Quand on y repense, le Green Lantern de James Newton Howard ne méritait pas tout ce virulent bashing… Au-delà de son surdosage électronique hideux, sa partition célébrait pourtant le lore des « Lanternes Vertes » en toute splendeur et modernité ; explorant aussi bien sa dimension cosmique que la débauche d’effets visuels imposée par Warner. Certes, le compositeur aura essayé de se fondre dans un style plus conventionnel pour répondre aux envies « zimmeriennes » du studio (le two notes theme de Hal Jordan en est le meilleur exemple) mais on peut au moins lui reconnaître sa capacité à soutenir l’action avec une vive efficacité (c’est une critique assumée !).
15 ans après et une catastrophe industrielle plus tard, la brillante série Lanterns, pilotée par Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, redéfinit un cahier des charges aux antipodes de sa précédente adaptation : approche plus idiosyncrasique, atmosphère western avec une pointe de rock’n roll mais surtout, une influence directe et assumée à la série True Détective. Ici, les « constructions » de l’anneau magique (pas celui de Gollum !) et l’exploration des différents « secteurs » galactiques sont quasiment délaissées au profit d’une enquête terrestre menée par Hal Jordan et son padawan John Stewart dans une petite bourgade du Nebraska pour déjouer un complot extra-terrestre, sur fond de conflits d’ego et de duplicité. Il n’y avait donc aucune chance que Stéphanie Economou (ancienne protégée d’un certain Harry Gregson-Williams) offre une symphonie super-héroïque « classique » aux 8 épisodes de la série ! L’orchestre est au placard avec le costume du Green Lantern, cédant sa place à un underscore « homemade » aux influences rock dont la formule se révèle peu croustillante – guitares et basses 90’s (« Hail in Rushville », « Kerry »), nappes synthétiques grondantes (« This is Not a Drill ») ou lancinantes (« The Guardians »), percussions nerveuses (« Mad as Hell », « Aantan and Waylon ») et sons distordus (« An Alien World ») innervent chaque ramification de l’intrigue sans jamais dynamiter la tension. Spectateurs et auditeurs se retrouvent donc embarqués dans une sorte de road-trip atmosphérique ; quelque part entre Logan de Marco Beltrami et Stranger Things de Michael Stein & Kyle Dixon, où le minimalisme prime sur l’originalité.
Heureusement, sa partition se dote d’un peu plus de relief grâce aux thèmes de nos deux chevaliers d’émeraude qui s’entrechoquent avec brio : d’un côté, le riff badass de John Stewart, affirmant le caractère téméraire du soldat aux airs placides ; de l’autre, le riff rebelle de Hal Jordan, presque désinhibé, à l’image de son personnage désinvolte ; tous deux renforçant une dynamique d’acting déjà bien rodée à l’écran. Grâce à l’incontournable procédé du leitmotiv, sa musique retrace leur périple et leur évolution en invoquant le peu de marqueurs thématiques mis en place, à l’image du thème héroïque du Green Lantern de Hal Jordan introduit par les violons dans « In Brightest Day, In Darkest Night » puis le piano dans « How Do You Make a Green Lantern? » ou « The Shadow of the Ring », tantôt pour évoquer la gloire passée du héros, tantôt pour exprimer la responsabilité de porter l’anneau (chez DC, tout comme chez le concurrent Marvel, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »).
Mais là aussi, la formule s’essouffle rapidement au regard de la récente histoire musicale des personnages DC qui portaient tous la même signature « rock & badass« – Wonder Woman avait le riff de Hans Zimmer (+ Junkie XL et Steve Mazzaro), Aquaman avait le riff de Rupert Gregson-Williams et Flash celui de Tom Holkenborg ; de quoi renforcer encore plus cette impression de « déjà-entendu ». On a beau s’efforcer d’éviter la comparaison, la proposition ne convainc pas, peut-être aussi parce qu’elle n’offre tout simplement aucun ancrage émotionnel avec l’histoire des personnages (dites-vous qu’il faudra attendre le tout dernier morceau du score, « When All Goes Quiet », pour que sa musique dégage un peu de chaleur humaine.). Respectons l’intention artistique (si toutefois elle se vérifie) mais gageons aussi que la Warner a très bien pu limiter son approche, à l’image de certains choix scénaristiques et visuels qui semblent dissimuler des restrictions budgétaires… Quoiqu’il en soit, Stephanie Economou n’aura malheureusement pas réussi à matérialiser une imagination débordante pour faire briller le lore des Green Lanterns sur le petit écran… On en viendrait presque à regretter James Newton Howard !
David-Emmanuel – Le BOvore