Juke Box N°57

Un juke box où plane la voix envoûtante de Robyn McKelle qui revisite en couleurs jazz et soul les grands standards féminins, et celle de Sarah Lancman qui décline en de subtiles variations jazz l’amour « à la parisienne »… De la plénitude avec le quatuor Donauwellenreiter qui nous invite à une balade méditative dans une harmonie totale entre jazz et classique, et avec Jean-Baptiste Soulard qui nous convie au creux d’un rêve, dans un voyage immobile et solitaire inspiré des forêts de Sibérie de Sylvain Tesson… Pour terminer, je vous invite à découvrir la douce et poétique « folk song » distillée par Camille Bénâtre et la flamboyante « french pop » de Grand Palladium qui va vous mettre du baume au coeur ! Bonne écoute à toutes et à tous !

Une flamboyante compo personnelle (« Head High ») et neuf reprises de titres immortalisés par une pléiade d’artistes féminines, écorchées vives et blessées, fragiles ou fortes : voici le pari réussi par Robin McKelle qui a réenchanté et réinventé les standards de son panthéon personnel. Réinventer est bien le terme adéquat… Car habillées d’envoûtantes et feutrées tonalités jazzy et soul et portées par la voix cristalline et aérienne, sensible et puissante de Robin, ces chansons prennent une toute autre couleur ! Un joli méli-mélo où vous découvrirez des versions sensibles et inspirées de « Back to black » d’Amy Winehouse, « Rolling in the deep » d’Adèle, « Don’t explain » de Billie Holiday, « Born to die » de Lana Del Rey, « Jolene » de Dolly Parton, « River » de Joni Mitchell, « No ordinary love » de Sade, « Mercedes Benz » de janis Joplin et « You’ve got a friend » de Carole King, au fil de ce somptueux et classieux hommage dédié à ses soeurs artistiques. Du souffle, de l’émotion à fleur de peau, un jazz ouaté où l’on se love avec délices, une soul sensuelle mêlée de rhythm’n’blues, une voix qui vous met les poils, un album intimiste : c’est tête haute (et très bien entourée !) que Robin McKelle se joue des genres avec une déconcertante facilité, en virtuose admirative et respectueuse de ces femmes qui l’ont marqué de leur empreinte tout au long de ce superbe album. Vous trouverez (ici !) ses prochaines dates de concerts (bien sûr à confirmer…)

Alterations / Robin McKelle / Membran / 14 Février 2020 / 22€

Après le superbe « Intermezzo » où elle revisitait les intemporelles chansons italiennes (chronique ici !), Sarah Lancman est de retour cette fois pour nous chanter l’amour « à la parisienne » dans ce dernier opus mélodique et classieux. Fort bien entourée des talentueux Giovanni Mirabassi (piano), Pierrick Pedron (saxophone), Marc Berthoumieux (accordéon), Laurent Vernerey (contrebasse) et Stéphane Huchard (batterie), elle nous offre à nouveau sa voix sensuelle et suave qui se marie à merveille aux tranches d’amour qu’elle décline en mots délicatement poétiques, avec une sacrée belle sensibilité. Composé de huit compositions personnelles (quatre chantées en français et quatre en anglais) et de deux reprises particulièrement inventives et émouvantes (« Parce que » d’Aznavour et « L’hymne à l’amour » de Piaf), cet album nous embarque dans un voyage romantique au coeur du sentiment amoureux en envolées lyriques et aériennes touchées par la grâce. « Mélancolique, souriant et insolent » et habillé d’un jazz au swing ondulant et langoureux teinté de tonalités bluesy, « Parisienne » est aussi soyeux que vaporeux… Vous trouverez ici les dates des prochains concerts (sous réserve…) de cette artiste d’une classe folle… L’amour sera toujours l’amour et Paris sera toujours Paris sous la voix de la jolie Sarah !

Parisienne / Sarah Lancman / Jazz Eleven / 22 Mai 2020 / 20€

Après « Euphoria » et « Donauwellenreiter play Gianmaria Testa » (chroniques ici !), c’est avec une classe internationale que le quatuor des « surfeurs » viennois revient pour célébrer ce printemps avec cet opus subtil et transcendant qui nous déroule les multiples nuances d’une palette sonore aux sons infinis, entre musique classique lumineuse et jazz contemplatif… Onze pistes qui coulent de source dans une parfaite harmonie, onze ballades entre ciel, terre et eau qui nous invitent à méditer devant la beauté de la nature, à nous poser, sereins, au creux d’un ruisseau ou sous l’ombre de grands arbres majestueux… C’est du moins ces sensations profondément apaisantes que j’ai ressenties à l’écoute de cette petite merveille, tour à tour pétillante et rafraichissante, rayonnante et euphorisante. Élégant, poétique et fascinant, ce jeu entre les styles est parfaitement maîtrisé par ces virtuoses qui jouent de leurs instruments avec autant de délicatesse que de talent sur la partition de nos émotions. Un album vrai et essentiel, véritable bain de jouvence pour se ressourcer en ces temps anxiogènes. Indispensable !

Delta / Donauwellenreiter / Aestate Records / 17 Avril 2020 / 20€

« Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu ». Le lumineux roman « Les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson, dont ce texte est extrait, a inspiré à Jean-Baptiste Soulard ce magnifique album où il a retranscrit en mots et en musique les sensations ressenties lors de sa lecture. Une relecture sonore sensible, introspective et apaisante, habillée d’une folk douce et hypnotique parsemée d’éclats pop symphonique flamboyants et d’harmonies vocales de toute beauté qui procurent aux oreilles attentives une sensation de bien-être et de sérénité absolue. Mais aussi une relecture en mots délicats et poétiques que Jean-Baptiste Soulard chante d’une voix chaude et douce, accompagné sur plusieurs titres par les voix chantées, parlées ou murmurées de Bessa, Blick Bassy, Raphaël Personnaz, JP Nataf… qui apportent leur couleur à une palette déjà immensément riche. Onze titres, onze chapitres courts et intenses déroulent ici une histoire, celle du désir de fuite que l’on garde tous au plus profond de nous quand le tumulte des hommes se fait par trop assourdissant… « Partir, partir loin de nos doutes et loin de tout, partir sans laisser de traces. Se réfugier dans une cabane asile pour régler notre contentieux avec le temps et aligner nos actes avec nos idées ». Respirer, observer, contempler, traquer les ombres, jouer avec les nuages, vivre seul et libre dans le silence originel retrouvé… C’est toute une philosophie que Jean-Baptiste Soulard nous dévoile en mots poétiques et en notes nostalgiques et cristallines, celle de ceux qui, par leur expérience, nous ont appris la force et la beauté d’une vie au plus près des éléments. Envoûtant comme une parenthèse au temps, « Le silence et l’eau » est l’album idéal en cette période de confinement où nous avons tout loisir et temps pour imaginer le monde de demain… Et de le réenchanter.

Le silence et l’eau / Jean-Baptiste Soulard / Horizon / 28 Février 2020 / 19€

Une poésie épurée, un folk élégant qui dégage une douce énergie réconfortante. Au fil des dix titres de cet album délicatement mélancolique, Camille Bénâtre, de sa voix chaude et feutrée, nous invite dans l’intimité des sentiments, distillant des rêves comme autant de remèdes pour soigner l’ennui… Repartir à zéro, retrouver l’essentiel, démasquer les faux semblants d’une société où chacun s’emploie à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Rêver, aimer, laisser filer les jours et le temps… Des thèmes furieusement d’actualité que cet artiste discret et authentique évoque en tranches de douceur, en mots qui sonnent juste et nous parlent droit au coeur, et en harmonies douces et entraînantes où l’on se laisse glisser comme au fil de l’eau. Une reprise très personnelle des « miroirs dans la boue » de William Sheller complète cet album bienvenu et précieux qui nous apporte une salvatrice bouffée de sérénité en ces jours incertains…

Après le soir / Camille Bénâtre / Hidden Bay Records / 12 Juin 2020

Précieux et brillant comme le métal du même nom, le duo brestois Grand Palladium nous dévoile, avec ce premier album fort réussi, une pop rafraichissante qui n’est pas sans évoquer celle distillée par Les Innocents… Mélodies nostalgiques ou endiablées qui restent bien en tête, harmonies vocales au diapason : Kevin et Vincent, tels des chercheurs d’or, ont brillamment conjugué leurs talents pour nous offrir cette pépite à écouter en boucle, le nez en l’air et les doigts de pied en éventail ! Onze titres le composent, onze chansons où l’amour se niche dans chaque strophe et dans chaque refrain, nous invitant à lâcher prise et à redevenir, l’espace d’une danse, légers comme des plumes, débarrassés de nos fardeaux trop lourds, loin des routines mécaniques qui polluent nos existences. Un « peeling » sonore qui dépoussière l’esprit et met à nu l’essentiel, le beau et l’unique, dans une invitation à vivre pleinement l’instant présent. Une belle découverte… Fort prometteuse !

Grand Palladium / Upton Park / 27 Mars 2020 / Sites de téléchargement ici !

Christine Le Garrec

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *