Juke Box N°73

Voici un petit Juke Box… Plus posé que d’habitude ! Non, non ne partez pas ! Il n’y a pas de metal et autres guitares saturées, ni de voyage en Absurdie, je vous assure ! Non, pour ce voyage musical, je vous embarque du côté du monde électronique de Romane Santarelli qui vient de sortir un nouvel EP. Toujours dans l’électronique, on fera un tour dans le monde étrange de Trifouille 1er et de son EP Format Malin, entre imaginaire enfantin et sonorités bizarroïdes. Mais d’abord je vous parle de ma dernière grosse claque : le second et nouvel album de Woodkid.

Woodkid – S16

11 décembre 2019, les réseaux sociaux de Woodkid reprennent soudainement leur activité avec une brève vidéo teaser annonçant le retour de l’artiste pour 2020. Après 7 ans d’absence, avec des projets musicaux variés (musique pour des défilés de mode, bande-originale, etc…) Woodkid nous dévoile enfin son second album, S16, le vendredi 16 octobre.

Et il m’aura fallu plusieurs écoutes pour parcourir chaque recoin de S16 pour vous en parler le mieux possible.  Chaque écoute semblant balayer la précédente. Le ressenti reste là, inébranlable, mais les mots pour en parler sont constamment en mouvement, un peu comme cet album et les protagonistes qu’il dépeint.

Ici, exit la blancheur de la pochette de The Golden Age, S16 s’affiche en noir, orné d’un Woodkid en image de synthèse en pleine étreinte avec une étrange silhouette aux aspects de métamorphe.

S16 est un voyage contemplatif au milieu de vastes étendues parsemées de mélancolie, dans lequel se glissent des machines et autres bizarreries industrielles parmi les sons symphoniques, toujours aussi bien orchestrés.

Le périple commence devant le théâtral Goliath, dont la machine rythmique imposante semble inarrêtable, la voix de l’artiste vient ajouter une touche de mysticisme à cette étrange entité qui semble démesurée. Quelques rayons de lumière viennent alors percer le voile de nuages lors de In Your Likeness avant de laisser place à la douce pénombre avec le splendide et mélancolique Pale Yellow, où la voix frappe dans le mille parmi les enrayements de cette machinerie omniprésente.

La machine est désormais lancée, à ce stade il n’est plus possible de s’arrêter, et Enemy nous amène jusqu’aux tréfonds de nous mêmes. La première percussion vient finaliser l’hypnose pour nous porter avec l’un des plus beaux morceaux de l’artiste, intimiste et mélancolique.

La bête industrielle prend alors l’avantage, et les sonorités mécaniques viennent apporter une vraie puissance au ténébreux Highway 27, nous envoutant avec la voix dédoublé de l’artiste. Le titre nous permet de mieux nous élancer pour ce qui est à mon sens la pièce maîtresse de cet hypnotisant périple.

Si nous étions sur terre, bien ancrés au sol, les chœurs qui entament Reactor nous font flotter peu à peu, tandis que les notes de piano nous amènent doucement vers l’espace. Les chœurs sont de retour pour accompagner les sonorités spatiales et la voix de Woodkid, le tout montant crescendo à la même allure que le vaisseau qui nous embarque hors de la stratosphère.

On flotte alors en apesanteur avec le très beau Drawn To You, dont les mélodies sont rapidement rattrapées par les percussions métalliques, froides et mécaniques. Encore un très très beau morceau.

L’atterrissage n’est pas pour tout de suite. La voix de Woodkid s’emballe, expérimente, offre de nouvelles approches avec Shift qui offre la sensation du temps qui se fige…

Passé ce moment suspendu, il est l’heure d’atterrir. Et cet atterrissage se fait alors paisiblement aux côtés de So Handsome Hello. La mélancolie est encore du voyage avec ce morceau. Et c’est là que la suite libère tout son potentiel, là, au bord de l’océan, alors que les vagues s’échouent calmement à nos pieds, tandis que Horizons Into Battlegrounds résonne… amorçant le grand final.

Oui, le voyage touche à sa fin et Minus Sixty One semble nous ramener vers l’espace avec ses étranges sonorités et le retour des chœurs qui élancent un final qui s’annonce épique. Les chœurs et les violons accompagnent Woodkid jusqu’au décompte, puis le calme… avant l’envolée, le grand final, théâtral, symphonique, beau et baigné de lumière qui vient rompre le voile obscur qui nous accompagnait depuis le début de ce périple.

S16 est clairement une pépite, une véritable œuvre d’art. À la fois intimiste et théâtrale, mélodieuse et expérimentale, la musique de Woodkid évolue. Sa patte est bien toujours là mais ces sonorités industrielles, fil rouge de cet album, apportent un vrai plus à son univers, le rendant davantage démesuré et mystérieux. Prenant, touchant, légèrement sombre et rempli d’une jolie mélancolie, S16 marque dignement le retour de Woodkid dans le monde musical. Il ne reste plus qu’à espérer le voir sur scène pour nous transcender davantage. Et pourquoi pas des versions uniquement instrumentales des morceaux pour profiter encore plus de l’aspect cinématographique?

S16 est disponible en vinyl, CD et téléchargement

Romane Santarelli Zero

On ne l’arrête plus ! Après un passage aux Inouïs du Printemps de Bourges, un EP sorti en février dernier (Quadri chroniqué ici), un single en mai puis une version remixée de Quadri en juin, voilà que Romane Santarelli revient sur le devant de la scène avec Zero un nouvel EP.

Je ne vous ai pas parlé de la version remixée de Quadri à sa sortie, mais je peux vous assurer que cela vaut clairement le détour. Le style à la fois doux et électronique de Romane se mélange à celui parfois plus punchy et énervé des autres musiciens et DJ invités sur l’EP qui contient de vraies fulgurances. Comme Lovu par DZRDR ou encore le même titre repris cette fois par Whim Therapy, qui offre un beau mélange de douceur en ajoutant du chant et un peu de brutalité avec des guitares saturées qui viennent se perdre dans cette version presque mélancolique.

Pour ce qui est de Zero, sorti le 30 octobre, L’ouverture fait mouche, et Split Spirit 432 donne un bel aperçu du petit périple que nous offre cet EP. Avec ses touches de sonorités aquatiques, le morceau reste punchy et invite à la danse. Sûrement le morceau phare de cet EP. On note une vraie évolution dans le style de la jeune artiste, et on sent une jolie influence de Agar Agar sur certains morceaux, qui n’est pas pour me déplaire.

Une évolution qu’on remarque davantage avec le second titre, Cannes, et son sample envoûtant qui se répète en fond et dans lequel des voix viennent se perdre. Un des morceaux les plus prenants de l’artiste.

Le calme revient un peu avec le très hypnotique Elle qui ne tarde pas à monter crescendo et offre un beau moment de trance.

S’il y a un titre dans cet EP qui porte diablement bien son nom c’est Velours. Avec ces sons doux et ronds on est sur un petit nuage qui finit par vriller en petit orage tout en conservant cet aspect cocon, comme Romane Santarelli sait si bien les faire.

La clôture se fait en beauté avec Attractions, simple mais efficace dans la continuité de ce nouvel EP.

C’est toujours un plaisir de découvrir les nouvelles sorties de Romane Santarelli. On sent une vraie évolution depuis ses débuts sous le nom de Kawrites et c’est très très agréable à écouter. Toujours subtile, sa musique nous emporte comme à son habitude sur un petit nuage, au creux d’un petit cocon qu’il est agréable de retrouver à chaque nouvel opus de sa discographie. On espère pouvoir un jour la voir en concert pour profiter de sa mise en scène qui s’annonce plus que prometteuse.

Zero est disponible en téléchargement ICI pour la modique somme de 4€

Trifouille 1er – Format Malin

Vous voulez rester dans un petit cocon ? Alors je vous invite du côté de chez Trifouille 1er et de son EP Format Malin. Ce nom vous dit quelque chose ? Pas impossible, puisque le beatmaker a accompagné Cadillac lors de ses concerts pour faire les backs et autres bizarreries cauchemardesques. Alors pas d’inquiétude ici on est loin du punk-rock cradingue du patron de la menuiserie, maiiiiiis on y trouve une certaine atmosphère étrange teinté de doux cauchemar.

Avec un univers aux sonorités enfantines, Trifouille 1er nous balade dans un monde qui ressemble à une grande forêt dans laquelle se cachent des créatures bizarroïdes qui vous observeraient derrière les troncs, avec leurs grands yeux lumineux plein d’expressions. On ne se sent pas pour autant en danger ici et on a envie d’avancer et de suivre cette mélodie à la fois douce, électronique et quelque peu entrainante.

Si avec Trampolino on se sent chuter dans un rêve brumeux et fantaisiste, c’est avec Uraa bidon que notre étrange expédition débute dans ces sous-bois grouillant de vie. C’est doux et chaleureux tout en étant mystérieux et presque inquiétant.

Avec Laa brute on plonge davantage dans l’étrange, avec ses sonorités qui semblent tout droit sorties d’une vieille radio, bientôt rejointes par des bruits qui ressemblent à ceux d’une machine défectueuse. Malgré tout ce joyeux bazar, le morceau n’en n’oublie pas d’être mélodique en éparpillant des beats efficaces et autres petites touches de synthé bien rondes.

Alors que Laa brute semblait être un rêve dans un rêve, Nostalimbus lui, sonne comme un nouveau réveil qui laisse transparaître une forme d’émerveillement. C’est subtil, tout plein de petits sons qui s’égarent par ci-par-là, évoquant une vie grouillante allant du tout petit au tout grand, à l’image du crescendo qui s’empare du titre. Il s’agit sûrement du meilleur morceau de cet EP à mon sens.

La fin du voyage s’amorce avec Aérostat qui ne nous sort pas pour autant de cet étrange songe. Son ambiance posée et douce offre même un petit moment de calme et de sérénité une fois le silence revenu.

Le comparse de Cadillac nous prouve avec cet EP qu’il a de nombreux talents en dehors de sa prestance scénique, et nous offre une petite pépite de musique électronique qui ravit autant les oreilles que l’imaginaire. Un nouvel EP est sorti au mois d’août et devrait plaire aux amateurs de musique électronique un poil plus expérimental.

Format Malin est disponible en téléchargement ICI pour la modique somme de 5€

Alexandre Vergne

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