Histoire(s) de lire … N°15

Vu l’ambiance du moment, nous avons bien besoin de nous détendre et de nous changer les idées …  Je vous propose, pour remédier à la morosité ambiante, d’embarquer avec Romain Puertolas pour un  polar délirant au fin fond de l’Amérique profonde, puis avec David Carkeet qui poursuit, avec une intelligence rare et un humour décapant, les aventures du linguiste Jérémy Cook.  Pour terminer cette série de chroniques,  je vous conseille de plonger avec délices dans les mésaventures irrésistibles de trois bras cassés, croqués avec délectation par Yann le Poulichet. Keep cool !

 

 

 

New-York, Colorado. Cent cinquante habitants (blancs) pour cent quatre vingt-dix huit ronds-points. Pas de couverture mobile et pas d’accès Internet. Un seul criminel recensé, mais récidiviste : un père de famille, qui, invariablement, grille LE feu rouge à chaque fois que sa femme accouche. La police locale ne croule pas sous le boulot, la seule enquête à son actif,  étant de retrouver, invariablement chaque fin de mois, le chat de madame Jennings, Jean-Paul II… Depuis quarante ans, la pauvre femme, complètement bigleuse et gâteuse, s’est vue refiler tour à tour des matous de toutes les couleurs, un chow-chow, des écureuils, un lapin bélier (et même, pour finir, un ours brun) sans jamais s’apercevoir de la supercherie. Agatha Crispies, lieutenant de police de New-York, New York, (le vrai) se retrouve mutée pour raisons disciplinaires à New-York, Colorado, partageant avec son chef, le superintendant Goodwin, la condition d’être noire dans ce trou perdu au racisme latent … Agatha trompe son ennui en se gavant de donuts à longueur de journée et en animant un club de lecture (peu fréquenté) au sein de la brigade, tentant de faire partager à ses collègues son amour de la littérature. Mais ceux-ci sont davantage intéressés par leurs propres clubs de tricotage ou de jeux de fléchettes … Et un jour, miracle ! Pour le plus grand bonheur d’Agatha, un crime est commis !!!! Un homme est retrouvé sanguinolent dans sa baignoire, tué à coups d’aiguilles à tricoter … Peu de temps après, on retrouve un autre cadavre, le corps troué vraisemblablement par des fléchettes … Le shérif Mac Donald se retrouve toujours le premier sur les lieux et partage l’enquête avec Agatha … Dans le même temps, des bûcherons disparaissent mystérieusement, au grand dam de leur patron, le beau Jacob Delafon … Mais à quoi carbure Romain Puértolas ??? Après nous avoir régalés avec son fakir coincé dans une armoire Ikea et avoir ressuscité Napoléon pour sauver l’humanité, c’est à un thriller loufoque, parodiant avec un humour dévastateur et délirant les séries policières américaines qu’il nous convie avec ce nouvel opus. Truffé de références sur la littérature, « Tout un été sans Facebook » avec ses personnages décalés aux patronymes de fast-food ou de sanitaires, ses écureuils radioactifs et ses situations abracadabrantesques, est une vraie friandise à déguster comme un bon gros donut au chocolat ! Rires à gogos et plaisir de lecture garanti ! Quel bonheur !

Tout un été sans Facebook de Romain Puértolas, Le Dilettante, 2017 / 22€

 

 

 

Jérémy Cook est de retour ! Vous avez peut-être suivi ses précédentes aventures dans « Le linguiste était presque parfait » et « Une putain de catastrophe « ? Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas indispensable (mais fortement conseillé, tous deux sont excellents) pour aborder ce troisième opus ! Jérémy est donc linguiste, pour le moment sans emploi… Ce qui lui convient parfaitement, car il ne coure ni derrière la gloire, ni derrière l’argent ! Paula, sa femme elle aussi universitaire, est à l’inverse plutôt du genre à avoir les incisives qui rayent le parquet, et supporte de moins en moins le manque d’ambition de son mari … Le couple, bien mal assorti, est mis en relation avec la famille Hudnut dont la petite fille, Molly, présente un cas intéressant d’études sur le langage. Jérémy est sollicité pour travailler sur son cas … Les Hudnut, pleins aux as, ont un mode de vie totalement à l’opposé de celui de notre linguiste misanthrope. Le mari, Ben, est un homme d’affaires qui a fait fortune dans le marché des fruits à coques. Sa femme, Susan, s’occupe de la gestion de la maison et de leurs quatre filles, en bonne mère de famille. Mais un jour, l’univers des Hudnut s’écroule, quand Roberta, la secrétaire de Ben, se fait la malle après l’avoir escroqué de la totalité de son compte en banque … C’est la faillite. Comme un malheur n’arrive jamais seul, sa fille aînée apprend que Ben a eu une liaison avec l’épouse d’un de leurs amis, onze ans auparavant … En plus de la crise financière, Ben doit faire face à une grave crise familiale … Jérémy, lui-même en pleine bérézina avec son épouse, se retrouve au centre des problèmes des Hudnut et va proposer à Ben une aide financière d’une manière pour le moins … Radicale … David Carkeet est lui-même linguiste de profession. Son roman, comme les précédents, nous offre des réflexions sur le langage qui se retrouvent au centre de son propos, tout comme ses personnages. Comédie ironique et savoureuse empreinte d’humour, « Des erreurs ont été commises » nous interroge sur les comportements humains en proie à leurs contradictions face aux émotions ressenties devant l’amour ou la trahison. Un exercice de style parfaitement ficelé dans une mécanique bien huilée qui produit toujours le même effet… On en redemande encore !!! Excellentissime !

Des erreurs ont été commises de David Carkeet (Traduit de l’anglais par Marie Chabin), Monsieur Toussaint Louverture, 2017 / 19€

 

 

 

L’appartement que Jules partage en colocation avec ses deux potes Nico et Virgil était occupé préalablement par un détective privé. Aussi, quand il reçoit l’appel d’une femme pour une constatation d’adultère, Jules accepte sans réfléchir d’accepter le job, fort bien payé … ça doit pas être trop compliqué de suivre un mec et de le prendre en photo, tout de même ! Ben, si … Car n’est pas Hercule Poirot ou Sherlock Holmes qui veut, et Jules va très vite l’apprendre à ses dépens ! Sans rien dire à ses compères, Jules va suivre le mari volage, le comptable d’une boîte de production télévisuelle, à bord de la 104 pourrie de Virgil. Il prendra quelques clichés (ratés) du couple adultérin avant que la batterie de l’appareil photo ne rende l’âme. Mais quand il rentre à son appartement avec ses trois photos floues, il découvre que la porte a été fracturée et qu’Elena, la sœur de Virgil qui se trouvait sur les lieux a été kidnappée… Par qui et pourquoi ? Jules est bien obligé d’avouer à Nico et Virgil son plan foireux et se fait copieusement engueuler par ses potes, mais les trois bras cassés n’ont pas le choix : s’ils veulent retrouver Elena, les voilà bien obligés de mener l’enquête … Et ça sera pas de la tarte !!! Plus habitués à picoler et à glander qu’à se creuser les méninges, ils vont devoir déjouer les plans de personnages sans scrupules et hélas, prêts à tout … Magouilles télévisuelles, meurtres, tueurs serbo-croates, hackers, nos trois glandus vont devoir faire preuve de perspicacité pour dénouer les liens de cette enquête bien plus complexe qu’elle n’y paraît … Yann Le Poulichet nous offre, avec les aventures de ces pieds nickelés, un désopilant moment de lecture ! Personnages bien campés, situations absurdes et curieusement réalistes, écriture vive à l’humour mordant, tout est réuni dans cette enquête menée par d’improbables loosers pour vous plonger avec délices dans un univers aussi décalé que jouissif ! J’adore !!!

Les bras cassés de Yann Le Poulichet, Denoël, 2017 / 17,90€

 

Christine Le Garrec

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