement. Si l’humour acide et salvateur est omniprésent, il n’en cache pas moins la vision acérée d’une société qui part à la dérive en laissant sur le bas-côté bon nombre de ses ouailles. Un premier roman très prometteur, premier tome d’une trilogie annoncée… Avis aux aficionados que vous allez forcément devenir : le second tome, « Miracles du sang« , est déjà paru aux éditions Joëlle Losfeld !

Hérésies glorieuses de Lisa McInerney (traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Richard-Mas), La Table Ronde, 2020 / 9,80€

2034. Le « monde d’après » fantasmé dans les années 2020 s’est transformé en une société hyper connectée où la liberté s’est effacée devant la sécurité et où l’humain et l’environnement ont été sacrifiés au profit de la sacro-sainte économie. Quatorze ans après la crise du COVID, les géants du numérique, avec la complicité des politiciens corrompus, ont mis en place un capitalisme de surveillance basé sur l’exploitation des données personnelles. Ces nouveaux titans, « Phébé » (celui qui éclaire le monde), « Atlas » (celui qui le porte) et « Cronos » (celui qui maîtrise le temps) ont désormais la mainmise sur l’économie mondiale et sur le contrôle des individus. Ceux qui n’ont pas voulu se plier à ce nouvel ordre mondial se sont vus parqués dans des banlieues bidonvilles sous contrôle policier permanent… Pierre, expert en intelligence artificielle, et Julia, scientifique travaillant sur le cerveau humain, employés dans la Silicon Valley pour leurs indéniables compétences, vont tenter de défier le pouvoir de ces géants machiavéliques et d’inverser le processus. A leurs risques et périls… Écrit en pleine pandémie du Coronavirus, ce roman d’anticipation qui dénonce les nouveaux pouvoirs qui menacent nos libertés individuelles nous amène avec finesse à réfléchir sur le Monde dans lequel nous souhaitons évoluer et que nous souhaitons léguer à nos enfants. Par son réalisme et son intelligence, cette dystopie en forme de thriller technologique, avec ses multiples rebondissements et sa conclusion aussi inattendue que terrifiante, nous tient en haleine de bout en bout tout en nous glaçant les sangs… L’intégralité des bénéfices des ventes de cet ouvrage est reversée à « Planète Urgence« . Alors, courez vite chez votre libraire pour vous le procurer ! En plus d’un passionnant moment de lecture, vous ferez une très bonne action !

2034 de Christophe Victor, Alia Futura, 2020 / 11,90€

Trois ans que Margot et Jacques ne sont pas partis en vacances… Et cette année, rien ne pourra les empêcher de se la couler douce au bord de la mer ! Margot a tout planifié et déniché un camping tranquille à Sanary… Le paradis ! Son beau rêve de « Sea, sex and sun » va cependant s’évaporer comme neige au soleil lorsque Paulette, son insupportable belle-mère, les convoque pour leur apprendre qu’elle a de graves soucis de santé : asthmatique, elle doit faire une cure à La Bourboule et demande à ses enfants de l’accompagner… Adieu coquillages et crustacés et bonjour les volcans d’Auvergne ! Margot a beau regimber auprès de Jacques et le menacer de l’hôtel du cul tourné s’ils ne prennent pas illico la direction de la méditerranée, rien n’y fait… En camping-car, en compagnie de leurs trois rejetons (Baptiste, un ado pratiquant l’onanisme à grande échelle, Léa accro à son Smartphone et à son furet incontinent et Zoé, la petite dernière qui donne d’évidents signes de précocité) et de la belle-mère honnie, la petite famille prend la route dans un climat plutôt tendu… Jusqu’au Puy en Velay où Paulette demande à faire une halte… Pour présenter à Jacques son père biologique et son demi-frère affublé du même prénom que lui, dont il ignorait tout jusqu’à présent… Quel choc ! Les choses vont encore se compliquer quand, entre les deux Jacques, le coeur de Margot va balancer… Quand Jacques N°2, sous ses allures tranquilles d’éleveur de chèvres, va révéler une personnalité bien plus complexe qu’il ne paraît, les vacances vont prendre une toute autre tournure… Rythme haletant, rebondissements et humour à gogo au menu de ce désopilant petit roman irrésistible de drôlerie ! Éclats de rire et bonne humeur assurés sur facture ! A dévorer sans modération !

On a cloné mamie ! de Jean-Philippe Chabrillangeas, Élan Sud, 2020 / 17€

Madeleine, vieille fille de 35 ans, vit auprès de sa mère dans un petit village auvergnat, depuis la mort de son père lorsqu’elle était encore une toute petite fille : une vie sans homme, sans emploi et sans la moindre vie sociale, auprès d’une maman introvertie qui ne lui a témoigné que trop rarement la moindre tendresse et affection. Le jour où celle-ci décède, Madeleine se retrouve seule au monde… Que va t-elle devenir ? Aussi, quelle n’est pas sa surprise lorsque le notaire lui apprend qu’elle hérite non seulement de la maison de sa mère mais aussi d’un appartement… A Paris ! Une surprise de taille assortie d’une lettre de sa mère lui enjoignant de monter à la capitale pour enfin vivre sa vie… Et voilà notre Bécassine, fagotée comme l’as de pique, en route pour Paris et ses lumières, vers sa toute nouvelle vie… Mais aussi bien décidée à résoudre tous les mystères entourant cet appartement tombé du ciel comme par magie ! Arrivée sur place, elle découvre avec dépit que celui-ci est occupé par Jacky, un jeune homme au charme fou… Et fait la connaissance de Rosie, une amie de sa mère dont elle ignorait jusqu’à l’existence, qui lui propose de l’héberger. La vieille dame aussi bienveillante et protectrice que dynamique et délurée, va prendre en mains notre jeune provinciale et faire en sorte que la chenille devienne papillon… Madeleine, de jeune femme naïve et coincée, va se transformer à la vitesse grand V en une « Maddy » sexy et épanouie, enfin prête à rencontrer le grand amour… Ce petit roman « Feel good » aux multiples rebondissements ne manque pas d’humour et encore moins d’une bonne dose d’optimisme ! Frais et pétillant, il va vous offrir un délicieux moment de détente et vous mettre immanquablement le sourire aux lèvres !

Sortez-moi de là ! de Sonia Dagotor, Cherche-Midi, 2020 / 16€

Trentenaire et célibataire convaincu, David mène une existence réglée comme du papier à musique entre son boulot, les visites à sa mère, les bons moments passés devant la télé à visionner les matches de foot avec son meilleur ami, et ses incontournables et solitaires virées en vélo dont il raffole. Une vie bien pépère bousculée par un évènement d’envergure qui lui tombe dessus comme la misère sur le pauvre monde, lorsqu’il hérite de la librairie d’un mystérieux Werder, qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam ! Pourquoi un inconnu fait-il de lui son héritier ? A t-il un lien caché avec sa famille ? Et puis, franchement, qu’est ce qu’il va bien pouvoir faire d’une librairie ? Son seul contact avec la « littérature » se résume aux résultats sportifs du journal « L’équipe » ! Sa décision est prise : il va mettre en vente cette fichue librairie qui lui pourrit déjà l’existence ! Une décision qui ne faiblit pas malgré les efforts des employés de la librairie pour défendre son existence et leur gagne pain avec force arguments… L’argument de taille prenant les jolies formes de Juliette, la jeune libraire dont le charme opère sur ce ronchon de David sans qu’il ne veuille l’admettre… Et puis, c’est quoi ce bouquin posé ouvert et bien en évidence dans la librairie ? Depuis que David a eu le malheur d’en lire quelques lignes, il est devenu accro ! Un mystérieux donateur, un livre non moins énigmatique, des rebondissements, de l’humour et un petit air de romance : Jean-Yves Moulin, de son écriture fluide et agréable, signe avec ce « Libraire malgré lui » un roman tendre et drôle sur fond de quête des origines… Et amour de la littérature ! Son héros « converti » et les personnages gravitant autour de lui sont attachants en diable et on passe un excellent moment en leur compagnie !

Libraire malgré lui de Jean-Yves Moulin, Éditions du Panthéon, 2020 / 19,90€

Tout agace Noah : les mecs, sa famille, son train train quotidien et l’injustice de la maladie qui touche un de ses proches. Il est temps pour elle de prendre de la distance… Et quoi de mieux pour se ressourcer qu’un road-trip en Inde avec sa meilleure amie ? Il y a si longtemps que toutes deux caressent ce projet ! Et puis s’immerger dans ce pays où la misère règne en maître l’aidera sûrement à relativiser ses petits tracas et à arrêter de gémir sur son triste sort en revenant à l’essentiel : savourer les petits bonheurs que la vie lui offre et auxquels elle ne prête plus attention en fille trop gâtée par l’existence ! Commence alors pour nos deux nénettes un voyage spirituel riche en rencontres et en situations cocasses et farfelues, mais aussi en contretemps et en plans foireux de toutes sortes que Noah consigne chaque jour consciencieusement dans un carnet, avec le lot de réflexions qu’ils lui inspirent… Sagesse zen et humour provocateur sont au coeur de ce petit roman en forme de journal intime où la sincérité teintée d’autodérision est de mise. Un cocktail détonnant qui va vous arracher bien des éclats de rire tout en vous faisant méditer sur le sens de la vie ! Om̐!

Ça m’agace de Marion du B’, Chafouine éditions, 2020 / 17,90€

A vos agendas ! La galerie Gallimard accueille l’exposition « Autrices. Ecrire libre 1945-1980 » à partir du 15 Septembre et jusqu’au 14 Novembre 2020 !

La Galerie Gallimard présente une nouvelle exposition consacrée aux auteures des années 1945-1980, autour de Simone de Beauvoir, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Annie Ernaux et leurs contemporaines.
L’attribution du prix Goncourt à Elsa Triolet en 1945 marque l’entrée des femmes dans un palmarès aussi masculin que l’était alors son jury. L’événement inaugure une période de forte progression de la mixité en littérature après des décennies de sous-représentation des auteures dans les catalogues des éditeurs français, en dépit de l’élargissement du lectorat féminin. L’une des particularités de ce mouvement d’émancipation – et cette exposition veut en rendre compte – est qu’il livre son sens critique en même temps qu’il s’accomplit en œuvres dans le prolongement de la parution du Deuxième Sexe (1949), les femmes enfin s’expriment et s’expliquent et elles disposent de « lieux » pour le faire, comme l’avaient appelé de leur vœux Virginia Woolf et Colette. Les Éditions Gallimard accueillent dès l’après-guerre un grand nombre d’auteures de la génération née entre 1890 et 1920, avec Elsa Triolet, Nathalie Sarraute, Marguerite Yourcenar, Violette Leduc, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, mais aussi Béatrix Beck, Zoe Oldenbourg ou Hélène Bessette. Plusieurs œuvres marquent leur temps, émancipées du petit roman sentimental ou de la chronique familiale du premier XXe siècle, tant par leur ambition formelle que sociale. Le dévoilement de la condition féminine et l’expression d’un « réel » féminin, en toutes situations de l’expérience individuelle et collective, est l’une des grandes polarités de l’époque. Elle se confirme avec l’arrivée sur scène de nouvelles voix. En 1974 paraît le premier livre d’Annie Ernaux, « Les Armoires vides » : au comité de lecture de Gallimard, on est admiratif mais on constate encore que l’auteure fait exception parmi ses contemporaines : « Jusqu’ici, on les compte sur les doigts d’une seule main ».
35 ans de création littéraire, 35 ans d’émancipation. Une période qui se voit consacrée, plutôt que close, par l’élection en 1980 de la
première femme à l’Académie française, Marguerite Yourcenar. Une période qui ouvre la voie aux autrices d’aujourd’hui.

Manuscrits d’exception, photographies et documents éditoriaux restituent autant que possible la diversité de nuances liée à la singularité de chaque œuvre et personnalité. Parmi les pièces présentées, de nombreux documents inédits ou méconnus d’Annie Ernaux, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Jean Paulhan (Fiche de lecture de « Tropismes » de Nathalie Sarraute), Violette Leduc, Marguerite Yourcenar, Colette… Mais aussi des caricatures de Simone de Beauvoir par son élève de philosophie au Lycée Molière (Nathalie Sorokine), un portrait photographique en couleurs de Simone de Beauvoir par Gisèle Freund, une statuette de Simone de Beauvoir d’Alberto Giacometti, une lettre de Simone de Beauvoir à Robert Gallimard à propos d’un projet de collection féministe, une lettre autographe de Simone de Beauvoir à Annie Ernaux, une lettre de Nathalie Sarraute à Violette Leduc, des manuscrits autographes (lettre de Jean Genet à Violette Leduc, lettres de Violette Leduc, Louise de Vilmorin, Béatrice Beck, Hélène Bessette, Hélène Cixous, Odette Laigle…)

Christine Le Garrec


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *