Histoire(s) de lire … N°18

Vingt-quatre heures de la vie d’un père au foyer sous la plume caustique de Greg Olear, le retour espéré et attendu du commissaire Adamsberg dans une sombre et délectable intrigue de Fred Vargas (à déconseiller cependant aux arachnophobes !) et pour finir, Iain Levison balance entre polar et anticipation pour nous affirmer qu’ils savent tout de nous… Suspense, humour et belles lettres au rendez-vous de ce dix-huitième Histoire(s) de lire …

 

 

 

Scénariste en stand-by depuis quelques années, Josh Lansky a fait le choix d’élever ses enfants en accord avec Stacy, sa femme, actrice reconvertie dans l’informatique. Papa poule, il est heureux dans son rôle de PAF (comprenez père au foyer) bien qu’il déplore son total manque de vie sociale (ses seuls « amis » sont les parents des copains de ses mômes) et le manque de reconnaissance de son statut qui fait de lui un looser dans bien des esprits conservateurs… Cette semaine, Stacy est en déplacement professionnel et Josh a dû affronter seul ses deux gamins, jour et nuit, menant une vie digne de celle d’un super héros (comme la couverture de l’ouvrage le souligne avec bonheur): un vrai parcours du combattant quand on sait que Roland, cinq ans, est atteint du symptôme d’Asperger et bien souvent incontrôlable et que Maude, sa petite sœur de trois ans, est aussi tyrannique que capricieuse ! Mais, bon, Josh a survécu tant bien que mal à ces longues journées, et ce soir, ouf, Stacy rentre enfin ! Il a tort de se réjouir… Car cette journée va se révéler effroyable entre gosses insupportables et révélation insidieuse de Sharon, une MAF (mère au foyer, of course !)  de leur connaissance qui va instiller le doute sur la fidélité de Stacy… Le pauvre Josh va se débattre, dans ce jour le plus long, entre colère, peine et suppositions… Le couple et la fidélité, l’éducation des enfants, le délicat problème de l’autisme… Ces sujets ont déjà été traités dans la littérature avec beaucoup de sérieux et de gravité. Mais ne vous attendez pas à sortir vos mouchoirs avec « Fête des pères » ! « Fathermucker » (son titre original) vous tire des larmes, certes, mais de rire !!! Furieusement contemporain, ce roman cynique sous le signe de l’humour noir, est irrésistiblement féroce et les tribulations et pensées de ce « Desperate Husband », débordé et déboussolé, sont terriblement jubilatoires ! Un roman … Féministe à sa manière !

Fête des pères de Greg Olear (traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Bonnot), Le Cherche-Midi, 2017 / 19,50€

 

 

 

Fred Vargas avait laissé Adamsberg dans les brumes islandaises dans son précédent roman (« Temps glaciaires »). On le retrouve au pays de Björk et des geysers, mais pour peu de temps : rappelé à Paris pour résoudre l’enquête sur l’assassinat monstrueux d’une jeune femme (écrasée par un 4×4), Adamsberg reprend donc du collier… Si on peut utiliser cette expression au sujet de ce personnage nonchalant et insaisissable, à l’unique écoute de son instinct ! L’affaire vite résolue, l’esprit d’Adamsberg flâne, comme à l’accoutumée… Jusqu’à ce qu’un simple fait divers lui mette la puce à l’oreille et tous les sens en alerte : trois vieillards viennent de décéder de piqûres de recluses, araignées venimeuses mais pas mortelles, dont la morsure est rare vu que les bestioles vivent bien cachées, à l’abri des hommes… Ces trois morts suspectes intriguent et obsèdent Adamsberg qui va consulter un spécialiste. Celui-ci lui confirme qu’il faudrait le venin d’une soixantaine de recluses pour tuer un homme… Persuadé, contre toute logique, que les petits vieux ont été assassinés, Adamsberg, aidé de quelques-uns de ses collègues (et dans l’hostilité du reste de l’équipe…) va mener l’enquête sans en informer sa hiérarchie…   Fred Vargas, dans ce dernier roman,  nous tisse sur le fil du rasoir un polar malicieux où l’on retrouve avec délices les personnages qui ont fait le succès de ses précédents opus (Ah ! « L’homme à l’envers », mon préféré !) Une fois encore, elle sonde, creuse les sillons du temps, fouille l’âme humaine dans ce qu’elle a de meilleur ou de pire, et nous balade dans les  méandres de cette enquête, de fausses pistes en rebondissements,  de son écriture addictive pleine de charme et empreinte d’’humour.  Le dernier Vargas est toujours un évènement pour ses aficionados. Pour en faire partie, je vous assure, l’esprit encore dans les « bulles » qui pétillent dans la tête du (faussement) lunaire Adamsberg, que « Quand sort la recluse » est un excellent cru ! Je lui dois de belles insomnies… Impossible de le lâcher !

Quand sort la recluse de Fred Vargas, Flammarion, 2017 / 21€

 

 

 

Jared Snowe est un petit flic sans histoires, plutôt discret et consciencieux. Denny Brooks, condamné pour avoir buté un flic, croupit dans le couloir de la mort d’une prison fédérale en attendant son exécution. A priori, tout oppose ces deux hommes et pourtant, ils ont un point commun : tous deux sont télépathes… Ce don qui leur est venu brutalement sans qu’ils en connaissent la raison perturbe quelque peu leur existence, malgré les côtés bien pratiques que l’on devine aisément ! Qui ne rêverait de déceler la moindre pensée de son entourage ? Dans le cas de Snowe, cela lui vaut une belle reconnaissance professionnelle puisqu’il lui suffit de regarder son interlocuteur pour savoir si celui-ci est coupable ! Quant à Denny, ça le distrait de découvrir les petites histoires des gardiens en attendant la mort… Lorsque Terry Dyer, d’une agence gouvernementale (FBI, CIA ?) rend visite à Denny pour lui proposer un deal, ce dernier n’a rien à perdre…D’autant plus que la mission qu’elle lui demande de réaliser est dans ses cordes : s’assurer de la fiabilité et de l’honnêteté d’un chef d’état africain à la signature d’un important contrat avec le gouvernement… Mission bien évidemment top secrète et Denny comprend très vite qu’il n’y survivra pas et sera exécuté froidement lorsque celle-ci sera terminée… Il s’évade. La tuile pour la machiavélique et vénéneuse Terry qui va solliciter Jared Snowe pour retrouver le fugitif, le condamnant lui aussi à une mort certaine… Courses poursuites, secrets d’état et manipulations, voilà le dernier cocktail bien frappé de ce dernier roman d’Iain Levison qui oscille entre anticipation et polar. De son écriture nerveuse à l’humour mordant, l’auteur de « Un petit boulot » et de « Tribulations d’un précaire » dénonce cette ci, avec une ironie grinçante, la perversité de notre monde sur écoute où la liberté individuelle est menacée par les nouvelles technologies qui mettent chaque individu sous surveillance permanente… Palpitant et glaçant !

Ils savent tout de vous d’Iain Levison (traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Battle), Liana Levi, 2017 / 10€

 

Christine Le Garrec

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *