Histoire(s) de lire … N°8

Pour commencer cette nouvelle année dans la bonne humeur et les bonnes résolutions (comme dirait Lafesse « pourvu qu’ça dure …), voici ma dernière moisson de lectures ! Deux romans légers pour ne pas se prendre la tête et un flamboyant roman-docu signée par Alice Ferney qui défend avec fougue et lyrisme les animaux marins et ceux qui agissent courageusement pour leur survie …  Et la nôtre… Bonnes lectures !

 

 

 

Magnus Wallace est une personnalité controversée du mouvement écologiste : ses actions « coup de poing » pour la défense des animaux marins ne font pas l’unanimité, à commencer par ses anciens amis de « Noé » (la plus prestigieuse association écologiste dont il a claqué la porte) qui le traitent de terroriste et se désolidarisent totalement de ses « forfaits »…Si Magnus est un excellent orateur, intelligent et déterminé, il est surtout un adversaire redoutable et redouté de tous ceux qui pratiquent la pêche illégale, y compris et surtout dans les zones protégées… Quand il se trouve sur leur chemin, Magnus ne fait pas de longs discours, mais il agit : bateaux coulés, matériel endommagé, mais jamais de violences inutiles sur les hommes. Si le sang coule, c’est uniquement celui des animaux, traqués par satellite, abattus au harpon, dépecés vivants, mutilés au nom du sacro saint profit et au mépris total de l’écosystème …Cette pêche intensive et criminelle ne laisse aucune chance à l’animal dans une violence insupportable… Magnus ne veut qu’une seule chose : protéger baleines et requins contre leurs prédateurs en frappant là où ça fait mal, en détruisant leurs moyens de production pour nuire à cette économie à l’encontre de l’usage du monde… L’action directe en opposition à l’apathie et à la corruption des politiques et des pseudos organisations écologistes… Le journaliste Gérald Asmussen, intrigué et fasciné par le personnage, décide de partir en mission avec Wallace pour filmer les exactions des fraudeurs afin de sensibiliser l’opinion publique… Sans caméra, mais avec ses mots, Alice Ferney signe un roman documentaire glaçant sur l’urgence d’agir pour la nature, avec des actes et non des mots (quel paradoxe et quelle prouesse dans l’écriture, justement…). Clairement engagé et militant, « le règne du vivant » est aussi une ode à la beauté, la majesté et la diversité du peuple des mers… Mieux que des images « choc », l’élégance et la justesse littéraire d’Alice Ferney marque les esprits de façon percutante et durable. A sa lecture, on est submergé par la beauté du monde et révolté contre la sauvagerie des hommes, avec un sentiment exacerbé d’urgence et de volonté d’agir, comme Wallace et ceux qui « terrorisent » les pilleurs de notre mère à tous. Inspirée certainement par le militant écologiste Paul Watson, Alice Ferney est certainement convaincue de la justesse de cette cause primordiale pour l’avenir de l’humanité. Par la grâce et la puissance évocatrice de son écriture, elle nous convie à une réflexion primordiale. Convaincant, révoltant, et … Superbe.

Le règne du vivant d’Alice Ferney, Actes Sud, 2016 / 7,70€

 

 

 

Marc Barton, acteur hollywoodien séduisant et prétentieux est au au top de sa carrière. Marié à une femme sublime (qu’il trompe néanmoins frénétiquement) et très attaché à son chien, (grand péteur devant l’éternel) Marc avait plus de chances de gagner au loto que de croiser le chemin de Daisy…Petite actrice sans grand avenir, cette dernière, comme la cigale de La Fontaine, mène une vie de patachon qui lui attire les foudres de ceux qui l’entourent, y compris celles de son meilleur ami, Yannis, amoureux d’elle depuis l’adolescence… Marc et Daisy ont néanmoins un point commun : ils se soucient peu des autres et sont un peu handicapés des sentiments ! C’est sur le plateau de tournage du dernier James Bond que ces deux-là vont se rencontrer de manière plutôt explosive : Daisy postule pour un petit rôle que Marc 007 fait supprimer du scénario, avant même qu’elle passe l’audition ! Furieuse, elle s’en va… et tombe nez à nez avec le chauffeur de taxi Tchétchène qui l’a déposée devant les studios et à qui elle a fait le coup du taxi basket… Pour lui échapper, elle se réfugie dans ce qui se trouve être la loge de Barton où elle est accueillie par son chien qui aboie furieusement. En tentant de le faire taire, elle tue accidentellement le roquet… Voulant se faire pardonner, elle se glisse dans la voiture de luxe de Barton pour s’expliquer avec lui… Mauvaise idée… Barton excédé roule comme un taré et les expédie ad patres en s’encastrant dans un camion… Alors, tout est fini ? Bien au contraire, tout commence ! Tout en se reprochant mutuellement leur mort, Marc et Daisy entrent dans une grande lumière… qui les rejette aussitôt pour les précipiter sur terre… réincarnés en fourmis ! Pour revenir à une réincarnation potable, ils devront amasser du bon karma en se comportant mieux qu’ils ne l’ont fait tous deux sous leur forme humaine. C’est du moins ce que leur suggère un Bouddha hilare, mais sévère… Pendant ce temps, sur terre, la femme de Barton et Yannis, l’amoureux éconduit de Daisy se rapprochent voluptueusement, au grand désespoir des deux petites fourmis qui vont tout tenter pour les séparer… Parfois, le chemin est dur ! Nos deux anti-héros  devront subir moult transformations avant de trouver le bon chemin qui les amènera tous deux à la sérénité… Dialogues savoureux et situations irrésistibles sont au menu de ce roman, vrai remède contre la morosité !!!

Toujours maudit ! de David Safier (Traduit de l’allemand par Catherine Barret), Presses de la Cité, 2016 / 21,50€

 

 

 

D’habitude, George et Alice adorent passer chaque dimanche sur leur bateau… Mais ce jour-là, les deux jeunes mariés décident d’aller plutôt faire un tour à la campagne et … tombent en panne d’essence ! Ils se rendent dans une ferme pour chercher du secours et Alice tombe en admiration devant une portée de chiots… Surtout devant un petit qui lui fait du charme comme s’il l’avait choisie…Elle est si persuasive et George tellement amoureux, qu’il finit par céder et les voilà tous deux qui repartent avec un adorable bébé Bobtail dans les bras ! Le lendemain, le fermier affolé les appelle : il a retrouvé la mère et toute sa portée, morts dans la grange, empoisonnés par un insecticide… George et Alice se précipitent chez le véto qui les rassurent mais les prévient que le chien peut avoir des séquelles… Le petit orphelin, seul survivant est prénommé Only. En guise de séquelles, Only s’en sort plutôt bien ! Il est en pleine forme, déploie des trésors de ruse et de malice pour faire mille bêtises, et est particulièrement têtu et persévérant ! La vie passe avec ses bonheurs et ses chagrins, deux petites filles naissent, puis George et Alice se séparent… Only supporte mal le départ de George de la maison, il se sent triste et inutile … Alors, un jour que la porte du jardin est mal refermée, Only décide de partir visiter le vaste monde… L’auteur de « Forrest Gump » nous offre avec le destin de ce chien intrépide, un joli moment de détente et des fulgurances d’émotions. Si vous êtes plutôt du genre toutou à sa mémère (ou à son pépère, hein !), que vous avez chialé comme un veau devant le film « Marley et moi » et que vous ne pouvez vivre sans une de ces boules de poils à vos côtés, vous allez craquer sur Only. Il  vous fera sourire et bien sûr, pleurer… Comment dit-on, déjà ? Oui, bête à chagrin … Une vie de chien est décidément bien trop courte …

Only de Winston Groom (Traduit de l’américain par Pierre Szczeciner), Le Cherche-Midi, 2016 / 18€

 

Christine Le Garrec

 

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