Cela fait déjà 7 ans que Star Wars a déserté les salles de cinéma pour se consacrer à étoffer le catalogue streaming de son nouveau propriétaire Disney. Un catalogue peuplé de déchets intergalactiques et de pépites insoupçonnées, dont The Mandalorian (et Grogu), porte étendard d’une nouvelle génération de personnages ; immédiatement encensé par les fans et même le pater noster, Georges Lucas, jusque-là plutôt fâché avec la nouvelle direction. Logique, donc, que le chasseur de prime portant les traits de Pedro Pascal finisse par s’exporter dans les salles obscures…
Mais, si cette nouvelle aventure spatiale, somme toute divertissante, laisse surtout l’impression d’avoir binge-watché une saison 4, elle aura donné à Ludwig Göransson une nouvelle occasion de s’amuser et de s’octroyer de nouvelles libertés… qui ne plairont peut-être pas à tout le monde ! N’insistez donc pas si vous considérez que sa musique a déjà souillé l’univers Star Wars; même si rompre avec la tradition symphonique de Maître Williams ne l’a jamais empêché de faire preuve d’ingéniosité. Mais ne ravivons pas la flamme d’un débat houleux et tentons plutôt d’analyser cette nouvelle proposition musicale, en parfaite adéquation avec le format cinématographique.
Après une ouverture étonnement molassonne (« This is the Way »), qui ne décolle jamais ni ne retranscrit l’ampleur de la prise d’assaut spectaculaire des AT-AT, un générique jouant la carte de la nostalgie (« The Mandalorian and Grogu ») et une « balade » mélo-épique menée par cette bonne vieille flûte à bec basse (« Shakari »), sa musique impose très vite une dynamique d’action remarquable – osons dire jouissive – pour nous immerger dans la traque des survivants de l’Empire et l’univers des Hutt. Pendant plus de 15 minutes, le rythme ne s’interrompt jamais; les orchestrations se déploient à la vitesse lumière et confrontent des consonances williamsnesques au modernisme expérimental de Göransson; d’abord avec l’ahurissant « The Pit Fight », digne du panache de John Powell, où s’entrechoquent percussions tribales, cuivres héroïques glamour, électro endiablée et cris de foule samplés restituant l’ambiance de l’arène de combat de Shakari, puis « Rotta Chase », beaucoup plus mainstream dans ses procédés mais tout aussi efficace dans la course-poursuite qu’elle illustre; « Tracking Lord Janu », superbe ostinato aux notes sautillantes qui contrebalancent brillamment la masse de cuivres qui nous assènent, et enfin « Strap In », qui pousse l’électro sur le devant de la scène pour rendre la scène du Razor Crest encore plus renversante.
Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin: cette écriture, à la fois détonnante et ludique, finit par s’essouffler, laissant le troisième acte se reposer en majorité sur le thème de Mando, décliné dans plusieurs versions orchestrales pour escorter les X-Wing dans la bataille finale (« All Weapons Out », « Red Jammer »). Non pas qu’il n’est pas plaisant de l’entendre résonner au cinéma mais plutôt parce que chaque séquence d’action méritait une identité propre comme dans la première partie du score (à une exception près : « Do We Run ? Or Do We Fight ? » reprend heureusement les vibes western/electro de l’entêtant thème de Shakari).
En dehors de cette action omniprésente, Göransson affine aussi la dynamique du duo Mando / Grogu (c’est dans le titre en même temps !) : on y retrouve bien sûr les marqueurs thématiques issus de la série (le thème à 4 notes de Grogu au début de « A New Mission ») mais aussi un superbe travail sur les vents, mené par le fabuleux Pedro Eustache, pour nous attendrir davantage (l’atmosphèrique mais puissant « Go Kid », l’aventureux « Your Turn Grogu »). Et bien sûr, on appréciera la petite citation de « Hammer Time » (fabuleux thème de la saison 1) dans « All Weapons Hot à 1:08) en plus du matériel thématique apporté aux nouveaux personnages (le chasseur de prime Embo, Rotta le Hutt).
Il paraît clair, si ce n’est avec un plaisir évident, que Göransson était « heureux de retrouver son vieux copain » Mando ! Et nous aussi !
David-Emmanuel – Le BOvore