Juke Box N°4

Ce matin je me suis réveillé en me disant…  Que vais-je bien pouvoir servir ce soir, pour l’apéro à nos lecteurs ? Un Clinton Fearon et son reggae pour bien commencer la soirée? Brian S. Cassidy et sa pop folk à l’américaine, plus relaxant après une journée bien remplie ? Ou bien Ursus Minor et son rap-jazz-funk ? Dans tous les cas, voila trois albums que je vous conseille d’écouter, ils sont sublimes !

 

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Je vous disais donc que ce matin, en me levant, l’idée de mettre sur ma platine le dernier Clinton Fearon « This morning » fut excellente ! Il nous avait tellement ravi les écoutilles avec « Heart and soul » en 2012 et « Goodness » en 2014 », que ce nouvel opus ne pouvait s’écouter qu’avec un très grand intérêt et je confirme que l’ex Gladiators a encore du mordant. Du haut de ses 65 printemps, il n’a rien perdu de sa fibre jamaïcaine des montagnes de Sainte Catherine, bien qu’il vive à Seattle ! Il y  en a eu du chemin de parcouru depuis son premier album solo « Disturb the devil » en 1994 ! Toujours avec son groupe The boogie Brown Band, il nous livre le onzième « This morning » sorti dans les bacs le 30 septembre dernier, du roots reggae à l’état pur dont lui seul a le secret. Clinton Fearon est multi instrumentiste (guitare, basse, percussions, voix) et a ajouté pour ce nouveau projet, du saxophone, de l’orgue, du marimba et fait en sorte qu’on entende tout, ensemble ou séparément, pour avoir le juste son sur les paroles et mélodies qu’il a écrites. Pour lui c’est une question d’unité, en ce qui me concerne, je trouve que c’est une très belle réussite ! « Love what you do, do what you love », c’est la recette qu’il applique entre autres avec ses musiciens. Cette harmonie se ressent au fil des treize morceaux qui composent ce nouvel album où il dit son refus de « ceux qui prétendent en savoir plus que nous, pour prendre la liberté de décider à notre place ».  Avec des titres comme « No justice », l’histoire de Sammy qui, revenant du parc avec ses amis, se fait abattre par l’officier Crown sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui, ou « Respect  » de ce que nous donne l’existence. Il ne vient pas nous prêcher le respect et l’amour, simplement le chanter de sa voix chaleureuse. « This morning » a été enregistré et masterisé à Seattle mais c’est au studio Davout qu’a eu lieu le mixage par Derek Fevrier. C’est le troisième album de Clinton Fearon que distribue le label « Chapter Two Records ».  A mon avis, ce ne sera pas le dernier que nous proposera Mister Fearon… Avec son grand et beau sourire et son reggae aux « good vibrations », cette légende jamaïcaine n’est certes pas prêt à prendre sa retraite, pour notre plus grand plaisir !

This Morning de Clinton Fearon, Chapter Two, 2016 /14€

 

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Six ans qu’on attendait ce moment… Les gars, vous avez pris votre temps ! En attendant, si l’attente a été longue, le résultat n’en n’est que plus convaincant ! Ursus Minor nous offre (car c’est un vrai cadeau !) ce coffret intitulé « What matters now », contenant deux CD et un livret de 140 pages qui raconte toute l’histoire de cet album hors normes. Une « suite à deux faces en quatre parties » (4 points cardinaux, 4 saisons, 4 éléments) où les quatre musiciens du groupe ( Tony Hymas / claviers, François Corneloup / sax baryton et soprano, Stokley Williams / batterie et chant, Grego Simmons / guitare, (je vous invite à aller voir leurs biographies respectives, c’est carrément impressionnant…) nous livrent leurs joies et leurs colères, la passion qu’ils transmettent à travers leur musique aux teintes funk-jazz-rap-soul-rock-blues et parfois bien au-delà. Pour ce quatrième album enregistré à Treignac en Corrèze, ils se sont entourés de leurs amis et d’artistes,  qui sont autant de belles rencontres,  venus participer à l’élaboration de ce projet : le violoniste Dominique Pifarely, le duo   celtique « Le bénéfice du doute« , l’acteur Frédéric Pierrot pour quelques réminiscences résistantes, la clarinettiste Manon Glibert « d’Aquaserge« , Bernat Combi chanteur d’une « sorte » de blues limousin, Patrick Dorcean batteur du dernier trio de Jeff Lee Johnson, les  jeunes slammeurs Anna Mazaud et Léo Remke-Rochard… Mais ce n’est pas tout ! DeM Atlas, nouvelle coqueluche du rap minnesotan, la rappeuse Desdamona et la chanteuse Motown Ada Dyer, les accompagnent également tout au long de cet album que je vais m’appliquer à résumer.

Préface de Jean Rochard, producteur pour « Hope Street-Nato », en préambule du magnifique livret,  sur la colère et la joie, deux mots inspirés d’une intervention de serge Quadruppani (journaliste et écrivain), le 24 Avril 2016 à l’occasion de « Nuit debout Paris », avant de découvrir la première partie « The living present » illustré par Zou. Avec des morceaux comme « What matters now » dédié a Howard Zinn ou cet hommage à Pavlos Fyssas, rappeur grec assassiné par les fascistes d’Aube Dorée, la colère est bien présente et magistralement mise en musique et en paroles, avec en conclusion de ce premier chapitre, « Le pont sur la Vézère » un petit instrumental pour adoucir les mœurs.

L’illustration de « Land of the tree » a été réalisée par Laurent Lebot. Ce second acte nous offre une reprise de Jimi Hendrix « I don’t live today  » et deux titres « Z.A.D. Song » contribution originale à la riche histoire musicale de la lutte locale, et « Notre dame des oiseaux de fer » d’Hamon Martin Quintet, hymne des opposants aux grands chantiers inutiles, où l’on peut apprécier l’immense talent des quatre musiciens d’Ursus Minor.

Un « Entr’actes » vous est ensuite proposé dans ce livret, sous la forme d’un cahier photographique réalisé par Val K. Elle nous embarque dans un va et vient entre le Chiapas et Notre Dame des Landes (magnifique !)

Les dessins d’Emre Orhun accompagnent « Talking drum » troisième et avant dernier volet de « What matters now » avec « The Words of Lucy Parsons » (la veuve des martyrs de Chicago), « La Meilleure des polices » qui nous côtoie au quotidien, « Move » vibrant hommage à Jeff Lee Johnson, leur premier guitariste aujourd’hui disparu et « The drum song » où Stokley Williams, nous montre qu’il n’est pas seulement un super drummers, mais aussi un grand vocaliste.

La quatrième partie  « A simple chronogical series »,  imagée par Florence Dupré La Tour, démarre sur une poésie de  Marcelle Delpastre  » Lo chant de la terra « , conté en occitan par Bernat Combi. S’ensuivent « Brown baby » d’Oscar Brown JR et « Rythme futur » de Django Reinhardt. « The way back home » un rhythm’ n’ blues,  vient conclure  ce superbe double album, qui porte la colère mais surtout  la joie, dédié à la jeunesse qui elle, porte tous les espoirs et les consciences…

What Matters Now d’Ursus Minor, Hope Street Nato, 2016 /17€

 

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Cet album est sorti en fin d’année dernière aux États-Unis sur le label Wren & Shark et n’aurait certainement pas vu le jour de ce coté ci de l’atlantique, si le label Microcultures n’avait œuvré pour une sortie européenne. Brian s. Cassidy n’est pourtant pas le petit nouveau « songwritter » à qui l’on demande de faire ses preuves. Ce multi instrumentiste a déjà une belle carrière derrière lui en ayant collaboré sur sept album du fameux groupe « Okkervil River« .  C’est donc avec « Alpine Seas » sorti le 4 novembre dernier sur notre territoire, qu’il lance sa carrière en solo. Enregistré, mixé, masterisé chez lui à Austin, avec simplement deux microphones et surtout, son talent de compositeur-arrangeur, le Texan nous livre un album pop folk d’une grande qualité. Harmonies et mélodies s’y côtoient avec simplicité, aisance, conférant une atmosphère unique sur chacun des dix morceaux de cet exercice solitaire. Un clavier, une voix, voila tout ce dont il a besoin pour entamer « I’m an ocean » où l’ambiance progressivement nous emporte dans une délicieuse rêverie. Sur le morceau « Beyond the dark »  avec sa guitare juste soulignée par une pédal steel en arrière plan, il nous emmène dans un folk intimiste et traditionnel à l’américaine. Sur « Arcadia », « uncompahgre »  et « Make believin’ », des titres résolument plus pop rock , il s’aventure même à poser de petits arrangements de cuivres… Il nous prouve qu’il a plus d’une corde à sa guitare ! Cet album solo le serait totalement, s’il n’avait décidé de faire participer ses deux enfants, Gwen et Clark, tous deux âgés de sept et quatre ans, sur « South et Rich man  » qui rend ce disque tout simplement généreux et humain. Quant à sa peur de se retrouver dans l’impuissance du musicien à composer, comme il nous le chante sur « If I could write a song « , nous pouvons le rassurer sur ce point : « Alpine Seas » à enchanté nos oreilles. Belle Découverte !

Alpine seas de Brian S. Cassidy, Microcultures, 2016 / 11€

 

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Bruno Robert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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