Papiers à bulles ! N°12

La BD indépendante ne manque pas de vitalité ni de créativité ! Témoins, les deux derniers opus parus chez FLBLB qui vous embarquent pour des destinations délirantes, au cœur de terrorismes d’un genre inédit qui prônent davantage un humour débridé et pacifique que sanguinaire ! Max de Radiguès, quant à lui, fait paraître chez Casterman son « Bâtard », préalablement publié en fanzine, que les amateurs du genre (dont je suis, of course !) vont adorer ! Trois bonnes raisons de se « déconnecter » de la morosité ambiante ! Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

 

Trois terroristes affirment avoir trouvé une faille dans Internet et menacent d’électrocuter tous les internautes … Soit la moitié de la population mondiale ! Tous les présidents du monde sont conviés sans délai à démissionner et à leur donner le pouvoir mondial, sinon, ils mettront leur menace à exécution…Bluff ou réalité ? En France, Marianne, la médiatrice de la république, est chargée de trouver un compromis et Luc, nettoyeur (lui aussi de la république) doit se tenir prêt à toutes mesures, même définitives, pour contrôler la situation… Marianne, craignant que la situation ne dégénère, tente de convaincre le président Mathias Moltz à se rendre aux désidératas des terroristes… Sinon, même si ça va pas durer longtemps, ça va faire très très mal !!!! D’autant plus, que sans rapport avec l’affaire en question, un « incident » nucléaire anéantit les grandes villes du monde… Grégory Jarry signe, une fois de plus, un roman-photo au scénario délirant et irrésistiblement poilant ! Vous avez aimé « Savoir pour qui voter est important » ? Vous allez adorer ce nouvel opus où le président joue sa démission sur une partie de pétanque (il triche, en plus !), où le nettoyeur fond en larmes de culpabilité à chaque fois qu’il croise un noir, où la mère du président, gâteuse et non avare de confidences, avoue avoir tapiné avec tout l’état major de l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale et ne peut affirmer que ce son fils ne soit pas celui de Goebbels, Göring… Ou Hitler ! Tout comme les mères de Poutine ou de la reine d’Angleterre qui ont fauté avec Mussolini et le pape Pie XII … Grégory Jarry dénonce, sous couvert d’humour potache, l’absurdité et l’incompétence des gens de pouvoir, leurs vanités et leurs lâchetés, notamment à propos du « problème » des migrants, soi-disant insoluble, en le réduisant en de justes proportions (méditer sur la soi-disant « invasion »… ) Préparez-vous à des attaques de sargasses (poules mutantes) et à l’arrivée d’un monde en totale perdition qui, en images, prend une sacrée gueule d’atmosphère ! La forme du roman-photo est défendue bec et ongles, avec panache et grande classe par Grégory (tel qu’il le pratique, on ne peut qu’être d’accord avec lui !). Il  a d’ailleurs signé à ce sujet un manifeste « Debout le roman-photo » qui sera réédité chez FLBLB en novembre prochain (également téléchargeable sur le site de FLBLB, gratuitement en PDF). Un ambassadeur de choc pour un genre à qui il donne toutes ses lettres de noblesse ! J’adore !!!!!

Ça va pas durer longtemps mais ça va faire très mal de Grégory Jarry, FLBLB, 2017 / 15€

 

 

 

 

May et son jeune fils Eugène (surnommé le bâtard) sont en cavale après avoir réalisé au sein d’un gang un coup d’exception : cinquante-deux hold-up dans la même ville au même moment ! Évidemment les flics sont sur les dents et sur les traces des braqueurs évaporés dans la nature avec leur part du butin. Ils en retrouvent plusieurs… Mais sous forme de macchabées ! Les loups se dévorent entre eux, prêts à tout pour empocher la totalité du pactole … May et Eugène, effrayés, enterrent leur part et partent se réfugier chez Hank, un ami qui vit dans un coin paumé… Mais l’amitié survivra t-elle à plusieurs millions de dollars ? Auparavant prépublié en fanzine, « Bâtard » est enfin édité dans sa totalité. Après « La cire moderne », c’est un vrai plaisir de retrouver le trait sobre et élégant de Max de Radiguès, dans ce polar sombre à la Bonnie and Clyde … Junior ! Suspense au rendez-vous et chute inattendue !

Bâtard de Max de Radiguès, Casterman, 2017 / 12,50€

 

 

 

 

Tout commence au collège Jean-Marie Le Pen ( !) où le professeur Barnett enseigne l’anthropologie… Poursuivi par des parents d’élèves qui le soupçonnent d’être un odieux pédophile, Barnett doit son salut au PDG d’Empirex (fabricant d’aspirateurs) qui l’embarque dans son hélicoptère, le sauvant d’un lynchage certain… En contrepartie, le « sauveur » lui demande de partir en Amazonie, à la recherche de la tribu mythique des Indios, qu’aucun anthropologue n’a jamais pu approcher… Personne ? Si ! Justement lui, tout petit les a aperçus alors qu’ils étaient en panne de jeep avec son père. Personne ne l’a jamais cru… Pourtant il n’a pas rêvé le pouvoir incroyable de la potion des Indios qui rend le viagra tout aussi efficace que de vulgaires et inoffensives sucrettes ! Le patron d’Empirex compte bien mettre la main sur le secret de fabrication de ce philtre qui le rendrait roi du monde : imaginez un peu que les gens ne pensent plus qu’à copuler au détriment du travail et de la consommation ? Et que la « sperménergie » remplace (à peu de frais !) toute autre forme d’énergie ? Fortune, gloire et pouvoir pour le détenteur de la potion sont assurés ! Muni d’une simple balise de localisation, Barnett est donc parachuté dans le secteur où le PDG les a vus pour la première et dernière fois … Bien des années plus tard, le professeur Martelli, obsédé sexuel notoire et ancien élève de Barnett, est devenu un célèbre anthropologue. Se rendant à une conférence à New-York avec son équipe, leur avion s’écrase en pleine forêt amazonienne, non loin de la tribu des Indios qui les font prisonniers et jettent un sort à Martelli qui le fait doucement marrer, vu que c’est sa spécialité : avoir des relations sexuelles d’ici la prochaine fête de la fertilité… Sinon, ils seront tous sacrifiés ! A sa grande horreur (et mort de honte), son muscle viril pourtant surentraîné refuse de se manifester, malgré les belles indigènes (et les belles collaboratrices que bien évidemment Martelli a déjà chevauchées) et l’escargot reste dans sa coquille… Entre-temps, la balise de Barnett (qu’il croyait mort depuis longtemps) se manifeste auprès du PDG qui monte une équipe (après avoir subi une opération chirurgicale pour ressembler à un Indios). Tout ce petit monde va se confronter en pleine Amazonie … Cette histoire délirante de terrorisme sexuel est née… de la trouvaille par Grégory Jarry et Thomas Dupuis (les éditeurs de FLBLB), dans un dépôt d’Emmaüs, d’un exemplaire de «Sex visitors » de Dave et Cap. Willard. Ils ont par la suite réédité cette BD de gare pornographique des années 80, et s’étaient fait la promesse de faire revivre les personnages de cette série désormais culte. Grâce aux talents conjugués de Clément Xavier et Maxime Jeune, c’est chose faite… Et bien faite ! « Pas tristes tropiques » en est la suite logique et naturelle, un hommage à l’érotisme torride et à l’humour politiquement incorrect qui ont fait le succès populaire de cette « série Z », traitée au quatrième degré à la sauce FLBLB ! Chaud !!!

Pas tristes tropiques de Clément Xavier et Maxime Jeune, FLBLB, 2017 / 13€

 

Christine Le Garrec

 

 

 

 

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