Arts et essais ! N°21

Calder, Arroyo, Gedney : sculpture, peinture et photographie à l’honneur de ce vingt et unième « Arts et essais ». Artistes insolents, humour décalé et prises de positions politiques, mondialement connus ou dédaignés, ces trois artistes font l’objet d’expositions (musée Soulages de Rodez, fondation Maeght à St Paul de Vence et Pavillon Populaire de Montpellier) où on leur rend un hommage plus que mérité. Je vous en présente aujourd’hui les catalogues, tous plus beaux les uns que les autres ! Pour finir, un état des lieux sur les pratiques du pastoralisme qu’il est urgent de faire perdurer pour les multiples raisons évoquées dans un ouvrage militant et exhaustif ! Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

 

Calder, ses couleurs, ses mobiles aériens en équilibre entre formes et mouvements, son cirque « fildefériste » féérique, son inventivité… Le musée Soulages de Rodez vous propose depuis le 24 juin et jusqu’au 29 octobre prochain de vous immerger dans l’univers de cet artiste majeur qui a bousculé les codes de la sculpture et du travail de masse pour y glisser le mouvement et le vide. Quatre-vingt œuvres y sont exposées ainsi qu’une sculpture monumentale face au musée. Ce magnifique catalogue d’exposition « Calder, forgeron de géantes libellules » vous en propose une visite guidée qui retrace la carrière (de 1924 à 1976)  de cet artiste fabuleux et vous offre à voir l’étendue de son talent novateur. Sa force d’invention, son dynamisme et sa joie de vivre se reflètent dans ses œuvres où il joue avec l’air et le feu, en équilibre entre ciel et terre dans un mouvement gracile et robuste à la fois. Petites dimensions, « Stabiles » phénoménales sombres et graves, peintures abstraites mises en mouvement (Mondrian fut un de ses maîtres), « Mobiles » (baptisés ainsi par Duchamp) colorés et légers : cet « ingénieur » au service de l’art et de la poésie a également toujours gardé un pied dans un monde artisanal et ludique (objets de récupération, moyens modestes) à qui il a donné ses lettres de noblesse. Cet ouvrage de référence vous expose les témoignages de différents contributeurs, les œuvres exposées, ainsi qu’entretiens, écrits et souvenirs, et repères biographiques. Précieux autant que fabuleux pour les amoureux de cet artiste hors normes !

Calder : forgeron de géantes libellules, Gallimard, 2017 / 35€

 

 

 

 

La fondation Maeght expose à St Paul de Vence, depuis le 1er Juillet jusqu’au 19 novembre prochain, les œuvres d’Eduardo Arroyo, personnalité libre et indépendante et peintre majeur de la figuration narrative. Son œuvre, militante et engagée autant qu’intime et humoristique nous est dévoilée dans cette expo riche de ses peintures, dessins, sculptures, collages, textes inédits et photos, dont le catalogue que je vous présente aujourd’hui vous en offre une vision exhaustive. Les œuvres d’Arroyo tournent autour de deux thèmes générateurs : politique avec le rôle du peintre dans la société et la situation de l’artiste exilé (Arroyo a fui le franquisme en 1958) et l’histoire de l’art qu’il revisite, convaincu « qu’elle n’existe pas, que l’œuvre d’art est anti historique et que l’artiste ne promet rien d’autre aux siècles à venir que ses propres œuvres ». Non académique, rebelle et provocateur, cet artiste « littéraire » acteur et témoin de son époque, jongleur d’illusions, a choisi la fiction et l’humour mordant pour armes, dans le respect des traditions qui définissent l’art comme pensée depuis la nuit des temps… Arroyo nous lègue une œuvre libre, forte et malicieuse qui oscille entre croyances et dérision, convictions et doutes, donnant matière à réflexion sur notre société. Un artiste à (re)découvrir de toute urgence !

Eduardo Arroyo : dans le respect des traditions (Collectif), Flammarion, 2017 / 35€

 

 

 

Encore un fabuleux catalogue officiel d’exposition ! Celui du Pavillon Populaire de Montpellier qui expose depuis le 28 juin jusqu’au 17 septembre prochain une inédite rétrospective sur le travail de William Gedney. Ce photographe américain, certainement le plus mystérieux de la génération des années 60 à 80, n’avait jusqu’alors jamais été exposé ou tout du moins jamais seul, isolé volontairement des circuits mondains et commerciaux qu’il méprisait. Terrible lacune, aujourd’hui réparée, qui nous permet de découvrir la sensualité de ses clichés et son rapport intime au monde que ce solitaire, discret et en proie à l’incompréhension de ses pairs, n’a jamais pu ou voulu mettre au grand jour de son vivant. Décédé en 1989 du Sida, Gedney a toujours tenue secrète son homosexualité, latente dans ses photographies d’une créativité et d’une énergie peu communes. Petits formats, bruts, ils révèlent ses affinités sexuelles et littéraires et un degré d’intimité et de connivence avec ses sujets photographiés : observateur concerné « accepté et non imposé », ses clichés ne sont jamais figés et révèlent une formidable connivence avec ses « modèles » ainsi qu’une intuition du regard qui happe le réel, sans artifices. Photographies de nuit, monde rural ou urbain, il a capté visages et corps au cours de reportages sur les mouvements hippies, les premières parades gays, et voyagé en Inde et en Europe. Documentaire, son travail est le fruit de la haute exigence d’un artiste torturé et écorché vif, autodidacte et persuadé que « la photographie est un moyen d’expression aussi efficace que la littérature »… En regardant ses photos, on ne peut qu’approuver tant elles dégagent un univers sensible et charnel qui se déroule comme un très beau roman… Il suffit de s’en imprégner et de laisser vagabonder son imagination. Les photos de Gedney sont vivantes et vous bouleversent dans leur réalité nue… Fort et émouvant.

William Gedney : only the lonely, 1955 -1984, Hazan, 2017 / 24,95€

 

 

 

 

Les pratiques pastorales façonnaient les paysages méditerranéens tout en préservant la biodiversité… Qu’en est-il aujourd’hui du pastoralisme et quel est son avenir ? Cet ouvrage collectif vous en offre une vision exhaustive en se basant sur les témoignages d’éleveurs, de scientifiques et de gestionnaires qui travaillent sur le maintien de cette pratique nécessaire à notre époque où l’on est légitimement en demande d’une agriculture extensive naturelle et respectueuse de l’environnement. Ressources fourragères spontanées, proximité entre les centres d’élevage et les surfaces pastorales, interventions dans les périodes de jachère ou d’abandon de la culture sont clairement les atouts du pastoralisme. Ces milieux ouverts sont de surcroît trop contraignants par leur géographie pour des pratiques d’élevage intensif… Sans une utilisation suffisante de ces terres, la faune et la flore seront menacées et le paysage naturel sera simplifié entre forêts et terres cultivées… Les premières difficultés que rencontrent les éleveurs candidats au pastoralisme sont bien sûr liées au problème de l’usage non agricole de ces terres au profit bien plus lucratif de l’urbanisme et du tourisme et bien entendu du coût élevé qui en découle… Cet ouvrage a été réalisé en partenariat avec le conservatoire d’espaces naturels du Languedoc-Roussillon dans le cadre de la présentation de leur projet « Life + Mil’ouv » : recueillir les témoignages des éleveurs, faciliter leurs échanges d’expériences, organiser des formations à destination de tous les partenaires (exploitants, techniciens, étudiants, enseignants, élus…), promotion des fermes « pilotes », communication et sensibilisation sur le pastoralisme sont les outils pratiques et de réflexion qui ont été mis en œuvre. Passionnant et convaincant, cet ouvrage nous explique tous les enjeux de ces pratiques, nous engageant à nous mobiliser collectivement pour le maintien de ces milieux ouverts. On ne peut qu’approuver … En toute connaissance de cause !

Terres pastorales (Collectif), Le Rouergue, 2017 / 25€

 

 

Christine Le Garrec

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