Papiers à bulles ! N°8

Le cinéma à travers les âges, la vente inespérée de cierges en gros, un méga ras-le-bol, des histoires de famille : voilà les pitchs de ces nouvelles chroniques BD qui m’ont fait sourire, m’ont émue ou révoltée… Je vous souhaite de prendre autant de plaisir que moi à leur lecture !

 

 

 

Quand on est tombé dedans tout petit, difficile de ne pas être passionné par le cinéma ! C’est le cas de Rémi Lucas qui, dès son plus jeune âge a pu fréquenter gratos la salle obscure de son quartier, son père en étant le trésorier… Cette passion qui ne l’a jamais quittée depuis, il nous la fait partager dans « Du cinéma pour le dessert » avec humour et nostalgie, dans un scénario où il se met en scène aux différents âges de sa vie. Et c’est drôlement bien ficelé ! L’adulte et le père de famille qu’il est aujourd’hui retrouve par intermittence le gamin, l’ado et même le vieux monsieur qu’on lui souhaite devenir. Chacun parle des films qu’il a aimés, et bien sûr, selon l’âge, ce ne sont pas les mêmes ! S’ensuivent des dialogues savoureux où le Rémi d’aujourd’hui est scandalisé par les goûts qu’il avait petit et encore plus quand il était adolescent… Ainsi va la vie, comme du cinéma… Les goûts changent (et viennent ?) avec la maturité ! Rémi nous propose en tout cas, une bien jolie balade au pays du septième art où l’on croise les réalisateurs et acteurs mythiques, les émissions télévisuelles qui ont marqué leur époque (comme les dossiers de l’écran ou la dernière séance)…. De Hiroshima mon amour en passant par les comédies potaches ou les westerns, il nous offre une visite guidée par strates, époque par époque et forcément, on se retrouve dans ses réflexions, goûts et dégoûts ! Comme en plus, il a une sacrée culture cinématographique, il nous fait bénéficier d’anecdotes et d’analyses filmiques hautement intéressantes ! Une BD à mettre entre toutes les mains de cinéphiles !

Du cinéma pour le dessert de Rémi Lucas, FLBLB, 2017 / 15€

 

 

 

 

Manu et sa copine Sam vivent un peu en marginaux dans une petite maison à la campagne. Pas stressés pour un rond, ils jouissent de la vie au quotidien, sans se prendre la tête et leurs journées s’écoulent au rythme indolent de « fumages » de pétards entremêlés de folles étreintes. Un matin, Manu est réveillé par le facteur qui lui apporte un recommandé : son oncle vient de décéder et il doit se rendre chez le notaire pour la succession de ce dernier dont il est l’unique héritier. Pas très proche du défunt dont il n’a qu’un très vague souvenir, Manu se réjouit de cette manne venue du ciel… C’est le cas de le dire, car il hérite, en plus d’un mini bus antique, d’un stock de cierges ! Le tonton ayant légué le bâtiment de sa fabrique de cierges  pour créer une « salle de danse pour jeunes filles », Manu doit débarrasser le local au plus vite, avec l’aide de Sam et de son frère Jordan (Au passage, un vrai boulet !). Tous trois chargent le mini bus et attaquent une tournée pas ordinaire des églises et autres monastères, jusqu’au lieu suprême, le paradis des vendeurs de bondieuseries : Lourdes… Ce « road-movie » spirituel va quelque peu déstabiliser Manu, en bouleversant sa conception de l’existence … Le scénario de Vincent Cuvellier, plutôt inattendu, navigue entre burlesque et profondeur dans ce one-shot dont les illustrations en noir et blanc de Max de Radiguès apportent juste ce qu’il faut de légèreté et de naïveté. Alléluia ! Have you seen the light ?!

La cire moderne de Vincent Cuvellier et Max de Radiguès, Casterman, 2017 / 16,95€

 

 

 

 

 

Lundi matin. Flip se réveille difficilement et s’apprête à se rendre à son boulot à l’usine Deleter, leader de l’ouvre-boîte et de la clé à sardines. Pas la joie pour Philippe qui porte bien son surnom de Flip… Sa copine Patricia vient de le plaquer (alors que, l’ingrate, il lui fabriquait avec amour et patience une tour Eiffel en clé à sardines piquées à l’usine !). Au boulot, c’est pas la joie non plus… Des rumeurs de fermeture se confirment à l’usine… Il faut dire qu’en Europe, la clé à sardines et l’ouvre-boîte n’ont plus qu’un avenir incertain avec les fameuses languettes qui ornent désormais canettes et boîtes de conserves… Flip prend son bus, bondé comme tous les matins au milieu de ses collègues de galère. Mais ce jour-là, il ne descend pas à son arrêt habituel et reste dans le bus jusqu’au terminus… Trashy, un musicien un peu allumé qui se rend en Ardèche pour rencontrer d’autres musicos, le prend en stop. Complètement paumé, Flip embarque pour un voyage incertain, sans but ni espoir… Pendant ce temps, le patron de l’usine Deleter met les voiles après avoir vendu en douce son entreprise… Une BD coup de poing par son scénario et sa conception graphique qui mêle la désespérance de personnages en rupture à la dureté d’un monde en perdition. Flip et le patron voyou de l’usine se croisent et s’entrecroisent au cours de ce road-trip, sans même jamais s’apercevoir, en parallèle… Jef Hautot nous offre à travers ce récit une mise en évidence aussi originale qu’intéressante de l’aveuglement et de la déshumanisation de ce monde en déshérence, appuyé de manière magistrale par le dessin de David Prudhomme, en totale adéquation avec son propos. Flip, représenté sans visage, ombre parmi les « vivants », erre, aussi mort que vif… Un roman graphique social et profondément humain, de haute-volée… Chapeau-bas !

Mort et vif de Jef Hautot et David Prudhomme, Futuropolis, 2017 / 19€

 

 

 

 

Avec la famille mexicaine, on entre dans les souvenirs de famille, sans voyeurisme et avec une tendresse infinie…Ces dix histoires sont l’œuvre de différents auteurs et dessinateurs ( Federico Aguilar, Susana Escobar, Alejandra Espino, Alfredo Ballesteros, Rodrigo Betancourt, Palmira Campana, Paulina Suarez, Anabelle Chino, Oscar G Hernandez, Omar Susunaga, Emmanuel Pena )et on imagine que chaque scénario a été puisé dans leur mémoire familiale. Toutes sont extrêmement émouvantes …L’ arrière grand-mère schizophrène que personne n’aurait eu l’idée de faire interner et qui a vécu sa vie durant près des siens, paisiblement  … Le geste magnifique d’un petit fils pour sa grand-mère mourante qui lui offre de partir en douceur, à l’aide d’une décoction de peyotl … Les écrits d’un père qui fut pendant plus de dix ans prisonnier politique et à qui l’on a confisqué ses textes, retrouvés par sa fille, sur Internet, des années plus tard …Le grand-père qui récupère du papier pour le revendre afin de subsister à qui le petit-fils s’identifie : lui aussi vend du papier, mais avec des dessins dessus… Et bien d’autres encore … Une BD toute en sensibilité qui prend aux tripes en appelant d’autres souvenirs, d’autres familles… Pour ceux qui maîtrisent l’espagnol, « la famille mexicaine » propose la version originale… Il suffit de tourner le livre pour trouver « La familia Mexicana » !

La famille mexicaine (collectif), FLBLB, 2017 / 7,50€

 

 

Christine Le Garrec

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