Comme le déclarait notre cher Pemberton à nos confrères journalistes de The Wrap ‘J’ai passé beaucoup de temps à essayer de faire pleurer les gens’. Qu’à cela n’en tienne, Project Hail Mary est bien à la hauteur de la mission que le compositeur s’est affublée: une oeuvre sensible, puissante et révélatrice d’une faculté, non pas insoupçonnée, mais plutôt sous exploitée dans la filmographie du bonhomme. Des voix éthérées de ‘You were Loved (Burial)’, invoquant aussi bien le sens du sacrifice que l’humanité de Grace, aux cordes de ‘Life is Reason’, soulignant la grandeur de cette mission ‘Dernière Chance’, la virée spatiale des créateurs du Spider-Verse (on ne change pas une équipe qui gagne!) s’aventure sur des territoires ‘mélo-épiques’ qui contrebalancent une tonalité humoristique toute aussi bien jaugée. Verser dans le pathos peut comporter des pièges mais la musique n’apparaît jamais surchargée, toujours très subtile; peut-être parce qu’elle laisse suffisamment d’espace (pardonnez le jeu de mot facile) pour installer l’émotion à travers les différents climax du film (le sublime ‘Life is Reason’, le frénétique ‘Time Go Fishing ou le vigoureux ‘Amaze, Amaze, Amaze’), non pas grâce à des silences mais à son approche, finalement, assez minimaliste qui se charge de combler les nombreux interludes; de l’exploration spatiale (‘Last Man on Ship’, ‘Petrova Line’) à la ‘rencontre du troisième type’ (‘Entering the Tunel’, ‘Finding Rocky Voice’).
Mais rassurez-vous, avec toute la richesse qu’offre un tel projet, notre ami Pemberton ne se détourne pas de son extravagance habituelle, se livrant ainsi à de nouvelles expérimentations délirantes (il est allé jouer du Cristal Baschet à Paris, s’est amusé à enregistrer un robinet qui grince et a demandé à des écoliers d’utiliser leur corps comme percussions) pour rythmer les recherches scientifiques de Grace (‘Box in a Box’), apporter des textures spatiales (‘Centrifuge’), soutenir l’humour (‘The Message’, ‘Erratic Maneuver Detected’) ou renforcer la complicité entre Grace et Rocky (l’excellent ‘Amaze, Amaze, Amaze’, dans ses deux versions alternatives). Si l’émerveillement subsiste à chaque instant, c’est sûrement parce que sa musique capte l’âme du film avec une profondeur et une originalité toujours aussi saisissantes.
N’y allons pas par quatre chemins pour conclure: Project Hail Mary est à Pemberton ce qu’Interstellar est à Zimmer ou Gravity à Price. Quand on pense que Göransson a déjà remporté 3 Oscars, on se dit qu’il serait peut-être temps de sacrer le compositeur le plus audacieux de sa génération, vous ne pensez pas ?
David-Emmanuel – Le BOvore