Mainsquare 2019

Parmi les festivals devenus cultes en France, on retrouve désormais le Mainsquare à Arras. Avec une large programmation balayant tous les styles (même si cette année ça manque un peu de metal à mon goût), le Mainsquare se révèle être un festival pour tous.

Retour sur ces trois jours de festivités.

Jour 1

Ce qu’on notera dans un premier temps, c’est cette nouvelle extension du site du festival au sein de la Citadelle d’Arras. Une nouvelle scène, Le Bastion, au centre d’un petit amphithéâtre naturel, surplombé par une grande roue et peuplé de petits jeux en bois. Un espace détente idéal à l’ombre des arbres et les concerts de petits artistes / groupes plein de talent qui méritent d’être découverts.

Pour ceux qui voulaient entrer direct dans le vif du sujet et jumper dès le début il y avait de quoi faire avec les frénétiques Rappeurs en Carton sur la Greenroom. Du rap déjanté, sautillant, totalement survitaminé. Les trois lascars sont des vrais piles, sautent, haranguent la foule, courent, passent du chant à la batterie, du chant à la guitare, balancent des sons trap, festifs, et des mélodies rythmées efficaces qui ambiancent rapidement le public. Un show aux allures de fête organisé avec les copains, qui a fait mouche sous le soleil d’Arras.

Dans le registre musique contagieuse on a eu aussi Caravan Palace. Le groupe d’électro swing français a mis le feu à la Mainstage avec sa bonne humeur et son son groovy, teinté de sonorités jazz et de samples qui semblent tout droit sortir d’un vieux poste radio. 

Caravan Palace ça swingue, ça groove, ça te transporte dans une ambiance de cabaret ultra festif. Chaque membre semble être intenable et bouillonnant de bonne humeur, sautant partout, se déhanchant sur les rythmes endiablés de leur musique. Porté par la superbe voix de Zoé Colotis, toujours en contact avec le public, Caravan Palace a rapidement transformé le festival en une gigantesque piste de danse. Le groupe a repris également Black Betty dans leur style bien à eux, repris en chœur par les festivaliers. On aura même eu droit à un petit duo de danse entre la chanteuse et un des musiciens, absolument génial. Un concert dont on n’a pas envie de voir la fin tellement il te donne la pêche ! D’ailleurs un nouvel album pointe le bout de son nez pour le mois prochain !

Un des concerts les plus attendus de ce premier jour fut sûrement celui d’Angèle. La Greenroom s’est remplie très rapidement, jusqu’à en déborder. Tandis que le soleil se couchait, les premières notes de La Thune se sont fait entendre, et la chanteuse belge est entrée sur scène équipée d’une énorme mitraillette gonflable et dorée. Le public reprend les paroles en chœur, tout le public… Au point qu’il est devenu presque difficile d’entendre la chanteuse !

Elle enchainera sur son premier morceau, La Loi de Murphy, repris également par tout le public.

Épaulée par une belle mise en scène (deux yeux faits de leds surplombant les musiciens, des écrans sur les estrades de ces derniers), Angèle a transporté tranquillement son public aux travers des titres de son album. Certains morceaux, totalement absents des radios, se trouvent être vraiment très bons en live, comme Les matins (que j’avais totalement oublié depuis la sortie de l’album) ou encore Ta reine, déjà magnifique en studio, et qui l’est encore plus sur scène.
Certains morceaux sont même accompagnés de danseuses avec lesquelles Angèle danse, notamment sur Jalousie, où l’on retrouve les masques cubiques du clip.
Le concert s’est achevé sous les applaudissements tandis que les danseuses aspergeaient la foule avec des pistolets à l’eau. Un concert tout en couleurs et en douceur, pétillant et joyeux, à l’image de la chanteuse sur scène.

Est-il encore nécessaire de présenter Cypress Hill ? Groupe de hip-hop formé en 1986 à Los Angeles, connu pour son goût prononcé pour le cannabis et défenseur de sa légalisation sur le plan récréatif et médical, Cypress Hill s’impose comme un des piliers (si ce n’est le pilier) du hip-hop latino-américain. Popularisant le genre, le groupe ne se cantonne pas qu’à celui-ci et participe à des featurings avec des groupes tels Rage Against The Machine, Biohazard ou encore Deftones. Pour mon second concert de Cypress Hill, ici au Mainsquare, je peux vous dire qu’ils n’ont rien perdu de leur superbe.

DJ Muggs

Quand peu après 23h les lumières s’éteignent, que la foule commence à acclamer le groupe et que DJ Muggs fait son entrée pour faire une intro uniquement instrumentale, tu sais que tu es parti pour une super soirée. Après ça, l’instru de Band of Gypsies, issue du dernier album Elephants on Acid, retentit, accompagnée par les percussions d’Eric Bobo, rapidement accompagné par B-Real et son flow, sa voix unique, puis de Sen Dog. C’est parti pour 1h de concert. Les fans sont là, bien présents, les deux rappeurs mettent une ambiance de folie et savent clairement chauffer la foule.

Sen Dog

Les titres cultes comme Hits from the Bong, Tequila Sunrise, ou encore l’incontournable Insane in the Brain transforment la Greenroom en immense espace chill, nous transportant presque dans les rues de Los Angeles. Tous les titres que l’on souhaite entendre sont là et ce pour le plus grand plaisir des fans. On aura aussi la classique battle / bœuf musicale entre DJ Muggs et Eric Bobo, platine contre percussion. De quoi déchaîner la foule sur les sons des percussions et de scratchs dans lesquels se perdent des morceaux cultes comme Breathe de The Prodigy. Le concert s’achèvera en apothéose avec le génialissime (Rock) Superstar, durant lequel un bout de l’instru originale sera remplacée par celle de Back in Black d’AC/DC. 

B-Real

Eric Bobo

Les plus téméraires resteront pour DJ Snake et Charlotte de White, une clôture tout en electro et techno.

Charlotte de White

DJ Snake

Jour 2

Deuxième jour du Mainsquare et lorsqu’on regarde l’affiche on se dit qu’on tient le meilleur jour. Alors ? On tient clairement le meilleur jour !

La journée a commencé pour moi avec Warhola. Au menu, de l’electro pop bien planant et hypnotique comme on aime, porté par une voix envoûtante. Une belle prestation qui aurait sûrement gagné en puissance avec un horaire de passage plus tardif.

Sûrement l’un des coups de cœur de cette édition du Mainsquare. Shame, groupe de punk rock anglais bien old-school a tout simplement retourné la Mainstage et séduit pas mal de monde. Une dégaine de garçons paumés, qui ne laisse en aucun cas présager la folie et l’énergie de leur musique qui en quelques notes a mis le feu à la foule. Un vent de fraîcheur plein de nostalgie à base de bon punk rock old-school, voilà ce qu’a dégagé Shame.

Pour ma part la découverte et pépite du jour revient au duo electro pop Agar Agar. Clara Cappagli et Armand Bultheel se font face, chacun derrière leurs machines, pad, synthé. La mélodie commence, entraînante, puis la voix de Clara vient se poser dessus et l’on est pris peu à peu par leur musique. C’est prenant, doux, hypnotique, le public se trémousse  tranquillement, il ne manque plus que les néons. Quelques titres sortent du lot avec des sonorités et un chant plus énervé et des rythmes plus rapides.

 Le duo dégage une prestance particulière, entre le flegme et le calme presque sérieux d’Armand et la jolie folie et l’agitation de Clara. On se retrouve dans une sorte d’équilibre intéressant. Le concert sera momentanément gâché par un agent de sécurité patrouillant sur scène pour surveiller le public. Les morceaux s’enchaînent de plus en plus prenants, et à nouveau ce même agent revient et se met subitement à danser avant d’enlever son t-shirt en continuant de plus belle… La petite touche bien barrée qui fait son effet auprès du public !

Une bien belle découverte que ce duo. Seul point négatif à mes yeux, au vu de leur musique, leur concert aurait été encore plus prenant de nuit avec un beau jeu de lumière

Alors eux ils étaient attendus au quart de tour. Dissous en 2016 après 9 ans d’activité, Skip the Use a annoncé son retour courant 2018, pour le plus grand bonheur de ses fans. Et Skip the Use au Mainsquare, c’est comme les voir jouer à la maison ! Je peux vous dire que ça c’est senti et que le groupe lillois a tout simplement retourné le Mainsquare !

Le concert débute sur les chapeaux de roues avec l’excellent People in the Shadow sur lequel le public emboîte le pas à l’énergie débordante du chanteur Mat Bastard. Ça jumpe de partout, c’est funk, c’est rock ! Le show se poursuit sur Nameless World scandé en chœur par le public. Le concert est entrecoupé par de petits speechs du chanteur, toujours plein d’humour. Un vrai contact s’installe avec le public, avec bien entendu un petit bain de foule pour Mat Bastard, cramponné aux crashs, chantant dans son micro au dessus des fans.

Il fera également un beau cadeau aux photographes. Alors que ces derniers quittent les crashs après la classique règle de « seulement les 3 premiers titres en photos », Mat les interpelle : « Les photographes ! Je sais que pour les autres artistes vous n’avez droit qu’aux trois premiers titres, avec nous vous pouvez rester jusqu’à la fin si vous voulez ! »

Acclamations du public et des photographes tout sourire faisant aussitôt demi tour.

Le show poursuit sa montée, les morceaux cultes du groupe s’enchaînent, Mat déclenche même un gigantesque mouvement de foule de droite à gauche avec un « 1 2 3 soleil ».

On aura aussi droit au nouveau morceau, Damn Cool, extrait du prochain album, inspiré du sportif Philippe Ribière, qui a surpassé son handicap et qui est devenu une figure importante dans le monde de l’escalade. Je vous invite fortement à le suivre et à regarder ses interviews car, comme a dit Mat Bastard en le faisant monter sur scène « il nous a donné une leçon de vie ».

Après avoir fait monter ses deux petites filles sur scène pour leur « montrer le travail de papa », Mat lance le dernier morceau pour finir « comme des connards ». Il s’agit bien entendu de Bastard Song ! Dernier morceau pour se défouler à fond avant le salut. Le groupe aurait pu tout aussi bien jouer à 11h, sans scène, à même le sol, sans jeu de lumières, que ça aurait été aussi dingue.

Ouais, vous l’aurez compris, ça fait du bien de revoir Skip the Use.

Skip the Use n’ont pas été les seuls à retourner le festival ce jour là. Car à 21h30, le très attendu Macklemore, est venu nous en mettre plein les yeux et plein les oreilles. Mise en scène grandiose, avec écran géant, danseurs et danseuses, musiciens, et toute une panoplie de tenues, le rappeur américain a chauffé dès son entrée le public amassé dans la Citadelle. Il fera même monter un fan sur scène pour le faire « affronter » ses danseurs et danseuses. Le concert s’est achevé en apothéose avec Can’t hold us, toute la foule sautant sur le rythme, et Macklemore sur le public.

La Greenroom était déjà bien bondée, mais à la fin du concert de Macklemore, cette dernière débordait carrément. Pourquoi tant d’effervescence ? Peut être parce que Lomepal allait bientôt débuter son concert. Et là c’est la claque. J’aime Lomepal mais je m’attendais pas à apprécier autant son concert.

Le rappeur entre sur Mômes sous les acclamations du public qui reprend les paroles avec lui. Lomepal offre une vraie version live, s’éloignant un peu de la version studio, avec des variations dans son chant qu’on ne retrouve pas dans ses albums et qui apportent un vrai plus à sa prestation. Et comme il l’annonce au début de son concert, le spectacle ira crescendo. Et il le prouve en enchaînant avec Plus de larmes, puis le puissant Lucy accompagné de Yassine sur scène. La mise en scène et les jeux de lumières sont très très bons, notamment avec le logo géant de Lomepal surplombant la scène, constamment en mouvement. 

Le crescendo promis  finira par redescendre légèrement avec Le vrai moi et Tout lâcher en acoustique, accompagné par les téléphones allumés du public. Un album acoustique ou quelque chose du genre sortira en fin d’année, selon les dires de Lomepal.

Après plusieurs morceaux agités, le noir s’empare de la scène, le public réclame un rappel, et quelques minutes plus tard, une lumière perce l’obscurité, un des musiciens entre sur scène,  se met au piano, et les notes de Trop beau surgissent pour le plus grand bonheur du public ! Lomepal entre à son tour avec les autres musiciens et nous livre une magnifique version live d’un de ses plus beaux textes.

Le concert s’est achevé dans l’euphorie avec 1000°C, sur lequel tous les membres de l’équipe, l’entourage et les amis de Lomepal sont montés sur scène pour danser.

Une des meilleures prestations du Mainsquare 2019.

Et pour ceux qui en voulaient encore, qui ne souhaitaient pas se coucher de si tôt, il y a eu la clôture avec Arnaud Rebotini. Et le monsieur nous a offert un sacré set de techno bien groovy. La Greenroom c’est transformée en gigantesque dancefloor pendant un peu plus d’une heure. Entouré de ses machines, synthés, pads et autres instruments électroniques, Arnaud Rebotini construit peu à peu ses morceaux en live, fait monter petit à petit, progressivement. C’est extrêmement prenant, à tel point que lorsque la fin arrive, bien trop vite, le public en réclame à nouveau.

Si vous ne connaissez pas Arnaud Rebotini je ne peux que vous conseiller d’aller découvrir, que ce soit en live ou en album, cet artiste qui offre un panel de sonorités et de morceaux  vraiment diversifiés, allant de la techno groovy aux influences metal en passant même par des morceaux plus subtils comme on peut en trouver dans son premier album.

Jour 3

Pour ce dernier jour de Mainsquare direction la Greenroom avec Old Tree’z, lauréat du tremplin Mainsquare 2019. Un trio à la musique folk, teintée d’électronique, de percussions, de guitare sèche où se mêlent voix éraillée et voix douce. Une petite touche de douceur idéale pour chiller avant de rentrer dans le vif du sujet.

Si Shame a créé l’effervescence et la surprise, on peut dire que Idles en a fait tout autant. Un look décalé, une musique efficace et contagieuse, une énergie débordante et communicative, bref de quoi bien agiter le public. Du punk à l’ancienne en somme qui amène un brin de nostalgie et de fraîcheur sur le festival.

S’il y a bien un concert où j’étais indécis, c’était bien celui de Bring Me The Horizon. Après les avoir vus il y a quelques années et avoir été déçus par leur prestation, cette édition du Mainsquare m’a permis de revoir mon avis sur le groupe. Et je peux vous dire que cette fois j’ai été loin d’être déçu, enfin pendant un certains temps. Écran géant, danseuses aux tenues étranges, le groupe en costume de scène, de l’interaction avec le public, une vrai prestance, bref tout ce qu’il faut pour que le concert soit réussi. Le groupe a entamé le show avec Mantra, qui se révèle bien plus puissant et plaisant en live. En témoigne le public qui s’est mis à pogoter dans tous les sens.

Le groupe a continué de plus belle avec The House of Wolves, le milieu de la foule est devenu un circle pit, des mosh pits ont fait leur apparition. Le concert a atteint son sommet avec Shadow Moses, dont le refrain a été repris en chœur par le public. Le concert est une vrai réussite, les fans sont euphoriques, puis arrive le premier titre pop du groupe, calmant les ardeurs de certains. L’énergie et l’euphorie de la première demi heure ne sont pas revenues, le groupe a enchaîné sur ses titres les plus pop, les plus accessibles, pour le plus grand bonheur de certains, tandis que d’autres resteront très très attristé par ce déséquilibre dans la set list. Dommage, le concert a commencé avec beaucoup de brio avant de “sombrer” dans la pop. Pour ma part je retiendrais la première demie heure parfaitement maîtrisée et rythmée, ainsi que la prestance et le contact très très proche d’Oliver Sykes avec le public sur toute la durée du concert, en particulier sur la “partie pop”.

Si j’ai été frustré par le concert de Bring Me The Horizon, c’est en partie parce que j’ai loupé un bon bout du concert de Bison Bisou qui se jouait en même temps. C’est sur la scène du Bastion que cette formation rock/punk a déversé son énergie délirante et totalement survitaminée. LLes membres sautent partout, headbang et se déhanchent sur le rythme effréné et nerveux de leur musique.. Une énergie à base de “je m’en foutisme” notamment avec un chanteur jonglant avec son micro, le faisant tournoyer par le biais de son câble, et le rattrapant in extremis avec maladresse tandis qu’il était sensé entamer le couplet. Une sorte de fougue punk totalement barrée qui a accroché le public et qui s’est achevée bien trop vite. On espère revoir ce groupe rapidement sur les scènes et pourquoi pas sur une plus conséquente l’année prochaine au Mainsquare ?

Le festival touche presque à sa fin lorsque Ben Harper & The Innocent Criminals montent sur scène pour nous livrer un super show tout en sonorités blues, rock, reggae et funk. Une belle performance qui a fait danser les festivaliers sous le soleil d’Arras, notamment sur la superbe reprise de Superstition.

Le festival s’achèvera en beauté avec Jain, toute pimpante sur scène, accompagnée par un très beau jeu de lumières. La chanteuse de 27 ans occupe à elle seule toute la Mainstage, en restant constamment en contact avec le public, le faisant même participer sur un morceau en enregistrant les voix de certains pour les ajouter au loop. Jain a offert un show d’un peu plus d’une heure pour clore en beauté les festivités, sur une note pleine de joie et d’euphorie. 

Nouvelle édition du Mainsquare réussie, avec cette année des nouveautés dans l’aménagement du site, de belles découvertes musicale et des concerts mémorables. 

Il ne reste plus qu’à attendre patiemment l’année prochaine et les premiers noms de l’édition 2020 !

En attendant voici un petit retour vidéo sur l’ambiance ainsi que les photos du concours d’affiche organisé par le festival.

Toutes les photos sont à retrouvés sur le Facebook et Instagram de Maxime, ainsi que le Facebook et Instagram d’Alex

Article, photos & vidéos : Alex
Photos, vidéos et montage : Maxime

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