Juke Box N°43

Après plusieurs balades en Absurdie (le pays de l’absurde) avec des groupes hauts en couleurs, je vous emmène visiter des contrées lointaines. Les nouveautés présentées dans ce Juke Box vous feront aussi voyager, mais dans d’autres domaines, que ce soit sous le ciel orageux des suédois de Cult of Luna avec leur post metal déchaîné, calme, enivrant et transcendant, ou bien dans un périple plus chaud, doux, dansant et exotique avec une petite rétrospective sur CloZee… Un voyage aux accents électroniques également avec les dernières pépites de chez Banzaï Lab et Gravitas Recordings sorties depuis déjà un petit moment, mais bon… Mieux vaut très tard que jamais !

Cult of Luna

Sortie le 20 Septembre

Il y a des groupes comme ça, sur lesquels on tombe par hasard et qui, en un morceau, vous transpercent le cœur, vous prennent aux tripes, et vous retournent de l’intérieur en vous emmenant à mille lieux de votre quotidien. C’est ce qui m’est arrivé en entendant pour la première fois Cult of Luna. Alors j’ai creusé, voulant savoir si il n’y avait que le premier morceau qui me faisait cet effet… et ce ne fut pas le cas.

Cult of Luna : ce nom ne vous est peut-être pas inconnu si vous avez lu mon report sur leur concert au Hellfest de cette année. Ce groupe c’est le calme avant la tempête, le calme dans l’œil du cyclone, la tempête et le cyclone eux-mêmes, c’est la sérénité et la paisibilité avant la rage qui explose. Des morceaux progressifs méticuleusement construits, qui durent et qui montent, montent, vous faisant retenir votre souffle avant d’arriver au climax, à l’explosion des sens et des émotions.



Après un album incroyable en collaboration avec l’enivrante Julie Christmas, le groupe suédois nous offre un retour en puissance comme il se doit. A Dawn to Fear, le nouvel album du groupe, dévoilé avec le titre The Silent Man, nous offre un nouveau voyage auditif et sensoriel qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs.


L’album commence donc avec The Silent Man. Une entrée en matière sauvage et efficace avec ce morceau qui nous porte directement vers l’énergie enragée que le groupe est capable de dégager. Un morceau excellent, parfaitement construit et idéal pour rentrer dans l’album, se faire happer dans l’univers sombre et mélancolique de Cult of Luna. Ce premier titre reflète assez bien à lui seul l’atmosphère qui se dégage de ce nouveau disque.

La voix puissante et écrasante de Johannes Persson est sublimé par les sons planants et enivrants des guitares, tandis que les batteries et percussions viennent y ajouter davantage de rage et d’énergie dans les moments intenses. Lorsque le calme revient, on reprend son souffle, on ferme les yeux et on se laisse transporter, comme poussé par les flots sur le rivage, vers le nouveau moment de rage enivrante. Un véritable ascenseur émotionnel.

Il est essentiel de découvrir un album de Cult of Luna dans l’ordre. Comme pour les précédents, la disposition des morceaux sur le disque n’est pas anodine et nous permet d’être vraiment happé et pris dans la spirale. Le second morceau, Lay Your Head to Rest, est plus lent, plus lourd, et vient abattre un calme, énervé après la déferlante du premier titre.


La descente continue avec le titre A Dawn to Fear, plus calme encore, plus lent, planant et sombre, qui s’achève sur une légère montée qui annonce la tempête qui va suivre.

Nightwalkers ramène une dose d’énergie enragée. Avec un riff lent et progressif, le groupe sonne la première charge avec l’arrivée sauvage de la batterie. Puis vint la voix de Persson qui annonce la seconde charge qui va suivre. Des percussions aux rythmes de chevaux lancés au galop accompagnés de riffs de guitares aigus viennent relancer l’ouragan jusqu’à l’apothéose. Ce morceau se démarque vraiment par l’utilisation des percussions qui donnent ce rythme de course effrénée bien particulier.

Tout ceci mène, à mes yeux, au point culminant de l’album, au morceau le plus enivrant, sûrement le plus beau morceau du groupe : Lights on the Hill. C’est 15 minutes de transe, 15 minutes enivrantes, 15 minutes qui vous amènent à mille lieux. 4 minutes d’introduction, douce, apaisante avant le début de l’apothéose avec ce riff de guitare qui prend tranquillement son envol, ces percussions qui ajoutent de la puissance, ce son légèrement saturé, distordu, indus, qui vous transporte encore plus haut et qui dégage une sorte de jolie mélancolie. En fermant les yeux on pourrait flotter sur les nuages, voir le soleil les percer ou bien voguer sur les flots. La voix de Johannes Persson vient donner le premier coup de grâce au bout de plus de 6 minutes, amenant un peu de tumulte à toute cette beauté sans pour autant la gâcher ou la chambouler, bien au contraire. L’instrumental devient moins fourni pendant ce court instant, avant de reprendre de plus belle, montant crescendo, dans un magnifique déluge de sonorités jusqu’au retour de la voix du chanteur qui vient souffler le calme sur la mélodie qui s’atténue, s’atténue…. avant de reprendre de plus belle pour un final grandiose et puissant. Le morceau s’achève dans un nouveau déluge accompagné par la voix de Persson, jusqu’à la dernière note, qui laisse place au calme et permet de reprendre son souffle et ses esprits.

Peut être un des morceaux les plus accessibles (le suivant aussi d’ailleurs) pour les néophytes et pour les personnes n’appréciant pas les screams sauvages.

Le morceau suivant, We Feel the End, offre un peu de « sérénité » à cet album. Un nouveau calme, avant la tempête qui reprend avec Inland Rain, un morceau puissant et splendide qui nous amène au final avec le dernier de l’album, The Fall.

Ce dernier morceau achève l’album avec brio. Un nouvel ascenseur émotionnel qui nous mène à un final digne de ce nom, dans lequel le groupe semble tout donner jusqu’à la dernière note qui apporte l’apaisement après ce fantastique chaos…

Un nouvel album, un nouveau voyage, car on peut vraiment parler de voyage lorsqu’on parle d’un album de Cult of Luna. Leur musique transporte, prend aux tripes, au cœur, et dégage une aura particulière, qui nous donne envie de toujours monter le volume plus fort au fil des morceaux. Aucun doute que les adeptes du groupe devraient être satisfaits de ce nouvel album. Au final ce nouveau disque rappelle par moment le très bon Somewhere Along The Highway. A Dawn To Fear semble en être la suite, plus évolué, avec de nouvelles recherches dans les sons.

Cult of Luna démarre prochainement sa tournée en Europe et en Scandinavie, malheureusement une seule date en France, à Paris, qui annonce complet (seul concert sold out de la tournée). Il n’y a plus qu’à espérer un nouveau passage dans l’Hexagone en 2020 pour voir ce que ce nouvel album vaut en live.

Cult of Luna : A Dawn to Fear / Metal Blade Records / CD : 16,90 €, Vinyle : 23,90 €

Jean du Voyage


On avait déjà pu apprécier l’album Rogue Monster de Al’Tarba et Senbeï, mais alors là, avec cet EP, Namaskar de Jean du Voyage, le voyage est garanti ! Encore une petite perle de chez Banzaï Lab!

Une fois l’EP lancé, il vous suffit de vous installer confortablement et de fermer les yeux. Jean du Voyage, accompagné de Soundara Rajan et Pierre Harmegnies, nous emporte avec lui sur des sonorités hindoues qui ont tous les atouts pour nous faire planer et surtout voyager.

C’est la grande force de cet EP : la puissance d’évasion des morceaux. Dès le premier titre, Revagupthi, on est transporté par le son des instruments à cordes et par toutes les petites subtilités sonores apaisantes qui habillent le fond. Arrivent alors des percussions qui viennent appuyer le tout, jusqu’à ce que le morceau accélère légèrement pour achever la transe qui vient de s’emparer de vous.

Si Revagupthi et son air hypnotisant est idéal pour l’intro, Exode est parfait pour poursuivre ce périple musical. Moins lent que son prédécesseur, Exode prend rapidement un rythme plus rapide dans lequel quelques sons électroniques et du scratch viennent donner une petite touche moderne.

Pour celles et ceux qui souhaitent davantage de dynamisme, le troisième morceau, Nakshathram, rythmé, dansant et transcendant, devrait les combler : le son des cordes du saraswathi veena, le beat et les effets électroniques, nous emmènent très loin et nous tiennent en haleine tout le long du morceau.

Le voyage s’achève avec Masala, un très beau morceau qui, s’y l’on ferme les yeux, pourrait nous emmener dans de grandes plaines désertiques, à dos de dromadaire, en quête d’un oasis. Charukesi vient apporter la touche finale, dans un calme reposant qui s’achèvera dans un très beau solo de saraswathi veena de Soundara Rajan.

Un voyage transcendant et apaisant, voilà ce que dégage cet excellent EP de Jean du Voyage. Parfaitement dosé, ni trop rapide, ni trop lent, plein de subtilité, chaque morceau a son petit effet. Le duo formé avec Soundara Rajan est d’une redoutable efficacité. Hâte de pouvoir découvrir tout ça en live.


Jean du Voyage : Namaskar / Banzaï Lab / Téléchargement : 5€ , Vinyle : 15€

Lil Fish

Encore un petit voyage? C’est possible avec cet EP du beatmaker Lil Fish. Mélange entre hip-hop, trip-hop, bass music et même d’influences de world music, la musique de Lil Fish offre un univers subtil et élégant.

Avec le titre Apologize, la couleur de l’EP est annoncée. Un beat hip-hop sur lequel des notes subtiles de divers instruments exotiques viennent se poser rejointes par des samples et autres effets électroniques.

Il y a presque un côté tribal qui se dégage de cet EP, notamment avec Theory, deuxième morceau, au son très électronique avec des effets de scratch qui donnent une belle dynamique au morceau. Les quelques samples qui viennent se perdre dans la mélodie et la touche de world music renforcent justement ce côté tribal. 

On retrouve même un featuring avec CloZee! The Lost Voices, la rencontre entre les deux univers. Une petite pépite, subtile, douce et dansante.


Si la douceur était de mise dans ce featuring il en est autrement pour le morceau suivant. L’excellent Burning Forest ramène des sons bass music sur le devant de la scène. C’est lourd, c’est prenant et rudement efficace. Un son qui fait mouche avec toutes ses petites subtilités dans les effets et les samples utilisés. Avec quelques passages plus calmes et orientés world music, Burning Forest touche toutes les sensibilités.

Mention spéciale au dernier titre, Origines, et son mélange de sonorités asiatiques se posant sur un beat efficace dans lequel vient se perdre le son d’une trompette qui ajoute une petite touche fort plaisante à l’ensemble.


Vous l’aurez compris, c’est une petite perle de chez Gravitas Recordings cet EP de Lil Fish. Les amateurs de musique électronique, de bass music et de world music devraient y trouver leur compte.

Lil Fish / Gravitas Recordings / Téléchargement sur Bandcamp à prix libre

CloZee

Vous n’avez pas eu votre dose d’évasion ? CloZee devrait pouvoir y remédier ! Cette artiste française (malheureusement pas assez mise en avant en France) propose une musique d’une rare subtilité et diversité. Une petite rétrospective s’impose. Ce nom vous dit quelque chose? On en avait parlé il y a longtemps dans le Juke Box N°14 pour la sortie de l’EP Harmony.

CloZee c’est 4 singles, 8 EP et 1 album aux couleurs et sonorités différentes, au sein d’un seul et même univers musical aux fortes tonalités orientales et asiatiques. Sans parler des nombreuses collaborations avec d’autres artistes.

La musique de CloZee c’est un voyage coloré à la fois doux et festif dans lequel se perdent une multitude de sons allant d’un beat classique aux samples, en passant par des instruments traditionnels et classiques comme le violon ou même de la guimbarde.

Avec un morceau comme Koto, issu du single du même nom,  on se sent pris dans la joyeuse frénésie d’une fête dans un village d’Asie, tandis qu’avec Evasion (de l’album du même nom)… et bien tout est dans le titre, on se sent flotter, léger.

Parlons en de cet album ! Evasion, d’une incroyable douceur, porte extrêmement bien son nom. Les morceaux sont tous méticuleusement construits, toujours bien dosés, avec de multiples samples de voix qui apportent cette petite touche particulière à l’univers de CloZee. L’électronique se mélange aux instruments classiques, voire même à des bruits de la nature. C’est un peu comme une longue ballade dans une magnifique forêt au début du printemps, avec les rayons du soleil qui traversent la cime des arbres. Mais Evasion ne se contente pas de nous bercer, non, bien au contraire, il transmet l’envie contagieuse de danser en se laissant emporter par les mélodies. En témoigne le titre Rain Dance, d’une incroyable et subtile beauté, pour lequel j’ai eu un vrai coup de cœur.


Danser, ça on peut sur les musiques de CloZee ! Pour ceux qui préfèrent les morceaux plus dynamiques et rythmés il y a de quoi faire dans la discographie de la jeune toulousaine. Ne serait ce qu’avec l’excellent EP Harmony. Dès le premier morceau, Secret Place, on est embarqué dans une spirale dansante qui se poursuit avec le très électronique Harmony. Des sons quasi métalliques appuyés par ces petits samples qu’on aime tant et de multiples effets qui nous offrent une belle expérience auditive. 


World music, glitch hop, bass music… tout y passe dans ce beau mélange musical. La discographie de CloZee, c’est une myriade d’univers en un. Comme si chaque album, chaque EP, expérimentait une sorte de thématique sonore tout en se rattachant au style bien propre à l’artiste. Avec ce côté doux, rythmé, exotique voire même cet aspect cinématographique, la musique de CloZee est unique et transporte dès les premières notes. Une expérience à découvrir sans tarder sur Soundcloud, Youtube et autres plateformes de streaming, et même en live ! Espérons qu’elle rencontrera en France le même succès qu’à l’international, car cette artiste le mérite amplement.

CloZee / Gravitas Recordings / Discographie complète sur Bandcamp

Alexandre Vergne

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