Histoire(s) de lire … N°12

Trois romans de pure détente à l’affiche de cette douzième édition d’histoire(s) de lire ! Dans Bingo, Jean-François Pigeat nous dépeint avec un humour délectable les déboires d’un père et de son fils, beaux comme le jour, mais poissards comme pas deux (enfin si !) Myriam Bellecour, quant à elle, nous donne un avant-goût de la vie de retraité … Mais une retraite choisie (et hélas provisoire) à l’âge où l’on peut encore croquer la vie à pleines dents (sans dentier !) et marcher sans déambulateur ! Quant à l’Argentin Iosi Havilio, c’est à un étrange et envoûtant roman qu’il nous convie, où il est question de musique, de dons surnaturels et de crise familiale … Bonnes lectures !

 

 

 

Toutes les femmes se retournent sur Jacky Bingolacci, un bellâtre que dame nature a doté d’une beauté d’éphèbe… Le beau « Bingo » n’a même pas besoin de draguer : son charme opère sur la gent féminine comme un philtre d’amour ! Sûr de son physique de jeune premier et de son charme naturel, Jacky envisage sérieusement de faire carrière au cinéma. Après avoir pris quelques cours de comédie, il trouvera bien quelques rôles…  gladiateur masqué (son nom n’apparaîtra même pas au générique), bouteille de soda dans un clip publicitaire… bref, la misère ! Mais comme Jacky s’est entretemps marié et qu’il est même papa d’un magnifique petit Florian (son portrait craché), il lui faut bien trouver moyen de gagner quelques ronds pour faire bouillir la marmite. Il s’acoquine donc avec une bande de malfrats, qui, si elle est peu organisée, présente un certain goût pour l’esthétisme : c’est en déboulonnant, dans une propriété privée, un buste de Dora Maar réalisé par Picasso que Jacky se fait serrer par les flics et écope de deux ans de prison… Sa femme, excédée par ses frasques, ne vient plus au parloir et ne veut plus le voir. Les visites de Florian s’estompent pour s’arrêter à leur tour… Ses amis de « l’extérieur » semblent eux aussi l’avoir totalement zappé de leur vie… A l’intérieur par contre (et il s’en passerait bien, le malheureux) il a été repéré, et pas par n’importe qui… Par Salvatore Di Pietro, dit Salvo le velu : un mafieux (au système pileux hyper développé) qui a pris perpète (pour vous donner une idée de son pedigree). Jacky sortant de taule très prochainement, Salvo lui demande de lui rendre un service avec le ton de celui qui n’envisage pas une seconde un refus… Tenant encore plus à sa vie qu’à sa liberté, Jacky accepte donc d’aller déterrer en compagnie de l’épouse du mafieux, le magot qu’il a planqué en rase campagne… Pendant ce temps-là, Florian lui aussi a bien des soucis… Tombé en amour pour Azra, une jeune albanaise, il vit dans la crainte de voir sa belle, en situation irrégulière, se faire expulser au moindre contrôle policier… De plus, Azra est cernée de cousins pas vraiment bienveillants qui la surveillent comme du lait sur le feu et qui ne voient pas d’un très bon œil la parade amoureuse du beau Florian… Embrouilles et Cie, tel père, tel fils !!! Après son premier roman, une délicieuse « love story » qui avait fait palpiter mon cœur de romantique (« A l’enseigne du cœur épris » chez le même éditeur), Jean-François Pigeat change totalement de registre, mais avec autant de réussite. Ce deuxième roman qui tangue entre intrigue policière (suspense jusqu’au bout concernant le beau Jacky !) et situations burlesques, se dévore, sourire aux lèvres, sans qu’on puisse le lâcher !  Bingo !

Bingo de Jean-François Pigeat, Le Dilettante, 2017 / 18€

 

 

 

Rien ne va plus pour Marie ! La quarantaine, elle est avocate et, de plus en plus submergée par ses dossiers, elle est à deux doigts d’exploser … Il lui faut faire absolument un break avant de péter une durite ! Un soir où elle se rend à un concert, en pleine semaine, la salle est remplie … de seniors ! Ça la fait réfléchir…Elle trouve ça drôlement tentant, Marie, cette vie de retraité, tant ceux qui l’entourent lui semblent débarrassés de toutes les contraintes qui l’étouffent au quotidien… Alors, pour les prochaines vacances qui s’annoncent, sa décision est prise : elle va s’immerger dans un « village » pour seniors, pour décompresser totalement et se vider de tout son stress ! Lorsqu’elle appelle la résidence « La retraite paisible » pour réserver une chambre, son interlocutrice reste sans voix lorsqu’elle apprend l’âge de la candidate … Après réflexion (et sur les menaces juridiques que fait planer Marie en cas de refus !), elle finit par lui louer une chambre pour tout un mois… L’immersion de Marie chez ses « petits vieux » est irrésistible de drôlerie !  Les personnages campés par Myriam Bellecour sont attachants et tout à fait crédibles (même s’ils ne reflètent qu’une certaine classe sociale pour laquelle ces résidences sont abordables …). On craque devant ces petites mamies gourmandes, coquettes et parfois délurées, ces vieux messieurs galants, parfois surprenants de modernité… Myriam nous dévoile un monde en vase clos, rythmé par les repas, les handicaps des uns et des autres, leurs petits bonheurs et leur solitude avec beaucoup de tendresse et d’humour. Un petit livre original qui fait un bien fou !

Vite, ma retraite ! de Myriam Bellecour, Gaïa, 2017 / 10€

 

 

 

Le jour où l’usine de feux d’artifices où il travaille est réduite en cendres après une explosion, José se retrouve au chômage … Laura, sa femme, qui avait cessé son activité d’éditrice pour élever Antonia, leur petite fille, est bien obligée de se remettre au boulot, sans grand enthousiasme… D’autant plus que ses rapports avec sa fille se distendent depuis qu’elle a repris le travail. Quant à José, si sa position de père au foyer le déstabilise dans un premier temps, il prend désormais un vrai plaisir à s’occuper d’Antonia et de gérer la maison … Ce nouveau mode de vie engendre cependant de plus en plus de tensions entre Laura et José. Laura, mal dans sa peau, rejoint un groupe de parole dirigé par Horacio, gourou malsain de ce qui s’avère être ni plus ni moins qu’une secte …. Quant à José, il sympathise avec Guillermo, le voisin à qui tout semble réussir. Ce dernier l’invite à boire un verre et lui fait découvrir sa collection de disques de jazz quand, sans qu’il le comprenne lui-même, José, pris de pulsions meurtrières, frappe Guillermo avec une pelle  et le tue…. Le lendemain, alors qu’il s’apprête à devoir rendre des comptes à la justice, José aperçoit Guillermo, bien vivant… Quel curieux petit livre à mi-chemin entre drame conjugal et fantastique… Le pouvoir de José, certes inquiétant, donne lieu néanmoins à des situations et des réflexions aussi burlesques que surréalistes ! Le personnage de Laura qui soigne son mal de vivre par des moyens peu orthodoxes apporte également de savoureux moments de lecture… Quant à Antonia, petite fille trop silencieuse qui observe le monde avec une acuité et une maturité peu ordinaires, elle apporte le supplément d’âme de ce court roman déstabilisant et curieusement jouissif. Étonnant !

Petite fleur (jamais ne meurt) d’Iosi Havilio (traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud), Denoël, 2017 / 13€

 

Christine Le Garrec

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