Papiers à bulles ! N°19

Magouilles de tous poils avec le toujours délicieux Alexandre Géraudie que l’on retrouve la veille du jour qui changera le monde… Espérons que le nouveau sera meilleur que l’ancien ! Pour rester dans le domaine des affaires louches, « Balkany Company » nous relate la vie de tripatouillages politico financiers du couple de Levallois, qui, sans bouger les oreilles, est recordman (et « recordgirl » !) toutes catégories confondues ! Heureusement, Gros est là pour nous remonter le moral en nous faisant rire du pire… Nous n’avons plus « Nulle part où fuir »? Autant s’y résigner par la politesse du désespoir ! Allez, pour terminer du potache de chez potache avec Un Faux Graphiste et ses irrésistibles images détournées, et un peu de tendresse dans ce monde de brutes avec le superbe recueil « Les cœurs simples » qui nous apporte une bouffée salvatrice de solidarité et de générosité… Certainement le meilleur endroit où se réfugier, non ? Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

 

Une couverture illustrée d’une planche de comics issue d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, des titres alléchants comme Bozo l’exécuteur, Carabin-Jim le snobinard, Pinpin le lapin SDF, le slip futé, Kroha le culturiste… Le ton est lancé sans le moindre doute … Cet ouvrage ne s’adresse pas aux coincés des zygomatiques et il vaut mieux être solidement doté d’un sens de l’humour (noir, très noir!) pour l’apprécier à sa juste valeur! Si c’est votre cas et que vous êtes de fervents adorateurs de « Mozinor » et de ses détournements de films, ce recueil des meilleurs détournements d’un Faux Graphiste va vous mettre en joie ! Ce jeune bruxellois sévit déjà depuis quelque temps sur le Web où il a commencé par se faire la main sur les bandes dessinées de Tintin, jusqu’au moment où les ayant-droits d’Hergé, goûtant très modérément son humour déjanté au service des personnages cultes de son célèbre créateur, l’ont prié, sous peine de poursuites, d’arrêter cette activité pourtant désopilante. Qu’à cela ne tienne ! Le trublion s’est alors penché sur les riches archives d’images libres de droit, modifiant leur signification dans un langage et des situations contemporaines, hilarantes et diablement efficaces. Anciennes gravures et tableaux, comics des années 30 à 50 font désormais ses choux gras… Et on ne s’en plaint pas ! La décontextualisation d’Un Faux Graphiste, pur produit de la culture geek (il est très jeune) puise son inspiration dans notre société où il égratigne allègrement les religions, l’actualité politique, le racisme, ou le monde de l’entreprise… Avec une imagination en roue libre et un esprit d’à propos bien senti ! Vous croiserez dans ce délicieux petit bouquin, un requin apprivoisé meurtrier (il voulait seulement jouer !), un beau toubib propre sur lui qui est en fait un gros nullard multipliant gaffes et erreurs médicales, Benji le dauphin, super enquêteur (à la manière du Flipper de notre enfance) maltraité par « ses » maîtres qui abusent de lui, et bien d’autres encore ! Bref, ce « faux livre », qui révèle un vrai talent, va combler les rigolards et les sarcastiques, les mauvais esprits et les adeptes du politiquement incorrect : la vie est trop triste pour la prendre au sérieux, non ? J’Adoooooore !!!!

Un faux livre par Un Faux Graphiste, Delcourt, 2017 / 15,95€

 

 

 

 

 

A la fin du premier tome, on avait laissé en fâcheuse position la présidente Sauzet qui, si elle pensait faire une bonne affaire en changeant le mode de scrutin électoral, a commis une belle boulette ! Plus besoin de campagne, d’urnes et de bulletins de votes… Désormais, l’opinion publique est décryptée à l’aide des réseaux sociaux où la popularité des candidats est mesurée au « like » près ! Et depuis que  Delgado, l’ennemi public N°1, s’est une fois de plus (de trop…) évadé de prison, la cote de la présidente a fait une chute vertigineuse… Tant que celui-ci n’aura pas réintégré sa cellule, la présidente n’aura aucune chance de garder son confortable fauteuil à la tête de l’état…  En coulisses, les magouilles vont bon train (sur le devant de la scène aussi !) : Vildieu, émissaire du gouvernement, tente désespérément de rallier à sa cause Montashi, le chef de la pègre (le seul à pouvoir mettre la main sur Delgado) mais celui-ci, l’occasion est trop belle, a des exigences qui dépassent les limites de la tolérance, pourtant large, de la présidente. En plus, ce salopard joue double jeu avec le rival de Sauzet, Fallieri, qui semble prêt à tout pour accéder au pouvoir, y compris à conclure un accord avec la mafia (Tiens, tiens, j’ai déjà vu ça quelque part, moi…) … Et que fait la police ? Ben, l’équipe de choc chargé d’arrêter Delgado se compose d’un ripou (mouillé jusqu’au slip) et d’une fliquette aussi trouillarde qu’empêtrée dans les magouilles de son geek de frangin… Delgado peut dormir sur ses deux oreilles ! Mais au fait, il est où Delgado ???  Pour ceux qui auraient raté l’épisode précédent, je vous encourage vivement à en faire l’acquisition (d’autant plus que la suite et fin devrait paraître dans les mois à venir ) ! Sinon, Alexandre Géraudie, dans sa grande mansuétude, vous en offre le résumé en début de ce deuxième opus qui ne fait que confirmer le plaisir pris à la lecture du premier : rythme infernal, suspense haletant, rebondissements en tous genre, magouilles à gogos  et humour jouissif à tous les étages ! En bonus, quelques pages de romans photo (obligé ! ) complètent  cette « Pol fiction » pas  si éloignée de la réalité… Vivement la suite !!!

Les trois jours qui ont change le monde (T.2) d’Alexandre Géraudie, FLBLB, 2017 / 13€

 

 

 

 

Le docteur Gros nous communique, à travers cent cinquante de ses dessins, un bulletin de santé de notre pauvre humanité : un check-up complet qui dévoile un diagnostic pas très encourageant… Religions, terrorisme, crise, pauvreté, politique, écologie… Pas de grande lueur d’espoir dans son constat, mais un humour noir aux profondeurs abyssales qui dégage un inestimable pouvoir libérateur ! On ne rit jamais autant qu’aux enterrements, non ? Et pendant le naufrage du Titanic, il y avait de la musique… S’il faut en finir, au moins que ce soit avec panache ! « Terriblement » acide, provocateur et drôle !

Nulle part où fuir de Gros, Le Chêne, 2017 / 14,90€

 

 

 

 

Prestidigitateurs de la finance et Bonnie and Clyde de la politique, les Balkany multiplient les affaires douteuses depuis des décennies… Bon, rien de bien difficile à comprendre, les faits qui leur ont été reprochés sont assez limpides (sont ? Il y a toujours une « affaire » Balkany en cours !) Ce qui pose davantage souci, c’est la multitude de casseroles accrochées à leur dos… Il y en a tant qu’on en oublie des morceaux par ci par là ! Renaud Dély et Fred Coicault nous offrent donc une piqure de rappel avec cet album où l’historique complet de la « carrière » du couple le plus célèbre de Levallois est scrupuleusement détaillée, dans un scénario digne d’une série télé. Caricatural ? Par le dessin, oui, qui est d’ailleurs fort réussi ! Mais les affaires évoquées, toutes traduites en justice (sans grand effet…) sont toutes exactes. La grande lessive des Balkany (publique ou privée) n’en finit plus de tourner… A quand l’essorage ? Édifiant, « Balkany Company » traite son sujet avec humour (jaune…) et  une belle énergie !

Balkany Company de Renaud Dély et Fred Coicault, Delcourt, 2017 / 13,95€

 

 

 

 

Ravis du village, simplets, idiots, crétins des Alpes… Ces « cœurs simples » (titre d’une nouvelle de Flaubert) ont longtemps subi moqueries et mauvais traitements, comme si leur handicap ne les mettait pas sur un pied d’égalité avec les humains « dans la « normalité » requise… Rejet, abandon (voire pire…) ont été leur  lot quotidien sans que cela ne choque grand monde. La littérature fourmille de portraits de ces personnes « différentes » et l’on peut constater avec soulagement qu’au fil des siècles, les idées reçues à leur égard  perdent de leur intensité et que les regards posés sur eux se montrent davantage bienveillants… C’est ce que l’on constate dans ce recueil, où quarante extraits choisis par Albert Algoud (poèmes, extraits de romans (pour la plupart de grands classiques de la fin du 18ème siècle à nos jours) et textes de chansons), laissent entrevoir toute l’humanité de ces handicapés mentaux, au-delà de leur simple apparence. Pour illustrer ces textes, Albert Algoud a fait appel à la solidarité et à la générosité des grands noms de la bande dessinée (Al Coutelis, Baru, Charles Berbérian, Enki Bilal, Blutch, Camille Burger, Catel, Florence Cestac, Jean-Christophe Chauzy, Dav Guedin, Christian de Metter, Jean-Claude Denis, Jacques Ferrandez, Philippe Geluck, Annie Goetzinger, Daniel Goossens, Hugot, André Juillard, Jul, Lindingre, Loustal, Marc-Antoine Mathieu, Jean-Claude Mézières, Mo/CDM, Sébastien MoriceJean-Louis Mourier et Arleston, Jake Raynal, François Roca, Jean-Marc Rochette, Riad Sattouf, François Schuiten, Guillaume Sorel, Tardi, Stéphane Trapier, Bastien Vivès, Éric Warnauts et Zep). Tous ont répondu « présent » pour travailler bénévolement et offrir leurs dessins qui ont été mis en vente aux enchères ce 18 novembre au profit de la fondation « La Bonne Aventure » (13/15 rue André Lefebvre 75015 Paris ou courriel : labonneaventure@orange.fr) qui fait un travail d’accompagnement auprès des autistes et de leurs familles. Tous les bénéfices de cet album lui seront également reversés. Deux dessins de Charb et Cabu apparaissent également et on peut remercier leurs ayant-droits au passage : c’est chouette de les retrouver là tous les deux et ils auraient sans l’ombre d’un doute participé à cette action… Ce superbe recueil en hommage aux « fadas » qui auraient beaucoup à apprendre aux nombreux handicapés du cœur, offre une lecture émouvante, sans pathos ni larmoiements. Un livre juste pour une noble cause à offrir sans modération.

Les cœurs simples (collectif), Casterman, 2017 / 25€

Christine Le Garrec

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