Papiers à bulles ! N°34

Pour célébrer l’été et un repos bien mérité, je vous propose une sélection de BD toutes plus irrésistibles les unes que les autres ! Bullez bien !

Barbara, qui vit seule avec sa mère dans une ville de banlieue, vit pleinement sa passion au sein de l’équipe de foot féminine « Les roses de Rosigny », dont elle est la capitaine. Bosseuses, douées et solidaires, elles s’en donnent du mal, les filles, pour viser l’excellence en pratiquant le foot… Comme n’importe quel mec ! Et c’est bien là que le bât blesse… Leur club, ayant des problèmes de trésorerie qui ne lui permet pas d’engager deux équipes sur le prochain championnat, décide de sacrifier les filles pour ne présenter que les garçons… Un sacré coup dur pour elles, juste avant de « monter » en national ! Après leur légitime colère face à cette injustice, les « roses » décident de ne pas baisser les bras : elles se mettent en recherche de sponsors et proposent d’affronter l’équipe masculine, dans l’espoir, en cas de victoire, de faire pencher la décision de leurs dirigeants en leur faveur… Chloé Wary, qui pratique elle-même le foot, retrace avec force et réalisme la passion et la force de volonté de ces jeunes filles, dans ce roman graphique sportif et féministe, teinté d’une bonne pincée de sociétal et même de sociologie. Tout y est, la banlieue pas franchement gâtée sur le plan social, les rapports entre copines mais aussi entre Barbara et sa mère qui s’affrontent sur les choix de la jeune fille, et la difficulté pour les filles de réussir en se battant deux fois plus que les garçons, comme dans toutes les strates de notre société ! Dans un dessin énergique qui retranscrit à merveille le mouvement et les ambiances, réalisé au feutre dans des couleurs joyeuses pop flashy, Chloé met en lumière un univers de filles fortes (de filles qui n’en veulent, comme dirait Bruno Lochet !) qu’elle nous rend particulièrement attachantes… Sorti en plein coeur de la coupe du monde féminine de foot, ce roman graphique nous offre un formidable témoignage sur le sujet !

Saison des roses de Chloé Wary, FLBLB, 2019 / 23€

Yoon-Sun Park aime les chats… A tel point qu’elle s’est faite adopter par trois spécimens de félins fêlés qui lui font la vie dure en accumulant mille bêtises… Mais dont bien sûr elle ne pourrait pas se passer ! Ses boules de poils lui ont inspiré des histoires délicieusement déjantées qu’elle a relaté dans un premier volume nommé tout simplement « Le club des chats« . Vous ne l’avez pas lu ? Pas grave ! Séance de rattrapage avec ce deuxième tome où vous découvrirez avec un indicible plaisir l’univers de Marie qui tente d’exercer son métier de dessinatrice entourée de ses chats Plume, Choupi et Nounours, certes adorables, mais qui rivalisent d’une énergie débordante pour semer la pagaille autour d’eux ! Ces «Attilas» poilus et griffus, goinfres, roublards, flemmards, amateurs de cartons et squatteurs de plumard, persuadés d’être les gardiens du foyer (voire les maîtres du monde) n’en font toujours qu’à leur tête et collectionnent les catastrophes… Jusqu’à en casser la baraque ! Au cours de la vingtaine de petites histoires qui les met en scène (entrecoupées de dessins inspirés des enluminures des parchemins du Moyen-âge, dont les chats sont bien sûr les héros !), vous apprendrez que les matous naissent dans des œufs quand ils ne viennent pas d’une lointaine galaxie (dont ils se sont fait virer), qu’ils chantent « divinement » dans des chorales, font le ménage sans grand enthousiasme… Et inventent même le chauffage central ! Bien sûr, tout ce petit monde ne vit pas en vase clos et de nombreux personnages, tous plus barrés les uns que les autres, cohabitent dans leur sillage comme Tangui, le facteur amoureux transi de Marie, Bongo, le chien riche héritier qui vit comme un pacha, Charlotte, la copine fashion victime qui sévit en tant que coiffeuse, ou le maire du village qui, malgré ses magouilles, sort toujours victorieux des urnes (euh… ça ne vous rappelle rien ?). Le dessin faussement naïf et enfantin de Yoon-Sun Park, pétant de couleurs vives et joyeuses, et son humour délicieusement décalé et bienveillant, donne à cet album une touche « bon enfant » dont la lecture nous fait ronronner de plaisir… Chattement bien !

Le club des chats casse la baraque de Yoon-Sun Park, Misma, 2019 / 18€

Tout comme Churchill, vous êtes plutôt du genre « No sport » ? Avec ces trois doubles flip books sportifs, vous ne risquez pas de vous faire un claquage, juste des crampes aux doigts si vous n’arrivez pas à les lâcher (attention, le risque existe, hein !) ! Dans le premier, un haltérophile musclé prépare l’apéro en écrasant une boîte de saucisses cocktail entre ses impressionnants muscles… Retournez le livre et vous le retrouverez  en train de manipuler avec art un tendeur de musculation qui, sous ses gesticulations, se transformera en corde à sauter avant de finir en plat de nouilles… Un flip book sportif ET alimentaire ! Dans le second, place au ring de boxe pour un combat peu équitable qui mettra KO notre boxeur… qui a visiblement pris des forces sur la seconde face en adoptant un jeu de jambes à faire rougir de jalousie Rocky, puisqu’il le propulsera jusqu’aux étoiles… Avant d’atterrir sur le malheureux arbitre ! Pour finir, je vous propose de découvrir le monde impitoyable du rugby où un coup de sifflet coûte très cher à l’arbitre… Qui se retrouve bien malgré lui, mais toujours sifflet au bec, au centre du jeu dans la seconde partie ! Ces petits bouquins à flipper, irrésistibles d’humour noir, par la canicule qui s’annonce, vous permettront en plus de vous éventer ! Alors, à l’entraînement, bande de mous du genou, ça ne vous fera pas de mal, bien au contraire !

Grosse nouille / Petite saucisse de Lucie Castel, Pan dans les dents /Mou dans les genoux d’Otto T., Couper le sifflet / A couper le souffle de Maxime Jeune, FLBLB, 2019 / 5,50€ le flip-book

Germain Huby a les oreilles grandes ouvertes sur le monde qui l’entoure et ne perd pas une miette de ce qui fait ou défait notre humanité : on lui connaissait déjà ce talent qu’il exerce pour notre plus grand bonheur au sein de son irrésistible série « Germain fait sa télé ». Avec « Le bruit des mots », on lui découvre également un sacré talent d’illustrateur, prouvant qu’il est aussi à l’aise devant et derrière une caméra qu’un crayon à la main ! A travers des scènes banales de la vie quotidienne, croquées dans un dessin à l’aspect « vintage » et illustrées de quelques bulles de dialogues, il hume l’air du temps et pénètre nos intimités pas toujours glorieuses, en autant d’arrêts sur images révélatrices de nos petites lâchetés et de notre mauvaise foi, de notre ignorance, de nos désirs et de nos peurs, et capte instantanément les dérives de notre société avec autant de clairvoyance que d’humour. Que ce soit au sein de la famille ou du couple, dans le monde du travail ou des médias ou au cœur des microcosmes politiques ou culturels, ce voleur de mots « photographie » la comédie humaine dans tous ses états, nous mettant en position de voyeur à travers ces petits strips qui nous font parfois rire un peu jaune lorsqu’en effet de miroir, on y reconnaît nos propres travers… Grinçant et féroce, drôle et jubilatoire, ce « bruit des mots », c’est celui du monde, c’est le vôtre, c’est le nôtre, retranscrit avec une justesse et une acuité enrobées d’un humour cynique et noir, furieusement réaliste. C’est tout le talent de Germain Huby de mettre l’âme humaine à nu en écoutant aux portes… Et au vu de la qualité de son travail, ce n’est certes pas un vilain défaut !

Le bruit des mots de Germain Huby, Le Tripode, 2019 / 16€

Il est aujourd’hui de bon ton d’avoir toujours un avis sur tout, y compris et surtout dans le domaine culturel, pour ne pas passer pour le dernier des culs terreux… C’est pourquoi descendre en flèche ou porter aux nues un livre ou un film, même si on ne l’a ni lu ni vu, est devenu un sport national dans les soirées entre amis ou sur les réseaux sociaux, dans un jeu de dupes dont le ridicule n’a d’égale que la fatuité ! Fustiger ou tresser des lauriers à des auteurs sans avoir jamais lu une ligne de leur production ou bouder best sellers et films du box office pour se démarquer de la masse des moutons bêlants, est devenu une mode bobo chic branchée, persifleuse et décomplexée, pour briller en société et marquer sa supériorité intellectuelle (y compris dans les médias où certains « critiques » palabrent en toute méconnaissance sur des œuvres, parfois même devant leurs créateurs…). Sous la forme de petites saynètes pertinentes et acides comme un citron vert, dessinées dans un trait sobre et efficace à la Mix et Remix, Jean-Christophe Mazurie fait un tour d’horizon de ces petits mensonges entre amis et de ces brèves de comptoir entendues aux terrasses des bars ou lors de soirées mondaines, avec un humour désopilant ! En passant à la moulinette préjugés et poncifs énoncés par ces tartuffes contemporains dans les domaines du sport, de la politique, du cinéma ou de la télévision, il donne toute sa substance au proverbe de Pierre Dac « Ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n’en savent pas plus qu’eux »… L’important étant d’affirmer haut et fort son avis ! J’ai adoré les « sketches » sur Godard (dont « les films ne nous regardent pas »), les comédies françaises (dont « on ne rate jamais une occasion de ne pas aller les voir »), Christine Boutin (pour qui « une famille c’est un papa et une maman, si possible issus de la même famille »), Christophe Barbier (« un type qui garde toujours son écharpe écrit forcément avec des moufles »), Christine Angot (« écocertifiée, avec elle, rien ne se perd »), Alain Finkelkraut (« prévoyant, il ne sort jamais sans sa polémique »), le rap (« qu’est-ce que c’est ces façons de vouloir saillir les mamans et la police ? »), Haneke (qui « ne plaisante pas avec l’humour ») ou Zemmour (« l’acarien des intellectuels qui se nourrit de pensées mortifères »). Jean-Christophe Mazurie nous tend avec « Ni vu ni lu » le miroir de notre superficialité et de notre suffisance, soulignant « l’immenserie de notre inculturance qui dépasse l’entendure »… J’adore !

Ni vu, ni lu de Jean-Christophe Mazurie, Delcourt, 2019 / 12€

Fabcaro nous dessine une société qui dérive toutes voiles dehors dans l’indifférence générale ou dans une bien pensance de bon aloi au coeur de cette première tournée qui nous enivre de son humour noir, tranchant et acéré comme la mauvaise foi et la bêtise ambiante ! En petits strips grinçants comme une craie sur un tableau noir, il dévoile avec un cynisme revigorant les excès et les leurres d’un système à bout de souffle, par la grâce de ses répliques percutantes et de son dessin au trait sobre mis en ombres chinoises par des aplats de gris, qui ne dévoilent aucune expression chez ses personnages. Politique et langue de bois qui nous inciteraient à voter nem ou poulet si la taille des urnes le permettait, éléments de langages absurdes et pompeux jusque dans les salles de classe, attentes téléphoniques aussi vaines qu’insupportables, grèves (celle des musiciens de jazz qui protestent en ne jouant qu’une seule note est savoureuse !), sous-titrages foireux de films en VO, concerts « chiants » auxquels on se doit d’assister, livres sélectionnés pour leur format « bronzage optimal », best-sellers incongrus (« Garagistes sans frontières » dont les bénéfices sont reversés aux propriétaires de Renault Scénic ou « poésie » encensée grâce aux turpitudes d’un correcteur orthographique !), malbouffe ou bio bobo, services publics défectueux (Ah ! le voyage SNCF en wagon « casse-couilles ! ) », infos débiles du 13 heures (reportage en Creuse avec dégustation de rillettes d’anus de chèvre en dansant la croupiniole ) ou autres fadaises télévisuelles s’égrènent au fil de cet open bar où tout le monde en prend pour son grade ! Décalée et bien barrée, cette première tournée à l’humour ravageur et ravagé, appellera de vos vœux une seconde tournée bien arrosée ! Patron, une autre !!!

Open Bar 1ère tournée de Fabcaro, Delcourt, 2019 / 13,50€

Le producteur Gottferdom est au bord de la crise de nerfs… Son acteur principal et la quasi-totalité de l’équipe de son film en cours de tournage se retrouvent en taule pour des raisons diverses et variées (usage de stupéfiants, affaires de mœurs, conduite en état d’ivresse…). La routine à «Holyfood » ! Aussi, quand Samantha lui propose d’embaucher Alim Konhglomerat, homme à tête de saucisse, pour remplacer la star au pied levé, il accepte sans trop avoir le choix. Alim, dit « El Chipo », parfait inconnu, est le roi de la doublure : ses qualités de mimétisme lui ont permis de jouer tous les rôles dans une multitude de films, tout en passant totalement inaperçu : il peut remplacer n’importe quelle star sans que quiconque ne puisse s’en apercevoir… Witko, avec un humour potache et décalé, nous offre un florilèges de gags à base de détournements de films dans cet hilarant petit bouquin qui fourmille de références, nous dévoilant mine de rien, sous couvert de parodie, une critique acerbe du monde Hollywoodien fait de paillettes, de faux semblants et d’égos surdimensionnés, qui nous invite à une réflexion assez futée sur la supercherie de la célébrité. Dans un impressionnant et fort bien dessiné « Press book », il fait apparaître sa chipolata à la place des acteurs de renom sur les affiches de films de patrimoine (la nuit du chasseur, Bullitt, Forrest Gump, Shining, Pulp Fiction, Platoon, Terminator, James Bond, L’aveu…) mais aussi sur des affiches de pub (Monsieur propre, Banania, Captain Igloo…) sur des pochettes de disques (Village people, Pink Floyd…), des tableaux ou des photos célèbres (Edward Hopper, Doisneau…), lui faisant même usurper l’identité de Trump (juste avec une serpillère sur le crâne !)… Ce qui vaudra à notre malheureuse saucisse bien des ennuis ! Irrésistiblement loufoque et inventif, ce petit volume de la collection « Pataquès » vaut vraiment le détour… nement !!!

El Chipo de Nikola Witko, Delcourt, 2019 / 12€

Éviter toute collaboration avec les entreprises complices de l’évasion fiscale : voici le défi que se lance un jeune trentenaire aussi indigné que révolté face à ces bandits fiscaux… Mais sa naïveté et sa bonne volonté vont se confronter à une réalité incontournable, tant ces multinationales détiennent le monopole dans toutes nos actions de la vie quotidienne ! Mobilier ? Ikea ! Téléphone ? Apple ! Une sortie au cinéma ? Films financés par Amazon ! Réseaux sociaux ? Facebook, Twitter et consorts ! Télévision ? Netflix ! Et je ne parle même pas des industries de l’agroalimentaire… Comment boycotter en toute conscience quand, même lorsqu’on achète des produits artisanaux, ceux-ci  sont livrés par FedEx ? En devenant des consommateurs avertis, certes, mais autant que faire se peut, tant la démarche s’avère être un chemin semé d’embûches ! A travers ce roman graphique, inspiré des travaux du philosophe Alain Deneault (qui signe d’ailleurs la postface), François Samson-Dunlop décortique avec pédagogie et humour les mécanismes de l’évasion fiscale en rendant compte de l’ampleur du phénomène et de l’aisance avec laquelle les multinationales contournent l’impôt, avec la complicité des chefs d’état. En France, l’évasion fiscale est estimée à plus de 100 milliards d’euros et nos dirigeants nous intiment de nous serrer la ceinture en pleurnichant que les caisses de l’état sont vides : imaginons un peu ces milliards injectés dans les services publics de plus en plus sacrifiés, et les répercussions positives que cela pourrait engendrer sur la santé ou l’éducation, pour le plus grand nombre… ça laisse rêveur, non ? ! En lisant cet ouvrage édifiant en forme d’enquête au-dessus de tout soupçon, le constat est consternant : se battre individuellement contre ce système de tricheurs, fait de nous des Don Quichotte se battant contre des moulins à vent. La réponse à ce problème de taille ne pourra qu’être politique et collective… A suivre !

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner de François Samson-Dunlop, Ecosiété, 2019 / 21€

Sa compagne partant quelques mois en Amérique du Sud, Tronchet décide de profiter de ce laps de temps pour s’exiler avec Antoine, son fils de treize ans, sur un îlot de l’océan indien, au large de Madagascar. L’occasion pour le père et le fils de se retrouver et de créer des liens, sans « pollution » d’aucune sorte, car sur l’île aux Nattes, perdue au milieu de nulle part, pas d’électricité ni d’eau courante et encore moins de connexions de toutes sortes avec le monde soi disant civilisé ! Si Antoine s’acclimate très vite et acquiert à la vitesse de l’éclair une indépendance chaque jour renforcée, son père, en se retrouvant face à lui-même loin de ses habitudes, se retrouve quelque peu désœuvré… Dur de ne rien faire quand on n’en n’a pas l’habitude ! Cette oisiveté, seulement perturbée par l’attaque de crabes et de moustiques ou par la menace d’un ouragan, lui laisse tout le temps pour se pencher sur le sens de son existence… Tronchet signe avec cette « Robinsonnade » un récit sincère et tendre sur la relation père fils et sur les questions existentielles qui ne manquent pas de nous tomber dessus, quand on prend du recul sur le sens de notre vie (pas toujours, hélas, sur une île paradisiaque !). Habillée de couleurs lumineuses et ensoleillées sous le trait si caractéristique de son auteur, cette BD intimiste est aussi drôle que dépaysante !

Robinsons, père et fils de Tronchet, Delcourt, 2019 / 17,95€

Brésil, années 70. Max revient sur le lieu où il a vu le jour et a vécu ses trois premières années, dans le but de retrouver son père, qu’il n’a pas connu. Sa mère, qui vient de décéder, ne lui a laissé comme seuls indices que deux photos où apparaissent sur chacune un homme… L’un des deux est-il son père ? A peine descendu d’avion, en pleine jungle amazonienne, Max rencontre Corinne, une jeune femme un brin nymphomane (qui lui laissera un souvenir « cuisant » !) et Christelle et Charlotte, un couple de jeunes infirmières venues effectuer un remplacement au dispensaire du coin. Les trois « C » proposent au jeune homme de l’héberger et de l’aider dans sa quête identitaire en lui faisant rencontrer des gens susceptibles d’avoir connu son père. Les premiers témoins que rencontre Max présentent les deux hommes, Mermoz et le comptable, comme des « putains de salopards »… Déterminé à en savoir plus, Max décide d’aller à la rencontre du chef  du chantier forestier voisin qui  devrait le renseigner davantage… Mais en s’y rendant, pris en stop par un routier accompagné de Baïa, une jeune fille muette, Max, pourchassé et menacé par des trafiquants d’un réseau de prostitution, se retrouve contraint de fuir dans la jungle avec Baïa comme guide…. Pendant ce temps, Charlotte et Christelle recueillent une jeune femme laissée pour morte par ces trafiquants de chair fraîche… Un putain de trio à l’œuvre, ça déménage ! Régis Loisel, Olivier Pont et François Lapierre nous rendent direct « accro » avec ce premier tome d’une série qui devrait en comporter quatre ! Le récit, qui commence dans une ambiance « baba cool », dégénère rapidement en thriller haletant et exotique dans la moiteur d’une jungle oppressante peuplée de barbares violents et patibulaires, sous le scénario tiré au cordeau par Régis Loisel (rien d’étonnant !) et sous le dessin vif et expressif d’Olivier Pont, magnifié  par la colorisation fabuleusement réussie de François Lapierre. La tension monte crescendo au fil des pages, allégée par des dialogues aussi percutants qu’humoristiques, jusqu’à la chute, inattendue et quelque peu surnaturelle… Qui nous laisse sur notre faim avec l’impatience de découvrir la suite de cette série addictive et prometteuse !

Un putain de salopard : Isabel (tome 1) de Régis Loisel, Olivier Pont et François Lapierre, Rue de Sèvres, 2019 / 18€

Des dessins comme autant de balades poétiques et d’instantanés de vie parsèment cet art book, conçu dans le cadre d’une exposition organisée par la cité internationale de la bande dessinée et de l’image où Alfred a bénéficié d’une carte blanche. Ces carnets « vide-poches » et « vide tête » comme il les nomme lui-même, reflètent la diversité et l’ampleur du talent de cet artiste hors du commun : en noir et blanc ou explosant de couleurs, chacune de ses œuvres nous embarque dans son univers onirique de la plus belle manière qui soit ! « La belle saison » nous propose dans une première partie («Jardins vivants ») sa vision de jardins foisonnants et luxuriants, mystérieux ou inquiétants, ordonnés ou sauvages, lieux de détente ou de jeux, où apparaissent en filigrane ses souvenirs d’enfance ou de voyage, commentés en de brefs textes poétiques et sincères où Alfred nous invite dans son intimité de créateur. Dans les deux autres parties (« Vagabondages graphiques » et « En dialogues ») , il nous dévoile ses sources d’inspiration, puisées dans la représentation du corps féminin, d’œuvres glanées dans les musées, d’affiches pour le théâtre ou dans son amour pour le cinéma italien de la grande époque à travers les portraits de ses plus dignes représentants (Fellini, Risi, Pasolini, Scola, Moretti…). On ressort ébloui de ce voyage en pays de beauté, époustouflé par le travail de cet artiste qui n’hésite pas à expérimenter sous toutes ses formes, l’art du dessin et de la couleur. Cet album généreux et élégant, qui célèbre la vie réelle ou rêvée, est tout simplement précieux…

La belle saison d’Alfred, Delcourt, 2019 / 29,90€

Christine Le Garrec

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