Juke Box N°79

Tradition et racines se mêlent au fantastique et atypique « rock transe » de Lalala Napoli qui ouvre avec une belle énergie le bal (napolitain !) de ce juke box. Place ensuite au Blues avec Slim Paul et Jeanette Berger qui nous délivrent chacun leur vision de cette musique déclinable à l’infini, du rock à la soul en passant par le folk et la pop… Et justement, si vous êtes amateur de pop, le so british Barton Hartshorn va vous mettre des étoiles plein les yeux ! Un peu de douceur ensuite avec Lewis Evans qui nous berce de ses superbes ballades Pop folk (réalisées en collaboration avec le grand Herman Dune) et on termine avec de la très bonne chanson à textes avec l’envoûtant Dalva qui pose ses mots choisis sur une musique aux tonalités folk rock et avec Francoeur, gracieuse chasseuse de rêves, qui nous offre sa Pop « harpistique » d’une infinie douceur… Bonne écoute à toutes et à tous !

Lalala Napoli, c’est pour moi le souvenir d’un concert inoubliable sur la scène des Nuits de Nacre en 2018 : un concert explosif, festif, enragé et engagé qui m’a laissé le sentiment durable et profond d’avoir assisté à un moment unique… De musique, bien sûr. Mais aussi de chaleur fraternelle. Et ce n’est pas ma rencontre avec François Castiello qui a fait vaciller ce sentiment, ce grand bonhomme se révélant être aussi talentueux que généreux et humble (compte-rendu, photos et interview ici !). C’est donc avec une émotion intacte que j’ai savouré ce dernier album où François Castiello revisite ses racines napolitaines au coeur d’un univers rock où la transe s’invite pour mieux nous hypnotiser et nous électriser… Un retour aux sources qui prend des chemins détournés du côté des Balkans ou d’un jazz d’une totale liberté pour mieux nous entraîner, dans un subtil mélange fait de douceur et de force, dans les rythmes endiablés et joyeux d’un bal napolitain. Sous la voix chaude et puissante de François, la musique explose, fuse, ralentit pour repartir de plus belle, entre le calme de la baie de Naples et les éruptions d’un Vésuve en fusion… Impossible de mettre une étiquette sur la musique de Lalala Napoli. Elle exprime à elle seule la vie avec ses moments d’allégresse, d’espoirs et de rage contenue dans une infinie palette de couleurs qui nous mène, l’espace de quelques notes, de la joie la plus effervescente à la plus profonde gravité… François Castiello (chant et accordéon) et ses talentueux camarades (Nicolas Lopez au violon, François Vinoche à la batterie, Julien Certin à l’accordéon, Thomas Garnier à la flûte, à la guitare et au ciaramella et Maxime Oudry à la contrebasse) devaient se produire sur la scène du Studio de l’Ermitage le 17 Mars pour présenter ce petit bijou. Une date, hélas annulée, comme tant d’autres (mais reportée en Octobre prochain)… Il n’y a plus qu’à espérer que nous pourrons enfin les applaudir très bientôt sur scène… Où leur talent s’exprime de la plus belle manière qui soit ! (dates des prochains concerts, ici !)

Cavalluccio / Lalala Napoli / La Curieuse / L’autre Distribution / 5 Mars 2021

Quinze ans déjà que Slim Paul balade sa silhouette dégingandée et son Blues qui vient autant du coeur que de l’âme, sur les scènes de France mais aussi sur celles du monde entier… J’ai eu la chance de le découvrir, il y a quelques années, lors d’une édition du festival Terres du Son où il se produisait alors avec le groupe Scarecrow. Son jeu de guitare et sa voix inimitable, éraillée de Blues tout en étant chaude et puissante, m’avait déjà fortement impressionnée… Depuis, il en a fait du chemin ! Et son répertoire s’est enrichi en cours de route de sonorités puisées au fil de ses voyages et de ses rencontres… Pour preuve, ce dernier album où son Blues teinté de couleurs gospel épouse un rock mâtiné de folk et de pop, éclaboussé d’éclats cuivrés de soul… Un Blues intimiste aux arpèges délicats dans la plus pure des traditions, qui sait se faire joyeux et festif à la sauce Blues Brothers (avec le très dansant « Amazing you » !), ou sombre comme la noirceur de notre époque avec le titre « Bury me deep« , ponctué des explosions d’un rock apocalyptique sous les riffs lancinants de la guitare et les assauts d’une batterie enragée… Un album d’une belle originalité qui ne nous installe pas dans une ronronnante zone de confort mais nous titille au contraire par la diversité des genres, savamment orchestrés en douze titres lumineux. Un album où l’amour et l’espoir s’impriment avec l’optimisme de celui qui est convaincu que le meilleur reste à venir… Vous savez quoi ? Slim Paul is good for you… Et l’écoute du dernier album de cet auteur compositeur interprète de talent, qui conjugue le Blues sur tous les tons, va à coup sûr vous redonner du peps à l’âme !

Good for you / Slim Paul / Regarts / Old Pot Records / 12 Février 2021

Si Jeanette Berger distille un Blues somme toute assez traditionnel, celui-ci prend cependant des allures d’exception grâce à l’incroyable amplitude de sa voix, ultime instrument et joyau le plus pur de son quintet. Une voix caressante, sensuelle et imprégnée de soul, proche de la tessiture d’une Janis Joplin dont elle possède l’incroyable énergie… Ce délicat mélange de force et de douceur, habillé de superbes chœurs gospel, nous accompagne au fil des 15 titres de cet album « live » (enregistré en Août 2020 au festival « Sanary sous les étoiles ») où le toucher velouté de Jeanette au piano se marie à merveille aux riffs d’une guitare électrifiée de Blues… Un Blues d’une douceur nostalgique qui s’habille néanmoins de rock, de rhythm’n’blues et d’accents parfois funky ou jazzy qui nous font dodeliner de la tête et taper du pied ! Dix années déjà que Jeanette arpente les routes pour apporter la bonne parole du Blues avec ses ballades sensibles ou délicieusement « agitées » qui nous offrent une large palette d’émotions… Et nul doute que la scène sied à merveille à cette belle demoiselle : l’écoute de cet album nous en donne la preuve irréfutable ! En attendant de la retrouver ici ou ailleurs, lorsque salles et festivals ouvriront enfin à nouveau leurs portes à un public aussi impatient que frustré, Jeanette Berger nous prépare d’ores et déjà un futur album qui devrait sortir en 2022… A suivre, donc !!!

Live / Jeanette Berger / Blue Moon Records / 4 Décembre 2020

Barton Hartshorn chasse les derniers frimas de l’hiver et, tel l’hirondelle, annonce la bande son de ce printemps avec cet album à la pop élégante et sensuelle : une pop new-wave joyeuse et dansante qui sait se faire voluptueuse et envoûtante pour mieux nous charmer ! Piano, guitares, harmonica et chœurs aériens habillent les textes de cet album « scénarisé » en tranches de vies où amour, regrets et nostalgie donnent le tempo à l’incroyable tessiture de Barton qui module sa voix chaude et suave comme il jouerait d’un instrument… Avec cet album, ce talentueux musicien, nourri aux influences d’Elvis Costello, de U2 ou de Talk Talk, renoue incontestablement avec ses racines anglo-saxonnes, en dix titres acidulés et pétillants ou d’une précieuse douceur qui nous emmènent vers des promesses ensoleillées… La grande classe !!!

Not what I expected to hope for / Barton Hartshorn / Suxeed / Inouie Distribution / 22 Janvier 2021

D’où peut bien venir cet intrigant « rayon vert » ? Du film de Rohmer ? Du roman de Jules Verne ? De la célèbre installation de Duchamp… Ou d’une réplique d’Audiard dans « La métamorphose des cloportes » ? Rien de tout cela ! « Le rayon vert » est tout simplement un paisible bistrot normand tout près de la résidence où Lewis Evans s’est installé… Et c’est dans ce havre de paix aux senteurs marines qu’il a écrit et composé les quatre titres de cet EP, durant une période d’attente propice à la création : le confinement et l’arrivée prochaine de son futur bébé ! Une période où l’inspiration s’est sans le moindre doute invitée, en même temps que le grand Herman Dune qui a réalisé les arrangements et joué toutes les parties instrumentales de cet album nonchalant et ondulant qui nous emmène sur les voies de la sérénité, sous les accents d’une pop folk apaisante et douce comme du miel… Par la grâce de ses mélodies d’un indéniable charme, nappées de chœurs aériens délicieusement « vintage » et servies par la voix sensuelle et séductrice en diable de Lewis Evans, ce « Rayon vert » nous procure un intense moment de bien-être… So cool !!!

Le rayon vert / Lewis Evans / ZRP / 22 Janvier 2021

Une voix claire et chaude qui exhale une élégante nostalgie, des textes qui dévoilent un univers poétique et intimiste, une bande son où folk et rock s’unissent dans une parfaite osmose… Dalva nous offre avec « Lumen » un album sensible au climat imprégné d’une étrange douceur, entre acoustique et électrique, arpèges délicats et effets de réverbe hypnotiques… Un album inspirant où il dévoile ses états d’âme qui sont aussi les nôtres, face au tumulte d’un monde fait d’apparences trompeuses… Un monde où l’on ne rêve que de « trouver une piste au bord du vide pour de se délester de nos peurs, de l’ennui et de nos rancœurs » et de gratter ce « vernis de pacotille où l’on planque nos émotions »… Tout éteindre… « Fuir les rouages bien huilés d’un monde fêlé » qui ne laisse plus passer la lumière, quitter les artifices… Cet album, réalisé en orfèvre, questionne et apaise à la fois. Et suscite, dès la première écoute, un total respect pour cet artiste d’une belle authenticité…

Lumen / Dalva / Rockers Die Younger / Differ-Ant / 5 Février 2021

Une voix claire et diaphane qui se pose comme une plume légère sur une partition pop qui tire sa singulière originalité des délicates sonorités de la harpe… Un instrument dont Francoeur joue avec une belle sensibilité intuitive, et qui se marie à merveille avec son univers mélancolique d’une extrême douceur… Cette « chasseuse de rêves » nous offre avec « D’où vient le Nord », un album tout en nuances, éclaboussé d’étincelles de lumière qu’elle dépose telle une fée en arpèges cristallins sur ses mots fragiles et poétiques… « Guidée par la boussole de ses émotions », elle réveille les nôtres en écho par des sonorités oniriques, habillées de touches électro et de chœurs hypnotiques, avec cet album en état de grâce qui diffuse au fil de ses plages graciles et éthérées, un bouquet de sensations pures qui touchent droit au cœur… Superbe.

D’où vient le Nord / Francoeur / Budde Music / 4 Décembre 2020

Christine Le Garrec

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