Histoire(s) de lire … N°14

Deux romans très féminins pour démarrer cette nouvelle série de chroniques ! Géraldine Barbe nous régale avec un humour dévastateur des affres de son héroïne un peu trop prompte à tomber amoureuse … Pagan Kennedy nous embarque, quant à elle, pour un road-trip en compagnie de deux « vieilles » filles, en quête d’identité … Pour finir, Laurent Gaudé nous invite, en poésie, à nous indigner, d’une écriture sombre et lumineuse … Bonnes lectures à toutes et à tous !!!

 

 

 

Les histoires d’amour finissent mal, en général … Et en particulier pour Gilda qui a la fâcheuse habitude de voir le prince charmant dans le premier crapaud venu ! Patrick, le nouveau prétendant au grand amour (du jour) a toutes les qualités requises aux yeux de Gilda, pour la combler éternellement … A tel point qu’elle décide de se lancer fougueusement dans l’écriture d’un traité « Fiction amoureuse, réalité merveilleuse » pour que tous profitent de son bonheur tout neuf ! Ses amies ont beau la mettre en garde et tenter de lui remettre les pieds sur terre (son enthousiasme est, hélas, récurrent …), Gilda reste perchée dans son conte de fées … « Lady », sa conscience (sorte de Jimini Cricket) la harcèle et la sermonne, freinant des quatre fers pour que Gilda recouvre ses esprits … Mais autant stopper un cheval lancé au galop !!! Gilda aurait dû prêter une oreille attentive à tous ces avertissements, car, bien sûr, le ver était dans le fruit … Et sous le beau séducteur se cachait un être lâche, sombre et complexe, pas chaud chaud pour s’engager… Pas évident de rédiger un traité sur l’amour quand celui-ci se fait la malle, de la manière la moins noble qui soit … Après « Au feu Gilda ! », Géraldine Barbe poursuit les aventures de son héroïne survoltée, pour notre plus grand plaisir ! Vif et impertinent, « Tous les hommes chaussent du 44 » suscite sourires et éclats de rire. Une fable moderne… où beaucoup de cœurs d’artichauts se reconnaitront !

Tous les hommes chaussent du 44 de Géraldine Barbe, Le Rouergue, 2017 / 14,50€

 

 

 

Années 60, USA. Frannie et Doris, la trentaine bien sonnée, se sont dévouées corps et âme pour veiller sur leur père malade, menant une vie de vieilles filles méritantes. Le jour où celui-ci décède, les deux sœurs décident de quitter la maison familiale et de partir toutes deux, à bord de leur Plymouth, pour enfin découvrir le monde … Mais les deux frangines ont des aspirations et des personnalités bien différentes ! Frannie, brisée par une histoire d’amour quelques années auparavant, caresse le rêve de finir tranquillement sa vie auprès de sa grande sœur. Empêtrée dans ses principes, elle est plutôt du genre coincée … Quant à Doris, plus libérée, elle a collectionné les aventures sans lendemain, sans jamais tomber amoureuse … Au cours de ce « Road-trip », les deux sœurs vont se dévoiler et apprendre à se découvrir, dans leur quête de liberté et leur désir d’émancipation. Pagan Kennedy, d’une écriture au charme délicieusement désuet, nous embarque à travers ce roman dans un voyage initiatique sur la quête d’identité et la recherche du sens de la vie. Nous devons ce plaisir de lecture à la passion d’un libraire, Philippe Brossaud, qui s’est attelé à la traduction de cette petite perle pour laquelle il a eu un immense coup de cœur. Qu’il en soit remercié, ainsi que les éditions Denoël ! Il eût été dommage de passer à côté de ce bijou !

Les vieilles filles de Pagan Kennedy (traduit de l’anglais par Philippe Brossaud), Denoël, 2017 / 20,90€

 

 

 

« Le soleil des Scorta », « Ouragan », « Eldorado »… Ces romans de Laurent Gaudé (et bien d’autres encore, souvent primés à leur juste valeur) ont fidélisé un lectorat sensible à l’humanité profonde qui émane de chacun d’entre eux. L’écriture de Gaudé est lumineuse et rend « accro » ses lecteurs, c’est une évidence ! Si la forme a changé, le fond reste le même avec son dernier ouvrage où il nous fait part de ses révoltes face à la cruauté et à l’avidité d’un monde sans valeurs, à travers huit textes courts empreints de poésie… Inspirés et écrits au cours de ses voyages, ces instantanés, comme des cris de rage et de révolte, dégagent une force émotionnelle d’une puissance évocatrice rare, suscitant chez le lecteur réflexion et empathie. Esclavage, terrorisme, migrants, il déploie le théâtre des tragédies d’un monde cupide et ignorant, d’une écriture vibrante et sincère, nous envoyant des images parfois dures sous leur gangue de poésie …  Une écriture de sang et de lumière … Le sang de la douleur de tous les opprimés et la lumière de l’espoir, comme une fulgurance… « Je veux une poésie qui s’écrive à hauteur d’hommes. Qui regarde le malheur dans les yeux et sache que dire la chute, c’est encore rester debout. Une poésie qui marche derrière la longue colonne des vaincus et qui porte en elle part égale de honte et de fraternité. Une poésie qui sache l’inégalité violente des hommes devant la voracité du malheur ». Les yeux ouverts, l’indignation intacte, Laurent Gaudé, une fois de plus, touche autant au cœur qu’à l’esprit … Superbe.

De sang et de lumière de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2017 / 14,50€

 

Christine Le Garrec

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