Papiers à bulles ! N°4

A l’affiche de cette rubrique, deux BD dans des registres très différents !  Les artistes sont de drôles d’oiseaux … Anna Haifisch nous les dépeint avec humour, tendresse et lucidité ! Sébastien Goethals, quant à lui, nous dresse un tableau assez sombre d’une société pas si lointaine que ça…  Succombez au plaisir de ces deux lectures incontournables !

 

 

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L’artiste d’Anna Haifisch a tout d’un drôle d’oiseau, tant physiquement que dans son comportement. A la manière d’un ornithologue, Anna décortique les us et coutumes de cette espèce que l’on n’espère jamais en voie de disparition. En fait, l’artiste, il lui en faut peu pour être heureux (mon dieu, je cite Baloo dans le livre de la jungle !). Un simple matelas suffit à son bonheur pour dormir peinard et rêver pendant des heures sur le vaste sujet de la création. Il mange peu (mais mal…) mais par contre, il faut bien l’hydrater (de préférence en bières : en prévoir une quantité non négligeable). Le véritable artiste aime vivre dans l’ombre et déteste s’exposer (il préfère montrer son travail plutôt que sa tronche). Toutefois, certaines espèces sont très mondaines et adorent être adulés par leur public qui les vénère sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs, en dehors du fait qu’ils ont la cote. Vous les verrez, ceux-là, plastronner devant caméras et micros, étalant leur soi-disant talent comme on étale du miel sur sa tartine. Ils ne sont pas les meilleurs représentants de leur espèce, de mon simple point de vue. L’artiste se pose beaucoup de questions, il est torturé et vit dans le doute permanent. Il a sans cesse besoin d’être rassuré. Si vous décidez d’en adopter un, vous voilà prévenus ! Quel bonheur de lecture ! Un album drôle, vif, enlevé, avec un graphisme très personnel et des couleurs qui le sont tout autant !  Anna Haifisch égratigne avec beaucoup de tendresse le monde des artistes et elle fait partie de la première catégorie, la meilleure… Il faudrait lui demander si elle aimerait être adoptée …

The artist d’Anna Haifisch, Misma, 2016 / 16€

 

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Martine Laverdure, caissière dans une grande surface, ne remplit plus les conditions exigées par sa DRH. Pourtant, cela fait des années que Martine travaille pour cette société, jamais elle ne s’est arrêtée une seule journée pour maladie. L’employée rêvée … Avant qu’elle ne vieillisse et perde de la rapidité. Il faut donc trouver un prétexte pour la virer, de préférence pour faute grave. On charge Jean, un des agents de sécurité, de pister Martine et de la filmer jusqu’à ce qu’elle commette une faute… Quand son amoureux, Jacques Chirac Oussoumo ( !) qui travaille également dans le supermarché vient lui parler à sa caisse, ce qui est totalement interdit, le motif est tout trouvé et tous deux sont convoqués par la direction et sommés de démissionner. L’entretien tourne mal, jacques malmène le DRH et en voulant essayer de le calmer, Martine se tue en tombant sur une table basse… Fou de douleur, Jacques va trouver les quatre fils de Martine… Nommés Blanc, Brun, Gris et Noir, ces derniers sont des loups violents et de dangereux braqueurs… Ils décident de venger leur mère, de traquer Jean, de le tuer et de le manger… Adapté du livre « Manuel de survie à l’usage des incapables », ce roman graphique est fidèle à l’esprit du texte de Thomas Gunzig tout en ayant sa propre personnalité. Il nous dépeint une société où toute humanité a disparue, où même le vivant a été privatisé : les futurs parents peuvent choisir les gênes de leur progéniture, y compris des gênes d’origine animale… Le monde du travail est devenu impitoyable (gaffe, on y arrive …) et l’époque est violente à tous points de vue… Noir tout en étant traversé de fulgurances d’humour grinçant qui lui donnent de la respiration, « Le temps des sauvages » se lit comme un polar qui ferait un clin d’œil à la science-fiction réaliste. Le graphisme efficace et sobre de Sébastien Goethals, son écriture nerveuse et son sens du rythme font de ce roman graphique une vraie réussite du genre. Sombre, glaçant et palpitant !

Le temps des sauvages de Sébastien Goethals, Futuropolis, 2016 / 26€

 

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Christine Le Garrec

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