Histoire(s) de lire … N°17

Un recueil de nouvelles en solidarité avec les migrants, un polar à l’humour noir étincelant, une histoire où des objets trouvés vont changer à jamais le destin de deux jeunes gens … Bouleversant, sombre et acide, tendre, le menu de cette nouvelle série de chroniques vous embarquera pour des aventures au cœur de l’humanité, sous le signe de la qualité ! Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

 

Pas moins de vingt-sept auteurs (Enki Bilal, Antoine Audouard, Kidi Bebey, Clément Caliari, Antonella Cilento, Philippe Claudel, Fatou Diome, Jacques Jouet, Fabienne Kanor, Nathalie Kuperman, Jean-Marie Laclavetine, Christine Lapostolle, Gérard Lefort, Pascal Manoukian, Carole Martinez, Marta Morazzoni, Lucy Mushita, Nimrod, Serge Quadruppani, Serge Rezvani, Alain Schifres, Leïla Sebbar, François Taillandier, Ricardo Uztarroz, Anne Vallaeys, Angélique Villeneuve, Sigolène Vinson) ont répondu à l’appel des éditions Don Quichotte pour participer à ce recueil contre le délirant et ignominieux « délit de solidarité ». Vous savez, ce fameux article L622, toujours en vigueur, qui eût son heure de gloire pendant la seconde guerre mondiale… Aider un « échoué » en l’accueillant chez soi, lui donner de quoi survivre ou l’aider dans ses démarches administratives peut vous coûter une forte amende et même un séjour en prison… Les talentueux auteur(e)s de ce recueil, en toute liberté, ont offert leurs mots pour définir leur vision de la solidarité, du respect et de l’hospitalité… Ces droits de l’homme aujourd’hui bafoués en toute légalité … Tous leurs droits d’auteurs seront reversés à deux associations d’aide aux migrants : « La Roya citoyenne » et « Terre d’errance » : en plus du plaisir intense de lire ces nouvelles, vous ferez également une bonne action en acquérant cet ouvrage ! J’ai pour ma part retrouvé des « plumes » déjà lues et appréciées, mais fait aussi de belles découvertes … Un ouvrage précieux à plus d’un titre, par la qualité de ses textes et par la forme de résistance qu’il induit et qu’il incombe à chacun d’entre nous de faire nôtre, afin que les devises au-dessus des frontons des mairies ne soient pas lettres mortes : liberté, égalité, fraternité …

Ce qu’ils font est juste (Collectif), Don Quichotte, 2017 / 18€

 

 

 

Reugny, trou paumé dans les Ardennes, fut le théâtre d’un fait divers mystérieux, dans les années d’après guerre … L’actrice internationale Rosa Gulingen, en tournage sur les lieux, fut retrouvée morte noyée dans sa baignoire, à l’hôtel du Grand Cerf où elle résidait… L’enquête fut d’abord orientée vers Armand Grétry, son partenaire et amant… Mais, Rosa ayant, semble-t-il, bu ce soir là plus que de raison, la thèse de l’accident fut finalement validée. Affaire classée. Cette vieille histoire n’intéresse plus grand monde aujourd’hui, en dehors des propriétaires de l’hôtel, Thérèse Londroit et sa vieille mère impotente (et autoritaire) qui ont transformé le lieu en mausolée à la gloire de l’actrice… Un producteur de cinéma s’intéresse lui aussi de près à Rosa Gulingen… Intimement convaincu que Rosa a été assassinée, il décide de réaliser un documentaire sur le sujet et envoie sur les lieux un journaliste, Nicolas Tèque, pour reprendre l’enquête qu’il juge bâclée… Un peu looser sur les bords (et totalement fauché), celui-ci accepte sa « mission » sans y croire vraiment et quand, désabusé, il débarque à l’hôtel du Grand Cerf, il trouve Reugny en pleine ébullition… Jeff Rousselet, le douanier, personnage haineux que tout le monde détestait, est retrouvé proprement décapité près d’un bois pendant qu’un incendie criminel détruit  sa maison et avec elle, tous les secrets qu’elle recélait : Jeff  avait fait des fiches à peu près sur tous les habitants du village… Sa mort ne fait donc pas pleurer dans les chaumières, rendant potentiellement suspects tous les habitants de Reugny ! Quand Anne-Sophie, la fille de la patronne de l’hôtel, qui, visiblement a été témoin du meurtre, disparaît dans la nature, la tension monte crescendo… D’autant plus que Brice, l’idiot du village, vient lui aussi d’être retrouvé sans vie, noyé dans une mare près de chez lui… L’inspecteur Vertigo Kulbertus, à quinze jours de la retraite, est chargé de l’enquête… Obèse, gros mangeur et buveur de bière devant l’éternel, ce personnage rabelaisien déstabilise à peu près tout le monde : sans gêne, vulgaire, excentrique, il est tellement barge qu’il en paraît inoffensif ! Mais les apparences sont parfois trompeuses… Et Kulbertus va se révéler beaucoup plus malin qu’il n’y paraît… Quel bonheur de retrouver la verve et la noirceur de Franz Bartelt !!! Ses personnages aux patronymes bizarroïdes et aux comportements à la limite de l’humanité se révèlent aussi sombres que les profondes forêts qui entourent ce village où ressentiments et vengeances ont la peau dure… Dans un style toujours aussi élégant, Bartelt signe une fois de plus, avec ce roman qui oscille entre comédie de mœurs et enquête policière déjantée, un petit bijou d’humour noir. Une petite requête, monsieur Bartelt : ce serait bien que Kulbertus reprenne du service… On s’y est déjà bien trop attaché !

Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt, Seuil, 2017 / 20€

 

 

 

La vie de Michele est réglée comme du papier à musique se déroulant d’un orgue de barbarie… Chaque jour, les mêmes gestes rythment une routine rassurante pour ce trentenaire taciturne et renfermé, totalement coupé du monde extérieur avec lequel il n’a jamais vraiment eu de contact… Son job ? Chef de gare dans une station fréquentée par un seul et même train qu’il nettoie chaque soir en récupérant les objets oubliés par leurs propriétaires… Ces objets trouvés fascinent Michele qui les collectionne, consacrant une pièce de sa petite maison pour les exposer de manière maniaque : tout est étiqueté et daté … Cette gare, ces objets hétéroclites, c’est le monde de Michele, son cocon dont il n’est jamais sorti… Lorsqu’il avait sept ans, sa mère est partie par le même train qu’il voit passer chaque jour, n’emportant de son fils qu’un carnet rouge où le petit garçon consignait ses pensées. Il ne l’a jamais revue et n’a jamais obtenu la moindre explication de son père, désormais décédé… Une poupée oubliée dans le train va être le point de départ d’une nouvelle vie pour Michele, quand Elena, une jeune fille volubile et spontanée frappera à sa porte pour la réclamer … Complètement désemparé devant tant de vie, Michele va cependant, petit à petit, nouer une relation amicale avec Elena, toute en retenue et pudeur… C’est un second objet trouvé qui va définitivement bouleverser la vie de Michele, quand son carnet rouge réapparaît comme par magie, coincé sous une banquette du train, en toute logique déposé par sa mère qui le détenait … Elena à force de persuasion, le décide de partir à la recherche de sa mère … Cette histoire de résilience et de renaissance, pleine de rebondissements, est une véritable ode à la vie. Salvatore Basile, d’une écriture sensible et touchante, avec ces « petits miracles », signe un roman profondément humain, d’une construction très cinématographique que l’on verrait bien adaptée au cinéma ! Tout y est… Y compris, sans mièvrerie aucune,  LA belle histoire d’amour entre deux êtres meurtris par la vie… Ce roman de pure détente qui a déjà séduit les italiens, va, sans nul doute combler les lecteurs de l’autre côté des Alpes, à n’en point douter !

Petits miracles au bureau des objets trouvés de Salvatore Basile (traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza), Denoël, 2017 / 20,90€

Christine Le Garrec

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