Papiers à bulles ! N°26

Dans cette nouvelle sélection de BD, vous retrouverez avec bonheur un cocktail explosif des années 80 signé par Teulé et Vautrin, vous décrypterez les tenants et aboutissants de l’hypercapitalisme, assisterez à des élections truquées au Kirghizstan pour prendre ensuite la direction de la Corée à travers deux ouvrages très différents, l’un retraçant les exactions abominables de la « Ligue Bodo », le second les aventures aussi délicieuses qu’extraordinaires de Hong Kiltong, le Robin des Bois coréen…  Pour continuer, je vous propose un thriller post-apocalyptique glaçant, un épisode de la première guerre mondiale qui met en scène un asile d’aliénés livré à lui-même, et l’adaptation en BD du « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan. Pour conclure, les petits bonshommes de Pierre Charentus vont vous plonger dans un irrésistible univers décalé et vous saurez tout sur tout sur la vie tumultueuse du groupe Metallica… Du sang, des larmes, de la nostalgie, du dramatique, du rock, de l’humour… Et des arbres ! La BD est dans tous ses états ce mois-ci ! Bonnes lectures à toutes et à tous !

 

 

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Sarcellopolis, ses immeubles concentrationnaires et sa faune désœuvrée. Tous barjots. Le flic, Sam Schneider, raciste et facho, clone de Clint Eastwood version inspecteur Harry, mauvais comme la gale et à moitié psychopathe, sa femme Bloody Mary qui elle, a carrément viré schizo et se prend pour sa sœur jumelle violée et assassinée… Grandvallet lui, est passé du côté obscur depuis son passage à l’armée où il a fait les frais d’un gradé pervers porté sur la chair fraîche des jeunes recrues. Depuis, il a la haine chevillée au corps et balance des grenades pour détruire à tour de bras un monde qui sombre dans le chaos, entre deux câlins avec Victoire, sa belle-mère nympho assumée, pendant que son père pêche des poissons à deux têtes dans les égouts… Et puis, il y a Locomotive, le black laveur de carreaux, qui examine ce petit monde comme on regarderait tourner des poissons dans un aquarium, ces gens solitaires à moitié fous qui se cament aux infos ou éduquent des perroquets pour déverser leur haine… Locomotive, prêt à se teindre en blond pour un moment entre les cuisses de Bloody Mary qui étale ses charmes et exacerbe son désir… Ces destins compartimentés vont se croiser, se mêler et se rejoindre dans une fin explosive particulièrement jouissive… Le cocktail épicé du duo Teulé/Vautrin date du début des années 80 et il faut bien avouer qu’il ne fait pas son âge, tant il bouscule et fustige de manière furieusement moderne une société qui ne s’est pas franchement améliorée depuis toutes ces années… Pas une lueur d’espoir et d’humanité émane de ce western « affreux, sale et méchant » où même les gosses n’ont aucune moralité ! Les illustrations de Teulé sont pour beaucoup dans la réussite de ce bijou d’humour noir désespéré qui a obtenu en 1984 le grand prix de la critique à Angoulême. Avec la technique du copy art (photocopies de photographies combinées de découpages et de collages, mises en couleurs par Zazou Gagarine), il apporte la touche parfaite, un peu crade, à ce brûlot aux dialogues surréalistes où l’argot et une gouaille entre Audiard et Queneau tient une place de choix. Pour tous ceux qui ont déjà lu « Bloody Mary » en un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, sachez que dans cette nouvelle édition les couleurs ont été restaurées ! Un collector à savourer comme un bon vieux cru vieilli en fûts de chêne !

Bloody Mary par Jean Teulé et Jean Vautrin, FLBLB, 2018 / 20€

 

 

 

 

Vous pourrez désormais critiquer le système capitaliste en toute connaissance de cause, après lecture de  cette BD en forme de manuel d’économie ! Dans la première partie, Tim Kasser (prof de psychologie qui s’échine depuis une trentaine d’années sur le sujet) vous explique tous les mécanismes et engrenages monstrueux de cette machine, qui, tel un Caterpillar, broie sans états d’âme l’individu pour toujours plus de profits. Loi du marché toute puissante, privatisations inconséquentes et tutti quanti  font le lit d’une injustice sociale qui va crescendo et sont une véritable menace pour l’environnement, dans le seul but de préserver les intérêts économiques des puissants, de moins en moins nombreux mais de plus en plus riches ! Alors, que faire contre ce système destructeur qui de capitaliste est passé à ultra puis hyper ? La bête grossit à vue d’œil et il s’agirait de trouver des solutions pour sortir de cette emprise mortifère ! Elles existent, à tous les niveaux, y compris le nôtre : tout simplement en faisant le choix de la simplicité volontaire pour sortir du consumérisme galopant ! C’est le sujet de la seconde partie de cet ouvrage où Kasser expose des initiatives citoyennes efficaces en direction du bien-être de  l’humanité. Cette BD militante et vulgarisatrice, servie par le dessin expressif en noir et blanc de Larry Gonick, dresse  le constat effarant où le libéralisme à tout crin nous a menés (les faits, rien que les faits !) et ouvre la porte à un avenir qui pourrait être radieux… A condition que l’on se retrousse tous les manches en changeant radicalement notre façon de vivre et de consommer ! Hyper… Simple et passionnant !

Hypercapitalisme par Larry Gonick et Tim Kasser, Delcourt, 2018 / 23,95€

 

 

 

 

 

Né de la liaison d’un ministre et d’une servante, le jeune Hong Kiltong en a ras le chapeau de paille d’être dédaigné par son paternel qui n’a d’yeux que pour son insupportable fils légitime ! Le jour où sa mère lui met entre les mains un manuel de magie taoïste (troqué contre un bol de riz), il découvre avec émerveillement cet enseignement et s’astreint à un entraînement drastique pour en acquérir toutes les bases. Et son acharnement porte ses fruits ! Hong Kiltong peut désormais se transformer à volonté, se démultiplier à l’infini et même déplacer les montagnes par la force de son esprit ! ça y est ! Il est enfin prêt à découvrir le monde et à partir loin de l’indifférence de son père ! Sur son chemin, il rencontre une troupe de brigands, qui, éberlués par son intelligence, sa sagesse et ses pouvoirs magiques, le désignent illico comme leur chef. Le jeune homme (son âge oscille entre cinq et dix-sept ans…), qui a souffert de l’injustice de classe, va devenir au fil de ses aventures un super héros, pillant les temples et détroussant les riches pour distribuer leurs richesses aux pauvres, tel un robin des Bois ou un Cartouche mâtinés de Harry Houdini… Hong Kiltong, personnage célèbre et populaire en Corée où les petits écoliers connaissent bien les grandes lignes de ses aventures, est issu d’un roman écrit au 17ème siècle par Heo Gyun (un des premiers romans écrits avec l’alphabet coréen qui lui, date du 15ème siècle). Ce héros débonnaire, rusé et surhomme en culottes courtes qui enfonce tous les super héros de Marvel, a donné l’envie à Yoon-Sun Park de lui donner vie sous la forme d’une bande dessinée, après qu’elle eût incidemment découvert le roman traduit en français dans une librairie d’Angoulême. On ne peut que saluer le professionnalisme et le bon goût de ce libraire pour l’avoir mis entre les mains de la fabuleuse réalisatrice de « En Corée » ! Sous son crayon magique, Hong Kiltong renaît de la plus belle façon qui soit, grâce à un dessin aux couleurs acidulées comme un bonbon arc-en ciel, inspiré d’anciennes estampes coréennes. Quant aux dialogues, à l’humour subtil et bon enfant, ils font honneur à l’esprit frondeur de ce petit scarabée qui a enfin traversé les siècles sur son nuage volant pour arriver jusqu’à nous ! Nous devons, une fois de plus, ce must de la BD alternative au flair infaillible des éditeurs de la belle casa Misma, qui ont décidément le chic pour dénicher des talents incontournables ! Magique !

Les aventures de Hong Kiltong de Yoon-Sun Park, Misma, 2018 / 18€

 

 

 

 

 

A vingt-sept ans, et malgré ses nombreux diplômes, Mathilde survit de petits boulots… Aussi, quand son petit ami lui propose un poste d’observatrice pour couvrir les premières élections libres du Kirghizstan, elle n’hésite pas un seul instant… Son rôle ? Veiller au bon fonctionnement de la démocratie au sein des bureaux de vote qu’elle-même devra aider à mettre en place. Arrivée sur les lieux, Mathilde est subjuguée par la beauté de la nature sauvage… Mais aussi éberluée par la pauvreté ambiante et la vétusté des infrastructures qui semblent restés figées dans l’ère soviétique… Quant à ce qui devrait être les premiers balbutiements de la démocratie, elle déchante très vite… Les observateurs occidentaux ne sont que des fantoches destinés à cautionner des élections jouées d’avance : le candidat Bakiev tient le peuple dans un gant de fer et les entreprises privées occidentales se mettent déjà sur les rangs d’un marché juteux, en complicité avec le futur pouvoir en place… Mathilde va-t-elle fermer les yeux et jeter ses idéaux aux orties, ou riquer de se compromettre en tentant d’aider la population à y voir clair ? Emmanuel Hamon et Damien Vidal, à travers cette bande dessinée à la limite du documentaire avec ses dessins « photographiques » en prise avec le réel, nous jouent l’éternelle comédie du pouvoir avec son cortège de magouilles et de corruptions à peine voilées… Un scénario réaliste et prenant qui met en lumière la difficulté de confronter ses convictions à la réalité et de faire des choix en harmonie avec ses idéaux…

L’observatrice par Emmanuel Hamon et Damien Vidal, Rue de Sèvres, 2018 / 18€

 

 

 

En 1950, l’armée et la police coréenne, sur ordre des autorités, massacrèrent entre 100 000 et 200 000 civils (femmes et enfants compris…), soupçonnés d’être des opposants au régime ou de simples sympathisants communistes. Les charniers de ce que l’on a appelé la « Ligue Bodo » ne furent découverts qu’en 1990… Park Kun-Woong en adaptant la nouvelle de Choi Yong Tak (dont le grand-père fut l’une des victimes), a fait un choix singulier qui fait la force de ce roman graphique : raconter cette histoire tragique avec un arbre pour narrateur. Ce frêne, planté dans la vallée où eurent lieu ces exécutions, absent de tout sentiment, retrace froidement les faits de son point de vue d’arbre fertilisé par les corps en décomposition, totalement détaché des événements…  Cette narration sans aucune trace d’empathie, doublée de vignettes en noir et blanc très contrastées au dessin expressionniste sombre et saisissant, fait froid dans le dos… Tout comme l’arbre, on assiste à ce déferlement de violence absolue, mais contrairement à lui, on est glacé d’effroi devant ces hommes qui tuent à la chaîne sans la moindre once d’émotion, et devant la détresse de leurs victimes qui se font abattre comme des animaux de boucherie… En fin de volume, un texte court de Choi Yong-Tak explique les faits, photo à l’appui… Ce cliché, certainement une des rares preuves visuelles de cet épisode sanglant (à priori prise par l’un des bourreaux…) vous hante longtemps après avoir refermé ce roman graphique qui exprime avec une force inouïe la folie des hommes… Troublant et obsédant, un chef d’œuvre…

Mémoires d’un frêne de Park Kun-Woong, Rue de l’échiquier, 2018 / 21,90€

 

 

 

 

 

Théodore arrive en Suède pour un stage d’études auprès du controversé botaniste Richard Frawley, banni de la communauté scientifique pour ses travaux jugés des plus fantaisistes. Persuadé que les arbres émettent des signaux pour prévenir leurs congénères d’éventuels désordres écologiques, que leur ADN s’efface en présence de l’homme et qu’ils détiennent les secrets de la Terre au coeur de leur codex, il est sujet de raillerie auprès de ses collègues… Théodore, qui admire ses travaux, est cependant un peu désarçonné par la personnalité de Frawley : celui-ci semble avoir plus de facilité à communiquer avec les arbres qu’avec les hommes et s’enferme pendant des heures dans son bureau pour écouter en boucle les Doors et leur célèbre (et prémonitoire) « The end »… Peu de temps après l’arrivée du jeune homme, des événements étranges se produisent dans la forêt : une espèce inconnue de champignons prolifère et les animaux sauvages ont un comportement inhabituel, ne semblant plus effrayés par les humains que d’ordinaire ils fuient à toutes pattes… Un laboratoire pharmaceutique installé non loin de là est-il la cause de ces troublants dysfonctionnements ? Le problème est hélas plus vaste… Quand on apprend qu’en Espagne, plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort dans des circonstances inexpliquées non loin d’une forêt, il devient évident qu’un danger mortel rôde sur la planète toute entière… L’idée de ce thriller écologique est venue à Zep après avoir pris connaissance de faits réels qui se sont déroulés en Afrique  du Sud, dans une réserve animalière où un troupeau d’antilopes fut décimé sans que l’on en comprenne la cause. Après analyse, il fut avéré que leur mort avait été causée par un poison inconnu qui se serait dégagé des feuilles d’acacia, leur principale source de nourriture… Une autre analyse fut ensuite effectuée sur les acacias où tout était revenu à la normale : les arbres avaient eux-mêmes régulé à leur manière leurs prédateurs trop nombreux qui les mettaient en péril… « The end » m’a autant troublée que le terrifiant « La route » de McCarthy qui m’a obsédée plusieurs mois après sa lecture… Si vous l’avez lu (si ce n’est pas le cas, je vous le recommande chaudement !), vous comprendrez à quel point le scénario de Zep dégage une puissance évocatrice glaçante, tout comme ses illustrations réalistes, en planches monochromes alternant des tons sépia délavés, qui installent un climat de plus en plus oppressant jusqu’à la fin redoutée et néanmoins inéluctable… Ce thriller graphique distille au compte-gouttes un suspense aussi palpitant qu’angoissant… Apocalypse now ? Gaïa is watching you… Brrr….

The end de Zep, Rue de Sèvres, 2018 / 19€

 

 

 

Septembre 1914, asile de Prémontré, près de Soissons. 1300 malades y sont internés quand l’armée prussienne qui avance sur Paris, est en approche de l’établissement. Panique à bord ! Le directeur, puis le médecin chef, suivis de quelques autres, détalent comme des lapins face au danger, laissant à l’économe, André Letombe, la lourde charge de l’établissement, avec l’aide de quelques gardiens et des religieuses qui refusent d’abandonner les malades. Aucune aide à attendre des autorités qu’André a sollicité en vain… Au milieu du chaos, qui se soucie de pauvres fous ? Les prussiens s’installent et la guerre rôde tout près de Prémontré… Très vite, l’argent, le charbon et la nourriture viennent à manquer et les malades meurent par dizaines chaque jour, de faim et de froid… Letombe, assisté de Clément, un étrange gardien qui rôde un peu trop souvent du côté de l’aile réservée aux femmes, va alors proposer un marché équitable aux paysans du coin : en échange de vivres, les malades valides viendront donner un coup de main au travail de la ferme où les bras manquent cruellement depuis la mobilisation générale…. « Les oubliés de Prémontré » expose des faits véridiques que les auteurs ont puisé entre autres, dans le témoignage écrit de la fille d’André Letombe. La fiction, autour de Clément, fait le reste… Mais on retient surtout le courage et la détermination de cet homme (et de ceux qui sont restés près de lui pour sauver ce qui pouvait encore l’être) face à cet épisode dramatique de la première guerre mondiale. Plus de la moitié des « fous » de Prémontré, oubliés de tous et surtout des institutions, ont péri lors de cet hiver 1914/1915 et, sans l’intervention de Letombe, nul doute qu’il n’y aurait eu aucun survivant… Si le texte s’inspire largement de la réalité, le dessin s’ancre également au plus prêt de la vérité avec un réalisme qui nous immerge totalement dans le décor d’une époque et dans la psychologie des différents protagonistes, dans cette BD où résistance, abnégation et valeurs humaines sont mis en lumière, comme on rend hommage à des justes bien trop souvent restés dans l’ombre… Un épisode édifiant et peu connu de ce qui aurait dû être la « der des der »… Passionnant.

Les oubliés de Prémontré de Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek, Futuropolis, 2018 / 21€

 

 

 

Cécile est en vacances avec son père et Elsa, la jeune maîtresse de ce dernier, dans une luxueuse villa du Sud de la France. La mère de Cécile est décédée et la jeune fille entretient avec son père une relation fusionnelle : elle a 17 ans, vient de rater son bac et affiche la morgue et l’insouciance d’une adolescente trop gâtée et adulée par son père. Cécile s’accommode de la présence d’Elsa qui ne représente pas un réel danger pour elle : une femme qui passe comme tant d’autres entre les bras de son séducteur de père ! Mais quand arrive Anne, la meilleure amie de sa mère, une femme élégante qui dégage une classe folle autant qu’un austère sens des convenances, le trio se fissure… Voyant son père tomber sous le charme de cette femme, Cécile met en place un jeu cruel par crainte de voir sa liberté menacée et de perdre le monopole de l’amour de son père… Un jeu qui mène tout droit au drame… Mettre en images un texte iconique, déjà repris au cinéma, sans tomber dans une énième resucée, est un exercice périlleux dont le résultat est rarement à la hauteur de nos espérances… C’est donc avec un peu d’appréhension et de méfiance que j’ai ouvert cette version dessinée du roman éponyme de Sagan. Après lecture, je dois dire que je suis restée bluffée par la qualité et l’intelligence du travail de Frédéric Rébéna et au « coup de jeune » qu’il a apporté à cette œuvre, il faut bien le dire, aujourd’hui un peu surannée (je l’ai relu il y a peu et j’avoue m’être un peu ennuyée, sans retrouver le charme qu’il avait laissé dans mon souvenir, il y a fort, fort longtemps…). Il a su retranscrire à la perfection les odeurs, la chaleur, l’ambiance des années 50 et les tensions de ce drame shakespearien : l’ennui distingué de cette bourgeoisie oisive et capricieuse se ressent dans la subtilité et la délicatesse du dessin, d’une esthétique irréprochable, qui nous fait pénétrer dans ce huis-clos intime où tous les sentiments (surtout les pires) sont exacerbés. Sans faire de zèle et en lui amenant un supplément d’âme avec une « touche » et une vision toute personnelle, Frédéric Rébéna a relevé le challenge avec succès. Pari réussi !

Bonjour tristesse de Frédéric Rébéna (d’après le roman de Françoise Sagan), Rue de Sèvres, 2018 / 18€

 

 

 

Les petits personnages humanoïdes aux traits malhabiles et enfantins de Pierre Charentus, avec leur slip ras la raie (vue direct sur le sourire du plombier !), vont vous combler de bonheur si vous êtes amateur d’humour absurde ! Prénommés Miranda, John Boris, la Brioche, Lubère ou Marvin, ces drôles de bestioles mi hommes mi bêtes s’entretiennent des aléas du quotidien dans des dialogues de sourds aussi loufoques que décalés ! Questions existentielles et gags totalement perchés se succèdent, décryptant notre société avec un sens  du « non sense » britannique… version franchouillarde ! Et c’est jouissif de bout en bout avec quelques délectables envolées existentielles, dignes de brèves de comptoir, dont il émane un irrésistible parfum de poésie surréaliste ! Difficile d’en dire plus, tant le dessin est lié au texte ! Allez, je vous livre le dialogue entre un boucher (Martinel) et son client (Bébert) qui m’a particulièrement fait marrer : « Salut Martinel ! / Salut Bébert ! / Je peux te poser une question un peu délicate ? / Je t’écoute !  / Est-ce que tu vends du pâté végétal ? / J’ai une gueule de jardinier ? / Je ne peux plus manger de cochon… / C’est la maladie du siècle… / Les cochons me parlent en rêve…  / T’as déjà goûté la tête de cheval ? / Tu sais où ça s’achète toi le pâté végétal ? / Si c’est du végétal, c’est pas du pâté, c’est du compost ! » J’adoooore !!!!

C’est une pastèque ? Non, c’est un chien de Pierre Charentus, Margot, 2018 / 12,90€

 

 

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on aurait pas parié une cacahuète sur la longévité de Metallica ! Et pourtant… Ces monstres sacrés du Trash Metal ont fait (et continuent de faire !) une carrière ponctuée de tournées internationales « monstres » depuis maintenant près de quarante ans ! Jamais le célèbre « sex, drugs and Rock’n’roll » n’aura pourtant autant été illustré que par ces lascars indestructibles et sulfureux : alcool, came, tensions internes, décès tragique et accidentel… Malgré tous les excès, (presque) rien n’a pu avoir raison d’eux ! Ce roman graphique qui retrace la vie de ce groupe  mythique sans en faire l’apologie, nous expose les menus détails d’une histoire qui a bouleversé codes et conventions, dès 1981… Quant aux illustrations de Brian Williamson, dans un noir et blanc intense et sans concession, ils apportent un réalisme quasi photographique  à cette aventure humaine et artistique faite de gloire et de tragédie. A lire en écoutant à fond les tubes de ces desperados… Forcément !

Metallica par Jim McCarthy et Brian Williamson, EPA, 2018 / 16,90€

 

 

Christine Le Garrec

 

 

 

 

 

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