Terminus pour La Cerisaie !

Spectacle jubilatoire, au théâtre des Sept Collines jeudi soir, avec la mise en scène de La Cerisaie par Christian Benedetti.

 

 

Les douze comédiens, dans un décor dépouillé, partageaient visiblement une grande joie à jouer cette pièce de Tchekhov, et leur énergie a conquis le public.

La Cerisaie raconte l’histoire d’un domaine et d’une famille à la veille de grands bouleversements. La révolution de 1905 en Russie se profile : on assiste à la fin d’une époque et à l’annonce de temps nouveaux qui seront irréversibles. Si ce spectacle nous a tant touchés, c’est parce qu’il donne à voir le contexte russe et parle de nous également. Le passé se heurte au présent, mais comment abandonner ces lieux fondateurs sans regrets ? L’ardente Lioubov se rappelle les temps heureux, « Le bonheur se réveillait avec moi chaque matin », et ne peut se résoudre à accepter l’inévitable (vendre la propriété). « Le malheur me paraît incroyable » dit-elle.

Sur scène, plusieurs générations et différentes classes sociales se mêlent : les maîtres et les domestiques, les modernes et ceux qui n’ont pas pris la mesure du changement, les nostalgiques et ceux qui voient dans la situation l’occasion d’aller vers une société plus juste. Alors on s’embrasse (beaucoup) et l’on s’embrase.

Laisser le passé au passé ? Prendre la mesure (infime) de ce que représente une vie humaine, ce sont les questions qui viennent tarauder les protagonistes et qui restent d’actualité pour qui veut bien s’interroger sur sa propre trajectoire. C’est en cela que la pièce continue de résonner légitimement plus d’un siècle après sa création. Firs, l’ancien serf qui a voué sa vie au service de ses maîtres, constate ainsi que « la vie est passée comme si je ne l’avais pas vécue ».  Mais il est trop tard, les tronçonneuses sont déjà à l’œuvre ; La Cerisaie a vécu, place aux datchas tandis que les anciens privilégiés seront supplantés par les estivants.

Un grand bravo à la compagnie Christian Benedetti qui a su, sans retenue, nous emporter grâce à son jeu complètement investi et vivant.

 

 

Swaz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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