Histoire(s) de lire … N°3

Je vous propose dans cette nouvelle série de chroniques de vous reposer sur Serge Joncour, qui, une fois de plus, nous offre une belle aventure humaine dont lui seul a le secret avec  la sensibilité et l’élégance qui le caractérisent, de déambuler des rues du Marais à celles de New-York en compagnie d’un écrivain adepte de Kerouac et de vous mettre dans la peau d’un VRP du tourisme dont les mésaventures n’engendrent pas la mélancolie ! Bonnes lectures !

 

 

repose-toi-sur-moi

 

Un homme, une femme qui n’auraient jamais dû se croiser tant ils évoluent dans deux mondes diamétralement opposés : elle, Aurore, est styliste dans sa propre boîte, mariée à un riche homme d’affaires américain, avec qui elle a deux enfants. Lui, Ludovic, est agent de recouvrement de dettes, habite dans un immeuble miteux  en face de celui d’Aurore, un immense appartement chic … Veuf depuis trois ans, il a quitté la ferme familiale laissant sa sœur et son beau-frère l’exploiter : trop petite pour les faire vivre tous, il s’est en quelque sorte sacrifié. Il ne se sent pas à l’aise à Paris, ce n’est pas son monde et les regards que lui lancent les parisiens lui font bien comprendre qu’il n’y est pas à sa place. Une cour sépare leurs deux immeubles avec un petit jardin où des corbeaux ont élu domicile, terrorisant les anciennes locataires, de placides tourterelles, et Aurore qui a une peur bleue de ces oiseaux de malheur … Il faut dire qu’elle est à cran, sa boîte est en train de couler et Fabian, son associé ne semble pas être étranger à la débâcle de son entreprise… Son mari, de plus en plus pris par ses affaires devient de plus en plus distant… Bref, Aurore ne va pas bien malgré les signes de prospérité qu’elle affiche… Quant à Ludovic, il se demande ce qu’il fout là et n’en peut plus d’avoir le mauvais rôle face à de pauvres gens endettés, même si certains sont un peu escrocs sur les bords. Ces deux-là vont se retrouver un soir dans le petit jardin et discuter du problème de ces fichus corbeaux, et sans vraiment le comprendre ni l’avoir cherché tombent dans les bras l’un de l’autre … Pour Aurore, c’est un bouleversement total dans la période troublée qu’elle traverse. Pour Ludo qui ne s’est toujours pas remis de la mort de sa femme, c’est un cadeau du ciel qui le bouscule d’autant plus que cette femme si belle, si raffinée, tellement différente de lui est mariée… Pour elle, il est prêt à tout pour la protéger… Et Aurore a tellement besoin d’une épaule pour se reposer, tout comme Ludo, en fait … Si les hirondelles attendent le printemps, les aficionados de Joncour, eux, attendent son dernier roman avec impatience ! Peu d’auteurs savent trouver le mot juste et vrai pour décrire la comédie humaine et les travers de notre société avec autant d’humanité, de sincérité et de force. « Repose-toi sur moi » est une fois de plus un grand bouquin qu’on dévore avidement et qu’on referme en se disant un peu dépité « Déjà ? ». Pas de longueurs, une écriture qui coule comme une rivière tranquille, des sentiments qui entrent en résonnance avec nos propres sensations, notre ressenti intime… Force et fragilité s’affrontent, se rejoignent et se mélangent dans ce dernier roman, la raison, le désir et l’amour pour qui l’on peut commettre des actes qui nous dépassent … Peintre de nos émotions, photographe témoin de son temps qui développe des instantanés de vie avec talent et fausse simplicité, Joncour est devenu au fil de ses écrits, un auteur incontournable … Encore, monsieur Joncour !!!!! Allez, au boulot !!!

Repose-toi sur moi de Serge Joncour, Flammarion, 2016 / 21€

 

 

nuits-de-williamsburg

 

Dandy nonchalant et égocentrique, Samuel traîne sa vie dans le quartier du Marais, collectionnant les aventures, partagé entre ses origines juives et son homosexualité pratiquante. Samuel est écrivain mais a de moins en moins le feu sacré… Aussi, quand son éditrice lui montre définitivement la porte sur le prétexte que ces derniers romans ont fait un flop retentissant, notre auteur en perdition se demande ce qu’il va faire de sa vie… En dehors d’écrire, il ne sait rien faire et ne se voit pas bosser pour gagner sa vie en la perdant dans un boulot débilitant… Retourner dans le pavillon de banlieue de ses parents qui n’apprécient guère son mode de vie et se rapprocher de sa sœur aussi aimante qu’une Waffen SS est au-dessus de ses forces ! Quand Zorba, un de ces anciens amants, lui annonce son départ pour New-York, dans le quartier de Williamsburg, il y voit un signe du destin et décide lui aussi de franchir le pas et de tenter sa chance dans la grosse pomme…Arrivé là-bas, il déchante vite … Plongeur dans une pizzeria, il cohabite avec son ami tout aussi mal loti que lui, dans un appartement aussi petit que miteux qu’ils partagent avec deux énergumènes qu’il n’apprécie pas plus qu’eux ne le supportent (sauf s’il paie grassement sa part du loyer) Samuel fuit de nouveau cette vie qu’il avait rêvée plus rieuse, devient un hobo crasseux et désœuvré, dormant sous un carton et se nourrissant des restes trouvés dans des poubelles…Jusqu’au jour où Rebecca une rousse explosive et nymphomane fait son apparition et l’accueille dans sa famille, des juifs religieux. Il se plongera autant dans les enseignements de la Torah que dans les bras amoureux de la belle, se découvrant pour le coup un penchant pour le sexe faible pour le moins inattendu… D’une écriture riche et sans langue de bois, Frédéric Chouraki  nous embarque sur les traces de ce clochard céleste, entre beat generation et hipsters new-yorkais, religion et homosexualité, avec un humour corrosif et une désabusion irrésistible. Fervent admirateur de Kerouac, il lui rend ici un hommage aussi farfelu que touchant, dans ce roman sincère et foisonnant. Une jolie découverte ! Pour info, une expo sur la Beat Generation a toujours lieu au centre Pompidou à Paris, jusqu’au 3 octobre prochain !

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki, Le Dilettante, 2016 / 17,50€

 

 

ce-mexicain

 

Benjamin n’a pour ainsi dire jamais quitté son île d’Oléron natale où, à plus de trente ans, il cohabite toujours avec sa mère. La famille s’est complètement déchirée depuis que le père a mis les voiles, sans laisser d’adresse … Et ses rapports avec ses frères et sœurs sont conflictuels (Du moins, entre eux…). Le jour où il répond à une annonce pour un poste de chargé de la promotion internationale dans l’entreprise au nom pompeux de  « Cité de l’air du temps », il y voit le moyen de s’émanciper et d’enfin découvrir le monde !!! Au départ, il se tape plutôt les petites villes de Province, rien de palpitant … Mais après, ce sont les capitales européennes qui l’attendent avant des destinations plus lointaines ! Au début enthousiaste, Benjamin va vite déchanter, ces voyages se limitant les trois quarts du temps à des trajets entre aéroport et hôtel (miteux, le plus souvent), entre bus, gares et séminaires soporifiques …Il ne voit rien ou pas grand chose des villes qu’il traverse et en revient frustré… Au cours d’un de ces marathons, il va rencontrer Clara dont il va tomber amoureux…. Après les délicieux et loufoques « Comme un karatéka belge qui fait du cinéma » et « La campagne de France » que j’avais adorés, j’ai retrouvé avec enthousiasme l’écriture de Jean-Claude Lalumière ! Situations inédites, quiproquos, mais aussi réflexions douces-amères sur notre civilisation du loisir …Lalumière épingle avec férocité ce monde du tourisme, son personnage étant en charge de le cautionner et de le promouvoir, tout en détestant l’attitude des touristes de tous poils, qui ne vont que là où il faut aller et ne se conduisent pas souvent en personnes respectueuses ! Pimenté par une histoire d’amour où il ne ménage pas le suspense et où son héros a plutôt le rôle d’un Pierre Richard dans ses mauvais jours, ce roman se lit d’une traite, ponctué de sourires et d’éclats de rires ! Et ce titre étrange alors ? Pas de panique, vous découvrirez au fil des pages qui est (ou qui sont …) ce mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne … Rafraichissant !

Ce mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne de Jean-Claude Lalumière, Arthaud, 2016 / 17€

 

Christine Le Garrec

 

 

 

 

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