Papiers à bulles ! N°7

Le festival d’Angoulême va ouvrir ses portes du 26 au 29 janvier. Impossible de l’évoquer sans une pensée émue pour Gotlib, décédé le 4 décembre dernier : sa coccinelle et son humour vont nous manquer… Dans la sélection officielle, figurent trois ouvrages que je vous avais présentés lors de précédentes chroniques : « Coquelicots d’Irak » (Trondheim/Findakly), « le dernier assaut » (Tardi/Grange) et « Megg, Mogg et Owl à Amsterdam » (Simon Hanselmann). Trois superbes albums à qui je souhaite les belles récompenses qu’ils méritent ! Une expo sur « Le château des étoiles » aura également lieu à Angoulême, l’occasion d’y amener vos jeunes ados ! (je vous avais présenté le dernier opus dans le coin des p’tits loups) En attendant, voici mes deux derniers coups de cœur BD : un superbe polar graphique qui dénonce les dégâts causés par les magouilles bancaires et le mythe de Bacchus revisité de façon bien originale ! Bonnes lectures et bon festival pour les chanceux qui y seront !

 

 

De nos jours en Espagne. Un homme est retrouvé mort dans son appartement. Enquête de routine pour Olga Tabares et son adjoint Carlos Sotillo, car rien ne laisse penser qu’il s’agit d’un meurtre. Une autopsie est tout de même pratiquée qui  révèlera que ce banal employé de banque a été empoisonné au cyanure … Ce n’est que le début … les jours suivants, plusieurs personnes, hommes ou femmes, sont retrouvés morts, tous empoisonnés de la même façon, avec le même point commun : ils sont tous employés dans des banques, toutes différentes et à différents postes de responsabilité… Olga et Carlos se retrouvent sous la pression de leur hiérarchie et des milieux politiques : ils doivent résoudre cette enquête sensible le plus rapidement possible, avant que la presse en fasse ses choux gras, l’opinion publique étant à juste titre peu compatissante envers les milieux bancaires…Mais tant de gens ont eu à souffrir (et souffrent encore) de leurs pratiques scélérates que n’importe qui a pu avoir eu le désir de se venger ! Alors, acte isolé d’un serial killer ou meurtres orchestrés par une organisation ? Une surprise de taille attend nos deux flics…Miguelanxo Prado nous offre une bonne dose de suspense dans ce polar graphique où l’aspect social est prépondérant. Un état des lieux glaçant et libérateur tout à la fois, un plaidoyer convaincant sur le cynisme du système bancaire qui n’hésite pas à dépouiller de pauvres gens crédules et confiants pour davantage de profits, sans état d’âme. Le dessin, dans un noir et blanc somptueux joue à merveille avec les expressions des personnages, dans un souci de réalisme parfaitement maîtrisé, en accord total avec le propos. Une belle réussite et un vrai plaisir de lecture !

Proies faciles de Miguelanxo Prado, Rue de Sèvres, 2017 / 18€

 

 

 

Le petit Ivanhoé vit avec Gaspard, son père. Ce dernier travaille la vigne. Tous deux sont pauvres, et, hormis un magnifique tonneau en chêne légué de génération en génération par les ancêtres de la famille, ils n’ont aucun autre bien.  Avant les vendanges, une tradition veut que le fils du vigneron s’introduise dans le tonneau pour le récurer à fond, avant de le remplir du précieux nectar… Ivanhoé, qui n’échappe pas à cette tradition ancestrale, n’a pas trop de difficultés pour entrer dans le tonneau… Mais, impossible d’en ressortir ! Et son père se gardera bien de l’en extirper, le vin de ce tonneau « habité » se révélant d’une qualité exceptionnelle ! Ivanhoé en restera prisonnier, pendant des années… Le jour où il retrouve enfin sa liberté, Ivanhoé se découvre un don : partout où il passe, la vigne pousse miraculeusement ! Il devient un héros auprès des pauvres gens qui voient là le moyen de s’enrichir… Bien sûr, on pense à Bacchus … Lui non plus n’avait pas de mère, du moins celle-ci (Sémélé) fut tuée par Jupiter, avant même que Bacchus ne vienne au monde. Quant à Ivanhoé, sa mère n’est pas évoquée… Bacchus lui aussi fut caché durant toute son enfance (pour échapper quant à lui, à Junon, la femme de son père, qui détestait ce pauvre fruit du péché). Mais point de tonneau pour Bacchus ! Une grotte dissimulée sous la vigne fut sa prison. Et bien sûr, comme tous les épicuriens le savent, Bacchus, qui planta la vigne lui aussi, fut vénéré comme le dieu du vin. On pense aussi à Diogène, le clochard philosophe  et son tonneau … Quant à Ivanhoé, le preux chevalier … Là, je vois pas ! Une BD déroutante et originale qui joue avec la mythologie avec intelligence !

Ivanhoé Backus de Nicolas André, La Pastèque, 2017 / 21€

 

Christine Le Garrec

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