Arts et essais ! N°40

L’art se déploie sous toutes ses formes dans cette première rubrique de l’année où vous trouverez des ouvrages de street art urbain ou en pleine nature, des monographies de peintres (Paula Rego, Chagall, Hokusai), une biographie d’Yves Saint-Laurent et le carré Hermès en volume et en beauté dans un superbe livre pop-up. La photographie n’est pas en reste avec un ouvrage sur la lutte pour les droits civiques aux USA et un catalogue d’exposition sur Doisneau et la musique ! Je vous propose également un « elféméride » des saisons, une improbable histoire des chants de Noël, de replonger dans les archives du cinéma avec un bon club sandwich et de vous remémorer les slogans cultes de la pub. Pour terminer, hommes et femmes politiques prennent du poil de la bête et montrent les dents sous le crayon aiguisé de Morchoisne et Festjens ! Bonne lectures à toutes et à tous !

Wasteland : terrain vague, friche… et vaste terrain de jeux privilégié des artistes de street art, inspirés par la beauté de ces lieux abandonnés où la nature reprend ses droits, espaces idéaux pour travailler en prenant tout son temps, sans risque d’être dérangé pour expérimenter à loisir de nouvelles techniques. Dans ces atmosphères intenses et poétiques, chargées d’histoire et ravagées de rouille et de fissures, l’artiste réinvente de la beauté, chaque support étant en lui-même une œuvre d’art où il intègre son propre univers… Jonk, grand voyageur issu du street art, a sillonné le monde pour immortaliser ces œuvres éphémères, réalistes ou abstraites, réalisées par une trentaine d’artistes issus de la scène du street art et du graffiti. Dans cet abécédaire qui en déploie autant la diversité géographique que les techniques utilisées, un texte introductif présente chaque artiste et sa relation aux lieux où il a travaillé, accompagné de nombreuses et magnifiques photographies de ses œuvres, captées par l’œil esthète et averti de Jonk. Quelle richesse… Usines désaffectées, bâtiments abandonnés dans des no man’s land mystérieux ou manoirs et châteaux qui laissent entrevoir leur faste passé reprennent vie sous de multiples formes, malicieuses ou anxiogènes selon ce qu’elles inspirent à ces magiciens de la bombe, du papier collé ou du pochoir. Lettrages en couleurs et volumes de Caligr et Djalouz qui semblent s’échapper des murs, regards et visages d’Ecloz qui paraissent épier ceux qui les contemplent, insectes géants d’Itvan Kebadian, personnages inquiétants à la Stephen King de Logick, portraits géants de Mouarf, lolitas sexy de Nineta, motifs géométriques colorés d’Opera, univers glacé et apocalyptique de Plotbot Ken, anges décharnés d’Ale Senso, squelettes de Vegan Flava, messages politiques et slogans de Zoo Project, petit bonhomme espiègle de Jace, et tant d’autres encore… Les créateurs de ces merveilles nous éblouissent et nous épatent par leur imagination et leur savoir-faire dans ce superbe ouvrage qu’on ne se lasse pas de feuilleter ! Endroits inanimés, avez-vous donc une âme ? Certes oui, et ces magnifiques artistes nous en dévoilent toute la substantifique moelle !

Wastelands : l’art en friches par Jonk, Alternatives, 2018 / 30€

Selon Sénèque, « tout art est une imitation de la nature ». Celle-ci fut de tout temps LA source d’inspiration de tous les artistes quelle que soit la forme d’expression choisie. Ce superbe ouvrage nous présente vingt-cinq artistes internationaux dont les œuvres poétiques, humoristiques ou politiques témoignent pour la plupart d’un fort engagement écologique, dans une démarche qui s’inscrit dans la lignée du Land Art. Leur point commun ? La nature utilisée comme toile de leurs créations qui sont par essence éphémères : un acte « gratuit » pour la beauté du geste dont les traces s’effacent avec le temps… Peintres, street artistes, photographes, plasticiens et performers, confrontés à l’espace naturel (y compris en milieu urbain) déploient à travers leurs œuvres des messages militants et responsables dans un souci d’esthétisme qui ne peut qu’interpeller ceux qui les contemplent. En quatre chapitres (« Quand l’art urbain se met au vert », « Un univers onirique », « L’éveil écologique » , « Photographies de l’irréel ») et un entretien de James Crump, historien de l’art et réalisateur du film documentaire « Troublemakers, the story of Land Art », Linda Mestaoui a exploré en profondeur les univers de ces artistes, présentant pour chacun les motivations qui les ont amené à se tourner vers cette forme d’art éphémère, accompagné, bien entendu, des photographies de leurs œuvres réalisées à travers le monde. Œuvres XXL des fabuleux Ella et Pitr ou de Saype, statues fleuries de Geoffroy Mottart, « guérilla florale » de Lewis Miller, empreintes de sable de LX One, émouvante mémoire des lieux de Gonzalo Borondo, incroyables jeux de lumières de Philippe Echaroux, personnages oniriques de Kim Simonsson, jeux de miroirs de Shirin Abedinirad, mises en scène poétiques de Scarlett Hooft Graafland… Cet ouvrage nous offre un fabuleux panorama de la créativité de ces artistes qui mettent en lumière l’inépuisable beauté de la nature, qu’ils nous dévoilent avec force et émotion à travers des œuvres sensibles… d’une beauté à couper le souffle. Epoustouflant…

Green art : la nature, milieu et matière de création par Linda Mestaoui, Alternatives, 2018 / 35€

Ce superbe ouvrage, catalogue de l’exposition qui a eu lieu au musée de l’Orangerie l’automne dernier (clôturée le 14 Janvier), est la première monographie éditée en France sur Paula Rego, artiste portugaise fascinée par les arts visuels et la littérature. Les tableaux de cette artiste singulière nous racontent des histoires, directement inspirées par les contes dont elle met en lumière l’étrangeté, les ambiguïtés et la cruauté, par ses propres expériences de vie, par les œuvres de ses artistes de prédilection ou par ses lectures : une œuvre autant figurative que littéraire, déconcertante et fascinante, qui s’inscrit dans une dimension politique et féministe. Non conformiste et avec l’ambition assumée de sans cesse se renouveler, Paula Rego nous offre à travers ses peintures, gravures, eaux fortes et objets, un univers théâtralisé, parfois anxiogène, où l’homme et l’animal sont entremêlés, un univers qui dégage une force incroyable qui peut mettre le spectateur mal à l’aise face à ses propres angoisses. Ce catalogue qui nous propose l’analyse de son oeuvre par des conservateurs, conférenciers ou historiens de l’art, abondamment illustré, nous offre toute la palette de son talent à travers 150 reproductions de ses œuvres qu’elles soient faites de papier mâché (réalisées pour certaines avec son gendre, le génial Ron Mueck), ou de pastels (sa technique de prédilection) où la fiction et le fantastique se mêlent au réel. Ponctué d’œuvres de Bosch, Degas, Courbet, Goya, Doré et de bien d’autres qui ont été ses  sources d’inspiration, cet ouvrage nous dévoile les œuvres emblématiques (Pinocchio, Fantasia, Jane Eyre, Peter Pan, Alice au pays des merveilles…) de cette artiste dérangeante qui transmet sa vision de l’enfance dans chacune de ses œuvres, de manière parfois glaçante… Et forcément cruelle. Comme l’affirme fort justement dans la préface le président de la république portugaise « Les histoires de Paula Rego sont ici pour nous inquiéter ». Une artiste que je vous invite vivement à découvrir à travers cet ouvrage si, comme moi, vous n’avez pas eu la chance de visiter l’exposition qui lui a été consacrée !

Les contes cruels de Paula Rego (collectif), Flammarion, 2018 / 39€

Ce catalogue de l’exposition en cours à l’hôtel de Caumont à Aix en Provence jusqu’au 24 Mars prochain, nous offre l’occasion de découvrir une facette inédite de Chagall, maître incontestable et incontesté de la couleur. Dans la seconde phase de sa carrière, installé dans le sud de la France, celui-ci s’est consacré à la sculpture et à la céramique et, grâce aux techniques des arts du feu, il a perfectionné et renouvelé son art de la couleur : lavis, plâtres, bronzes, céramiques et collages nous révèlent tout son attrait et son sens inné de la couleur qu’il doit à une expérimentation audacieuse des propriétés lumineuses et graphiques du noir et blanc. Ce magnifique ouvrage, illustré de plus de 200 de ses œuvres, nous dévoile sa maîtrise des différentes techniques utilisées et l’importance du dialogue entre la couleur et le noir et blanc qui apporte un nouvel éclairage à son œuvre. En dix chapitres, celle-ci est analysée par de nombreux spécialistes qui ont exploré l’influence de ses années passées en Russie qui ont autant façonné l’homme que l’artiste, en France où il travaillera sur la lumière révélée par les paysages, aux USA où il s’est exilé, révélant le parcours artistique de cet artiste cosmopolite. Une large place est laissée aux illustrations réalisées par Chagall sur les contes de Boccace ou sur ses tableaux inspirés par la Bible qu’il estimait être «la plus grande source de poésie de tous les temps ». Agrémenté d’une biographie avec de nombreuses photographies personnelles de l’artiste, cet ouvrage passionnant sur tous les points est un véritable enchantement qui nous plonge dans l’œuvre foisonnante et poétique de cet artiste inclassable. Superbe !

Chagall : du noir et blanc à la couleur (collectif), Hazan, 2018 /29€

Peintures, dessins, gravures, livres illustrés : Hokusai (1760 / 1849) nous a laissé une œuvre monumentale. Ce « fou de dessin », virtuose de tous les styles et de toutes les techniques, a inspiré le mouvement des impressionnistes mais aussi tous les milieux artistiques en Occident (musiciens, couturiers, joaillers…), le Japon ne reconnaissant son talent que plus tardivement. Peintre du quotidien mais aussi du fantastique, cet observateur du monde en quête d’absolue perfection a mené une vie d’errance dans la plus totale pauvreté : il fut un homme libre et sa liberté et son génie furent toute sa fortune. Ce petit ouvrage, richement illustré de reproductions de ses œuvres, nous propose de découvrir, en quinze questions, l’univers de ce créateur hors du commun. Artisan ou créateur de génie ? Maître de l’estampe ? Auteur ou illustrateur (il publia plus de 250 livres !) ? Est-il l’inventeur des mangas ? Et quel est son vrai nom parmi la multitude qu’il s’était donné ? Autant de questions où vous trouverez une réponse argumentée pour mieux faire connaissance avec l’incroyable auteur de « La grande vague de Kanagawa » ou des « 36 vues du mont-Fuji », pour ne citer que ses œuvres les plus célèbres ! En fin d’ouvrage, une chronologie et une bibliographie sont proposées aux curieux qui veulent en savoir plus à son sujet. Cette chouette collection, ludique et vulgarisatrice, vous propose également de découvrir André Derain, Walker Evans, Claude Monet, Frantisek Kupka (chroniqué ici !) et Pablo Picasso, pour un prix tout doux !

Hokusai en 15 questions par Nelly Delay et Dominique Ruspoli, Hazan, 2018 / 15,95€

En coédition avec la célèbre maison Hermès qui a choisi pour 2018 le thème ludique de « A vous de jouer ! », Actes Sud nous propose ce magnifique album composé de douze pop-up inspirés des dessins ornant les célèbres carrés de soie. Pour chacun d’entre eux, Stéphane Foenkinos explore la richesse narrative de leurs illustrations, mettant en lumière leur fantaisie et leur sens du détail à travers de courts textes vagabonds empreints d’humour et de poésie. En ouvrant ce petit livre magique et précieux, le carré Hermès prend vie et volume, il se déploie naturellement, nous dévoilant un zèbre ailé, digne descendant de Pégase, des calanques incrustées de coquillages et crustacés, des scènes de western, des panthères amoureuses, des labyrinthes colorés ou des néons festifs… Certains ne demandent qu’à révéler, en actionnant une tirette, un envers du décor somptueux, une roue en mouvement nous invite au jeu de la roue de la fortune… Hermès, dieu des voyageurs, des orateurs et des voleurs, nous embarque à travers cet album esthétique et malin pour un voyage au pays des rêves, coloré et joyeux ! Classieux !

Hermès Pop-up (textes de Stéphane Foenkinos), Actes Sud, 2018 / 29€

Yves Saint-Laurent était un personnage complexe, entre ombre et lumière. Ombres de ses excès et de ses démons qui terrassaient cet écorché vif solitaire et tourmenté, amoureux de la beauté qu’il révélait en magicien par un sens de l’esthétisme exacerbé. Fort et fragile, ce timide introverti a élevé le vêtement au rang d’œuvre d’art et révolutionné le monde de la Haute-couture. Il en est très certainement le dernier monstre sacré… A travers cette exhaustive biographie, Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache retracent le destin incroyable de ce styliste de haut vol, de sa naissance à Oran en 1936 à sa mort en Juin 2008. Un parcours personnel chaotique parsemé d’épisodes dépressifs et d’addictions à l’alcool et à la cocaïne qui n’a pas freiné la carrière professionnelle brillante et exemplaire faite d’audace et de talent, que nous connaissons tous : troisième prix de dessin de mode à 17 ans, il part pour Paris où il fait ses classes dans une école de coupe avant d’intégrer la prestigieuse maison Dior où il fait une ascension aussi fulgurante que remarquée, avant de fonder sa propre maison. Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache ont exploré dans cet ouvrage tous les méandres de sa vie, qu’elle soit amoureuse ou artistique, nous délivrant en seconde partie son « vestiaire » emblématique, les muses qui l’ont inspiré ou les lieux où il aimait se ressourcer. Complet et agrémenté d’un cahier de photographies, cet ouvrage passionnant comblera sans nul doute les admirateurs de ce créateur de génie !

Yves Saint-Laurent : le soleil et les ombres par Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache, Bartillat, 2018 / 25€

Ce catalogue de l’exposition qui a eu lieu au pavillon populaire de Montpellier (clôturée le 6 Janvier) au cours du cycle « Photographie et Histoire », retrace en images les luttes pour les droits civiques des noirs américains dans le sud des États-Unis au cours de la décennie 60 / 70. Composé de photographies, pour la plupart inédites (prises par des photojournalistes et des photographes amateurs ou célèbres), cet ouvrage dépeint, dans un récit visuel saisissant et violent, les courageux sacrifices consentis par un peuple opprimé dans une Amérique largement favorable aux lois ségrégationnistes, pour que soit accordée et garantie à la population noire américaine l’égalité des droits. Chronologiquement, de 1961 à 1968, les grands évènements liés à ce combat sont décryptés, images à l’appui, en autant de témoignages  pour « faire obstacle à l’oubli », dans un souci de devoir de mémoire : « Freedom riders » (voyages de la liberté) au cours desquels des activistes blancs et noirs sillonnaient le Sud pour promouvoir la déségrégation des transports, agressions incroyablement violentes des membres du Klu Klux Klan (lynchages, incendies, meurtres…), émeutes à l’entrée de James Meredith à l’université du Mississipi (premier noir américain autorisé à y suivre les cours) qui ont donné lieu à des émeutes sur le campus (deux morts dont un journaliste français de l’AFP, 300 blessés…), grandes marches pour promouvoir les droits civiques et économiques des afro-américains (marche sur Washington, marche de Selma, marche de James Meredith contre la peur, marche des pauvres (« Mule train ») en chariots tirés par des ânes), grèves et grands rassemblements, menés (entre autres) par Martin Luther King, assassiné en 1968… Les photos parlent d’elles-mêmes et on y lit la détresse et la détermination d’un peuple qui voulait juste voter, étudier et travailler sur un pied d’égalité avec les blancs, droits légitimes qu’ils ont obtenu après avoir versé beaucoup trop de sang… Un ouvrage essentiel à mettre entre toutes les mains, qu’elles soient noires ou blanches, pour ne pas oublier que nous sommes tous du même sang…

I am a man : photographies et luttes pour les droits civiques dans le sud des États-Unis, 1960-1970 par William Ferris, Hazan, 2018 / 29€

La carrière de Doisneau fut ponctuée de rencontres musicales qui ont inspiré son œil d’artiste : s’il a dans un premier temps immortalisé bals populaires, fanfares et artistes de rue, il a ensuite travaillé sur commande pour des magazines (Vogue, Actuel…), investissant cabarets, boîtes de jazz et studios. Ce magnifique catalogue de l’exposition en cours à la Philharmonie de Paris jusqu’au 28 Avril prochain, nous dévoile l’étendue du talent de Doisneau en 200 photographies sélectionnées sur le thème de la musique, puisées dans ses archives par sa petite fille, Clémentine Deroudille, qui nous offre une longue et émouvante préface où elle retrace les grandes lignes de l’immense carrière de son grand-père (accompagnée de photographies familiales et personnelles). En six grands chapitres « la rue », « la chanson », « studios », « jazz », « Maurice Baquet » et « années 80 / 90 »), on peut ensuite admirer le travail fabuleux de ce photographe humaniste qui a su capter l’essence des célébrités et des anonymes qu’il photographiait avec une belle humilité, au naturel, presque à leur insu, tant l’animal savait s’y prendre pour rendre « vivants » ses clichés ! Bars enfumés, trottoirs en fête les jours de bals, chanteurs et musiciens de cours d’immeubles précèdent ainsi les plus grands noms de la chanson française qu’il a photographié avec tendresse (Juliette Gréco, Mouloudji, Philippe Clay, les Frères Jacques, Fréhel, Barbara, Brassens, Aznavour, Prévert…). On pénètre ensuite dans les studios d’enregistrement où Pierre Schaeffer, Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Pierre Boulez, Maria Callas, Francis Poulenc ont « posé » pour lui et pour la postérité…) faisant un petit détour dans les ateliers où se fabriquaient les clarinettes ou l’orgue de cristal de Baschet et Lasry… On plonge ensuite avec délectation dans les caves de Saint-Germain des Prés où Doisneau a pour l’éternité fixé sur pellicule les grands noms du jazz de l’époque ( Fat Edwards, Inez Cavanaugh, Lee Collins, Bill Coleman, Boris Vian, Le Hot Club de France, Django Reinhardt…). Un long chapitre est ensuite consacré à sa collaboration avec son ami Maurice Baquet avec qui il a fait les 400 coups, le mettant en scène dans des situations délirantes et décalées (un régal !). Enfin, sur la fin de sa carrière, il a consacré son temps et son regard bienveillant à la nouvelle génération (et parfois réalisé les photographies de leurs pochettes de disques) comme les Rita Mitsouko, les Nonne Troppo, Les Négresses Vertes, Renaud, Higelin, Thomas Fersen, et tant d’autres encore… Avec ce bel album, on fait un voyage dans le temps, traversant les décennies sous l’œil modeste et malicieux de cet incroyable photographe qui savait déceler la beauté partout où elle était… Un ouvrage incontournable à contempler en fredonnant les airs d’hier et d’aujourd’hui avec émotion et nostalgie…

Doisneau et la musique par Clémentine Deroudille, Flammarion, 2018 / 29,90€

Nos anciens savaient écouter la nature qui a tant de choses à nous révéler, mais jadis, celle-ci était plus bavarde, plus foisonnante et moins meurtrie par la folie des hommes qui la détruisent sans prendre le temps de la contempler et de réfléchir à ses bienfaits… Dans une écriture poétique, imagée et non dénuée d’humour, cet elféméride « avec le L de l’elfe et le F de fée », délicieusement illustré d’une imagerie féérique peuplée de lutins et de farfadets, nous invite, au fil des mois et des saisons, à (re)découvrir la faune et la flore de nos contrées, les contes de la lune et des jours perdus, les secrets des arbres, des haies et des buissons, où se cachent, pour des regards non avertis, nymphes et esprits facétieux et bienveillants. Prenons par exemple le mois de Janvier : vous y trouverez un « petit légendaire » peuplé de fantômes du nouvel an, du bonhomme Darin (le vilain porteur de grippe) ou encore de la Befana, sorte de mère Noëlle italienne… Un petit tour vers « le reposoir des saints » ? L’âne de St Vincent, fêté le 22 Janvier, en broutant la vigne sauvage aurait appris au vigneron à la tailler et à la rendre prospère, quand St Antoine, fêté le 17, remplit caves et tonneaux ! Faites ensuite connaissance avec le père Janvier, cultivez les jacinthes qui portent bonheur et chassent les coups de déprime, bénissez la pluie qui fait pousser les cheveux et les menhirs et rend les mariages heureux, et découvrez l’origine des rituels des vœux du nouvel an et de l’épiphanie. Février approche, pensez à faire pousser dans votre jardin le « cornefidol » et le « tortou » ! Un album aussi beau qu’enchanteur, à lire en chuchotant, en famille, à la veillée, le soir au coin du feu ! Rites et croyances sont intemporels… Il suffit de les évoquer pour se les réapproprier !

L’elféméride : le grand légendaire des saisons de Pierre Dubois, René Hausman et Xavier Hussön, Hoëbeke, 2018 / 29€

« Let it snow », « White Christmas », « Jingle bells » et autres chants de Noël envahissent les bacs des disquaires, les soirées de réveillon en famille et même les allées de supermarché, comme un puissant « marronnier » qui revient tous les ans à date fixe. Magiques pour certains, horripilants pour d’autres, ces chants qui font fureur dans les pays anglo-saxons ont envahi petit à petit les ondes européennes pour devenir aujourd’hui incontournables, en musique de fond sous les sapins enguirlandés, pour faire entièrement partie du décor sonore de nos fêtes de fin d’année. Pétris de bons sentiments et gluants telle la guimauve, les chants de Noël nous offrent cependant quelques pépites inattendues, en parodies et textes trash, qui soulignent la totale hypocrisie des libations annuelles autour du foie gras et de la malheureuse dinde aux marrons. Il faut dire que le répertoire de Noël est un genre musical à part entière d’une incroyable diversité qui a engendré des centaines de reprises par des musiciens de tous bords, de la musique sacrée au funk, reggae, rock, punk, heavy Metal et même du rap ! Et oui ! En dehors des standards américains bien connus interprétés par Bing Crosby, Dean Martin ou Sinatra, quelques énergumènes énervés ont délicieusement et électriquement donné « leur » version des « Christmas songs » ! C’est ce que nous explique de manière furieusement détaillée Steven Jezo-Vannier dans cet ouvrage où il retrace dans ses grandes lignes l’histoire des chants de Noël, des plus « kitsch »  au plus politiquement incorrects, décortiquant en prime une centaine de titres allant de Judy Garland, des Petits chanteurs à la croix de bois, des Beatles et des Stones, en passant par Bowie, Prince, les Pogues, les Ramones ou Alice Cooper. Les « frenchies » ne sont pas oubliés… Ah ! Le « Petit papa Noël » de Tino Rossi, « La fille du père Noël » de Dutronc, « Le père Noël noir » de Renaud ou le « Petit papa Noël » de Trust ! Qui ne les a jamais fredonnés ? Steven a rempli sa hotte du pire mais aussi du meilleur et du plus inattendu du genre, pour le plus grand plaisir de nos oreilles ! A vos platines !

Jingle Bells : l’improbable histoire des chansons de Noël de Steven Jezo-Vannier, Le Mot et le Reste, 2018 / 20€

Les auteurs de larrièrecuisine.com (qui ont pour slogan « Vous perdez beaucoup de temps à lire des conneries sur Internet. Alors, pourquoi pas les nôtres ? ») et de Boucherie Ovalie (site pour les passionnés de rugby qui ne se la pètent pas) ont conjugué leurs talents pour nous transmettre le plaisir du cinéma en décryptant avec un humour irrévérencieux (et férocement drôle) leurs films fétiches qui oscillent entre « nanars », grosses productions, classiques et série Z. En entrée en matière, une double page sur la « grande histoire du cinéma » qui démarre sur la naissance de « Petit pied », 154 millions d’années avant JC, et qui se termine par une critique positive des cahiers du cinéma à propos d’un film de Fabien Onteniente… On vous invite ensuite à une délirante déclinaison des différents genres du cinéma : les films pop-corn (super héros, films de Luc Besson…), les films qui font souffler du nez (films bite-couilles-nichons, les comédies qui veulent faire réfléchir…), les films avec des flingues et des imperméables (des chapeaux en feutre mou, des costards trois pièces, des avocats qui ne dormiront pas tant qu’ils n’auront pas résolu cette sale affaire…), les films qui se regardent avec les mains devant les yeux (avec un mec chelou qui tue tout le monde, des monstres géants bien vénères…) les films avec des machines qui font piou piou (avec des vaisseaux spatiaux, où on voit que c’est un mec caché derrière le décor qui fait piou piou…), les films beaux mais chiants (ceux de la Nouvelle Vague, les films avec des problèmes de la vraie vie des vrais gens…), les films qu’Eddy Mitchell possède en DVD (westerns avec John Wayne, films avec Eddy Mitchell ou Johnny Hallyday…), les films avec des muscles saillants et de la transpiration (où on transpire des poings, en mini short moulant…), les films avec des dessins qui bougent (Disney, Pixar et les autres qui tentent de vivre au milieu…). Le ton est lancé ! Et ce n’est que le début… Entre les 115 fiches de films que ces talentueux zozos nous présentent par ordre alphabétique (vous trouverez pour chacun synopsis, points forts et points faibles, dans quelles conditions voir le film…), se glissent d’espatrouillantes rubriques totalement décalées et carrément jouissives : salles de démontage (les films résumés à partir de leur titre, mots croisés, biographies interdites, critiques masturbatoires, quiz, tests, cadavres exquis, les films auxquels vous avez échappé…), des duels barjos (« The raid » versus « Raid dingue », « Les 7 samouraïs » versus « Les 7 mercenaires »…), des tutos irrésistibles (survivre à une discussion avec des non cinéphiles, les différents types de relous au cinéma…), un jeu de l’oie, un récapitulatif sur les différents métiers du cinéma et des gros plans sur les sagas cultes (« Harry Potter », « Indiana Jones », « Le seigneur des anneaux », « Rocky », « Star Wars »). Adoubé par OSS Jean Dujardin, ce livre totalement barré fera le bonheur de vos zygomatiques ! Attention, danger ! Ne pas lire la bouche pleine de pop corn… Au risque très sérieux de s’étrangler de rire  !!!

Ciné club sandwich : le livre avec des films dedans, Marabout, 2018 / 29,90€

Humoristiques et ingénieux, certains slogans publicitaires « choc » ont marqué les esprits à tel point qu’ils sont entrés dans le langage courant : ils sont devenus indissociables des marques qu’ils plébiscitaient bien longtemps après la diffusion des premiers spots publicitaires sur les écrans, accompagnés de mélodies que l’on fredonne encore (Ah ! «  La belle des champs », le « Buvez, éliminez » et la pub pour « Banga » de Gotainer, ou la fameuse petite musique pour les collants « Dim » inspirée de Lalo Schifrin !). Denis Chauchat, concepteur-rédacteur publicitaire depuis 40 ans (auteur du célèbre « Heureusement, il y a Findus« ), a décortiqué pour nous les dessous de ces phrases devenues cultes qu’il a agrémenté d’anecdotes et de détails surprenants sur leur conception avec un humour très accrocheur, dans cet album rigolo et nostalgique illustré des dessins très « pub » de Robbert, inspirés des grandes marques. En huit chapitres, il nous dévoile des décennies de slogans et de phrases cultes, par catégories de produits (Avec ou sans alcool, Salé et sucré, bonne route, bons voyages et bonnes vacances, Bien accompagné, bien conseillé, bien assuré, A la mode et en beauté, Partout, à bonne enseigne, Bien avec soi, bien chez soi, Chacun son avis, chacun ses goûts). « L’ami du petit déjeuner », « Quand y en a marre y a Malabar », « Va donc chez Speedy », « Zéro tracas, zéro blabla », « L’Oréal, parce que je le vaux bien », « Choisissez bien, choisissez But », « Synthol, ça fait du bien où ça fait mal »… Vous ne pouvez avoir oublié ces slogans qui ont bercé votre enfance ! Vous les redécouvrirez avec un immense plaisir dans cet album à lire le sourire aux lèvres, des petites musiques plein la tête !

Les bons mots de la pub : ces slogans devenus cultes par Denis Chauchat (illustré par Robbert), Hoëbeke, 2018 / 19,95€

Pour entrer en politique, il faut avoir les dents longues. C’est préférable si on veut durer dans la meute des « politichiens ». Il faut aussi savoir caresser dans le sens du poil, ne pas hésiter à faire de la lèche, faire le beau et savoir aboyer avec les loups, grogner et montrer les dents, pleurnicher pour apitoyer de potentiels électeurs. La tentation a été trop grande pour Morchoisne et Festjens de « croquer » ceux qui nous gouvernent en France et ailleurs, en recherchant sous leurs traits les caractères « canins » de leur physionomie ! Dans ce grand et bel album, ils n’ont pas loupé Macron en « toutou du Touquet », Édouard Philippe en « Rantanplan », Nicolas Sarkozy en « corniaud », Marine Le Pen en « dogue du Pas-de-Calais », Donald Trump en « bulldog américain » ou Vladimir Poutine en « chien-loup de Sibérie » (et bien d’autres encore !), chaque caricature étant accompagnée d’un texte humoristique dévoilant les caractéristique de l’animal à poil et de l’animal politique ! Au final, nous sommes tous d’accord pour constater que ces cabots qui nous gouvernent sont bien loin d’être aussi fidèles que nos compagnons à quatre pattes et qu’il faudrait peut-être songer à réduire leur ration de croquettes ! Bien vu et irrésistiblement drôle !!!

Ces cabots qui nous dirigent par Jean-Claude Morchoisne et Jean-Louis Festjens, L’Archipel, 2018 / 14,95€

Christine Le Garrec

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