Papiers à bulles ! N°36

Avec humour et armés de solides arguments, Grégory Jarry et Otto T. nous expliquent de A à Z comment nous en sommes arrivés là… Et Paul Rey enfonce le clou avec son « Jardin d’hiver » apocalyptique ! Paolo Cattaneo nous embarque avec souffle au coeur d’un été brûlant sur les traces de cinq adolescents… Un déserteur canadien de la seconde guerre mondiale réfugié dans une maison hantée nous tient en haleine dans le somptueux roman graphique de Simon Leclerc et Thomas Desaulniers-Brousseau… Un Nicolas Poupon en pleine forme nous fait hurler de rire avec ses « Avenirs en solde »… Gaet’s et Julien Monier nous embarquent pour la seconde fois, pour notre plus grand plaisir, dans l’univers de leurs nettoyeurs de scènes de crimes… Richard Guérineau nous fait entrer avec brio dans la danse macabre de Jean Teulé… Et Aleksi Cavaillez donne vie à Ravel dans un imaginaire musical Flamboyant… Pour terminer, Méliane Marcaggi et Alice Chemama rivalisent de talent pour nous introduire dans l’intimité du grand Zola et Mikaël Ross, avec une belle sensibilité, nous présente un centre pour handicapés mentaux pas comme les autres… Bonnes lectures à toutes et à tous !

290 000 ans peinards au milieu des bois à cueillir des baies et à chasser du gibier pour se nourrir : ce mode de vie a tenu le coup grâce à la solidarité déployée par les humains pour survivre tous ensemble, en secourant, du moins on l’imagine, les plus faibles. Alors, pourquoi l’a-t-on abandonné ? Surtout pour adopter celui que nous menons depuis des siècles dans un mode de société du chacun pour soi dont la devise est marche ou crève ! Quand en plus, cette société et ces modes de vie ont engendré, et engendrent toujours, réchauffement climatique, déforestation et disparition des espèces… Qui menacent désormais à court terme notre existence sur la planète autrefois bleue ! Mais comment en est-on arrivés là ? Comment a t-on pu se laisser entuber pareillement, en passant de trois heures de « boulot » par jour à crapahuter dans la nature pour subvenir à nos besoins, pour arriver à bosser au moins trois fois plus pour d’autres personnes qui s’enrichissent sur notre dos ? Pour remplir nos caddies de produits toxiques, pour mater des écrans plats comme des demeurés, en pianotant sur le dernier I Phone ? Mais comment a-t-on pu être aussi crétins ? C’est ce que vous allez découvrir au fil de cette passionnante BD qui déroule pour nous l’histoire de l’humanité avec autant d’humour que de pertinence ! Grégory Jarry et Otto T. ne se sont pas lancés dans pareille aventure sans biscuits et ils se sont abondamment documentés (Pablo Servigne, Derrick Jensen, Chomsky, Lévi-Strauss…) avant de réaliser ce bijou d’intelligence, illustré des irrésistibles « bonhommes patate » d’Otto T…. Et la synthèse de leur travail est littéralement ébouriffante de clarté ! On ne peut s’empêcher à leur lecture de s’exclamer quasi à chaque page « Bon sang, mais c’est bien sûr », tant leurs déductions sont claires comme de l’eau de roche ! Le pitch de l’histoire ? Imaginez un monde où il n’y a plus rien. Mais alors, rien de rien. Les gens n’ont plus rien à perdre et n’ont plus qu’un seul désir : se venger de ceux qui les ont mis dans cette situation avant de passer l’arme à gauche. Alors, ils les prennent les armes, mais en mains, pour occire les nantis, la caste de ceux qui gouvernent le monde depuis l’invention de l’agriculture, ce fameux « progrès », qui signa le début de la fin. En abordant cette révolte, Grégory Jarry et Otto T. soulèvent la question de la non violence, sous un angle des plus intéressants… Et si les grands « sages » que furent Gandhi, Luther King ou le Dalaï Lama n’avaient fait qu’étouffer dans l’œuf des révolutions souhaitables et légitimes ? Quelle révolution se gagne pacifiquement ? Euh… Aucune ! Nos ancêtres auraient dû y penser avant de prendre la charrue… Avant les bœufs ! Et nous, aujourd’hui, on fait quoi avant que tout s’effondre ? A méditer… Et ce roman graphique vulgarisateur, drôle et pertinent vous donnera de sacrés bons arguments pour vous aider dans votre réflexion sur le sujet… Gros coup de cœur !!!

300 000 ans pour en arriver là de Grégory Jarry et Otto T. / FLBLB, 2019 / 21€

C’est l’été et il fait une chaleur d’enfer dans ce coin d’Italie où une bande de jeunes traîne son ennui… Rien d’autre à faire que glander dans les bois dans ce trou perdu où ils sont condamnés à passer leurs vacances. Au cours d’une de leurs virées, Alessandro, Daniele, Benny, Christian et Titti découvrent une carcasse de camion échouée sous un viaduc… Intrigués, ils approchent et sont accueillis par les aboiements d’un vieux chien aveugle… Ils découvrent alors un abri de misère : quelqu’un habite ce lieu, mais qui ? Ils décident de mener l’enquête… A travers les portraits de ces adolescents boutonneux à la pilosité débutante, grassouillets, maladroits et trouillards, un peu crétins mais forcément touchants, Paolo Cattaneo nous délivre une vision sans fard de l’âge ingrat et de ses affres, pertinente et criante de vérité par la véracité de ses dialogues mais surtout par la précision et le réalisme de son trait, uniquement esquissé au crayon à papier. Entre « Le club des cinq » et « Stand by me » en version italienne de la fin des années 90, Paolo Cattaneo signe avant tout avec « L’été dernier » le roman d’une  jeunesse enfuie, avec autant de nostalgie que de clairvoyance. Jamais le terme « joli coup de crayon » n’aura été aussi juste que pour qualifier le travail de Paolo ! Bravissimo !

L’été dernier de Paolo Cattaneo, Misma, 2019 / 20€

Fin de la seconde guerre mondiale. Profitant d’une permission, Jérôme a déserté de son régiment des forces canadiennes. Depuis, il se cache chez son grand-père, dans sa maison un peu délabrée, isolée au fond des bois. Les journées sont longues entre la compagnie du vieux plutôt du genre taiseux, la crainte d’être dénoncé et cette attente interminable de la fin du conflit qui libèrera Jérôme de son isolement… Pour passer le temps et se rendre utile, il entreprend donc quelques travaux dans le grenier de la maison. Il y découvre tout un tas d’objets ayant appartenu aux anciens propriétaires et apprend leur destin tragique : la femme s’est suicidée et un incendie a également failli détruire la maison… Désœuvré, Jérôme devient obsédé par l’histoire des lieux et commence à avoir des hallucinations… Premier roman graphique de deux jeunes canadiens issus du milieu du cinéma, « Jours d’attente » est un ouvrage prodigieusement original, par la construction du récit mais surtout par l’esthétique audacieuse et violente de la colorisation du dessin, réalisée en grande partie dans des tons pourpres, qui reflète à merveille la psychologie perturbée du personnage. Mystérieux et envoûtant, ce récit joue habilement avec les frontières du réel et du fantastique, nous laissant sonné comme au réveil d’un songe aux allures cauchemardesques. Puissant !

Jours d’attente de Simon Leclerc et Thomas Desaulniers-Brousseau, La Pastèque, 2019 / 19€

Depuis que qu’un parasite des plantes et des végétaux a détruit toute végétation sur la Terre, Synthesia, une société internationale d’OGM, nourrit avec ses pilules la totalité de la population mondiale. Les réfractaires à cet ordre établi, les « rétrogrades naturopathes » qui tentent encore de faire pousser plantes et légumes, sont sévèrement réprimés par les miliciens de la BAN (brigade anti-nature). Raoul, cuisinier dans le restaurant du chef étoilé Lartigue, né après la catastrophe écologique, n’a jamais rien connu d’autre que le mode alimentaire actuel… Mais Lartigue, si. Et celui-ci est nostalgique, forcément, de la gastronomie qu’il concoctait auparavant avec des « vrais » produits… Un soir, il invite Raoul et sa compagne Suzanne à dîner chez lui et ses deux convives découvrent dans leur assiette des saveurs pour eux inédites… Lartigue leur délivre son secret : sur le toit de son immeuble, il cultive sous serre des légumes… Ce qui bien sûr est totalement illégal ! Le lendemain, la BAN débarque chez Lartigue et détruit toute son installation… Désormais hors la loi, il est contraint de s’enfuir, avec Raoul et Suzanne considérés comme complices, et tous trois se réfugient chez une amie de Lartigue qui vit en communauté dans une zone déserte. Arrivés sur place, ils découvrent éberlués une immense serre, « le jardin d’hiver », où prolifèrent des milliers d’espèces végétales mais aussi des animaux aujourd’hui disparus… Paul Rey signe avec « Jardin d’hiver » une dystopie écologique et politique à la « Soleil vert » qui fait froid dans le dos, son propos se rapprochant hélas de plus en plus de notre réalité… Comment ne pas penser à l’emprise de Monsanto lorsqu’il évoque « Synthesia » ? Le monde qu’il nous décrit, insipide, sans chaleur et soumis à une totale répression, est parfaitement retranscrit par son dessin, uniforme et aux décors aseptisés, qui renforce ce sentiment de vide et d’uniformité. Un premier roman graphique fort réussi qui maintient le suspense jusqu’à la dernière page, tout en nous apportant une réflexion intelligente sur le devenir de la planète, si nous ne réagissons pas rapidement pour éviter le pire…

Jardin d’hiver de Paul Rey, Sarbacane, 2019 / 23,50€

Le conseiller polyvalent Jean-Marc Marque prodigue à ses clients ses conseils, qu’ils soient d’ordre conjugal, professionnel ou concernant leur développement personnel. Une noble tâche mise en place par ce personnage qui lui est bien loin de l’être, noble… Pingre, sexiste, raciste et homophobe, il cumule à lui seul et sans complexe tous les mauvais penchants de l’âme humaine ! Bon, à sa décharge, ses clients ne sont pas non plus exempts de tares en tous genres… Vous croiserez dans son bureau les nains de Blanche-Neige qui souhaitent se reconvertir pour trois d’entre eux dans le « pornain » (porno avec des nains), les quatre autres voulant « reformer » les Beatles, tout ça parce que cette « chaudasse » de Blanche-Neige les a déçus en les trompant avec les 7 mercenaires… Un chauffard qui a écrasé une femme enceinte et son bébé dans sa poussette, et qui ne pense qu’à son pare-choc qui a souffert dans la collision… Un lapin (sous acide !) qui a tué un chasseur en chantant l’hymne bien connu de son idole Chantal Goya… Un patron qui exploite les ouvriers sans vergogne… Un éléphant rose qui se plaint de n’être visible que par les alcoolos… Un djihadiste terrorisé par sa femme… Et même notre pauvre planète Terre qui n’en peut plus du réchauffement climatique ! Nicolas Poupon ne manque certes pas d’imagination et encore moins d’un humour qu’il distille bien noir et bien serré ! Vous le découvrirez au fil des pages de ce recueil d’histoires aussi hilarantes que déjantées qui dégage un jouissif goût de « mauvais genre » qui ne manquera pas de faire se bidonner les nombreux adeptes du genre, justement !

Avenirs en solde de Nicolas Poupon, Delcourt, 2019 / 17,95€

Après « Derrick » (chroniqué ici !), Gaet’s et Julien Monier nous présentent Maurice, un vieil homme taiseux et solitaire, nettoyeur lui aussi de scènes de crimes. Maurice n’a pas toujours fait ce sale boulot. Il était dans une autre vie un caïd sans pitié, craint et respecté par ses pairs… Comment en est-il arrivé là ? Stop, je ne vous en dirai pas plus ! Je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même le destin de Maurice / Marcello dans ce deuxième opus, tout aussi glauque et macabre que le précédent… Mais tout aussi addictif ! Si vous n’avez pas lu le précédent tome, vous pourrez tout de même aisément lire le second sans que cela nuise à votre compréhension… Mais je vous conseille vivement de le lire car non seulement c’est un petit bijou mais en plus vous retrouverez dans le second des éléments du premier ! Des textes acérés, un humour forcément noir, un dessin réaliste de toute beauté : ces sales histoires, sanglantes et violentes, dégagent une sacrée gueule d’atmosphère ! Quatre autres tomes sont prévus et chacun d’entre eux s’attachera sur le même principe à développer l’histoire d’un des nettoyeurs. Déjà hâte de découvrir le troisième tome, moi !

RIP : Maurice (tome 2) Les mouches suivent toujours les charognes de Gaet’s et Julien Monier, Petit à Petit, 2019 / 16,90€

Je vous avais longuement parlé du roman de Jean Teulé dont cette BD est la brillante adaptation (chronique ici !). Bien évidemment, l’histoire reste la même ! Mais si vous n’avez lu ni le livre ni ma chronique, voici le pitch en quelques mots : Après une année particulièrement difficile (sécheresse, grands froids, épidémies…), la famine règne dans la ville de Strasbourg en cet été 1518. Les gens, au comble du désespoir, n’ont d’autre choix que de noyer leurs enfants qu’ils ne peuvent plus nourrir… Ou de les manger… Enneline, comme tant d’autres femmes, vient de jeter son bébé depuis un pont. A peine rentrée chez elle, elle sort dans la rue et se met à danser, suivie bientôt de centaines de gens qui entrent dans la danse jusqu’à épuisement, et pour certains jusqu’à la mort. Cette « peste dansante » qui dura plus d’un mois laissa les autorités impuissantes devant ce phénomène qui a réellement existé mais n’a jamais été élucidé. Comment mettre en images une histoire aussi macabre sans tomber dans le glauque ? Il fallait bien sûr tout le talent de Richard Guérineau pour ne pas tomber dans le panneau et ce familier de l’univers de Teulé (il a déjà adapté « Charly 9 » et « Henriquet, l’homme reine ») s’en sort une fois de plus haut la main avec sa vision aussi énergique que passionnante du roman de « Maître » Teulé ! La modernité et l’humour des dialogues dans le contexte historique (The « Teulé’s touch !) est une fois de plus sublimé par Richard Guérineau par l’élégance de son trait qui traduit à merveille le mouvement des corps, mais aussi par ses décors somptueux qui nous immergent totalement dans le Strasbourg du 16ème siècle. Nul doute que Monsieur Teulé a trouvé le meilleur partenaire qui soit pour illustrer au plus juste et de manière aussi flamboyante l’originalité de son œuvre !

Entrez dans la danse de Richard Guérineau (d’après Jean Teulé), Delcourt, 2019 / 16,50€

Sous forme d’entretiens imaginaires entre Ravel et son ami et ancien élève Roland Alexis Manuel, Aleksi Cavaillez dessine l’imaginaire musical du grand compositeur, sur un scénario de Karol Beffa (compositeur) et de Guillaume Métayer (chargé de recherche au CNRS), dans cette biographie raffinée et soignée. Au fil des pages, vous découvrirez sous la légèreté étudiée du trait d’Aleksi, les grandes lignes de la vie de Ravel, parsemées d’anecdotes savoureuses sur ses rencontres, ses amitiés et ses voyages, dans une prodigieuse immersion dans son œuvre mais aussi dans sa personnalité, fort attachante… Vous y croiserez les grands créateurs de l’époque (Debussy, Fauré, Stravinsky, Colette, Gershwin, Satie, Isadora Duncan…) et assisterez à la naissance des grandes œuvres de ce créateur de génie, à la fois rigoureux et fantaisiste, tout au long de ce bel hommage dûment documenté. Si la première partie donne la parole à Ravel lui-même dans un somptueux noir et blanc, la seconde prend des couleurs avec le témoignage de Roland Alexis Manuel : un graphisme éloquent d’une grande originalité qui fait preuve d’une sacrée belle sensibilité ! En fin d’album, vous trouverez les notes en forme de profession de foi, en autant de témoignages de leur admiration, des deux scénaristes et celle d’Aleksi Cavaillez qui sait si bien « dessiner la musique »… Ces trois regards croisés sur un des plus grands compositeurs du 20ème siècle vont éclairer autant que ravir ces nombreux admirateurs !

Ravel : un imaginaire musical de Karol Beffa, Guillaume Métayer et Aleksi Cavaillez, Seuil / Delcourt, 2019 / 24,95€

Zola, pigiste chez Hachette, rêve de devenir écrivain. Il mène une vie sage et rangée, vit encore chez sa mère, mais côtoie de nombreux artistes, dont Manet, qui un jour lui présente Alexandrine, une femme libre au caractère bien trempé qui a fui la misère et sa condition sociale toute tracée pour devenir son modèle. Zola et Alexandrine vont tomber follement amoureux et finiront par se marier, contre l’avis de Madame Zola mère, peu ravie de voir son fils d’origine bourgeoise épouser cette « créature » de basse extraction… C’est pourtant en grande partie grâce à Alexandrine, qui l’infiltrera dans les milieux ouvriers, que Zola trouvera l’inspiration pour écrire son œuvre, les « Rougon-Macquart », grâce à cette femme qui l’a littéralement porté vers la gloire, avec un sens de l’altruisme et un amour hors du commun… Fin de l’histoire ? Hé, non ! Car Zola a mené une double vie sentimentale avec Jeanne, lingère d’Alexandrine, à qui il a fait deux enfants… Amoureuses et courageuses, intelligentes et obstinées, les deux femmes de Zola ont l’une comme l’autre contribué dans l’ombre à son bonheur en lui apportant chacune à leur manière et en toute abnégation, l’équilibre dont il avait besoin. Si Alexandrine n’a pu lui donner d’enfant, elle a largement contribué à la reconnaissance d’auteur confirmé dont il rêvait… Quant à Jeanne, douce et effacée, elle lui a donné la descendance qui lui était inaccessible… Zola a profondément et sincèrement aimé ces deux femmes et les a respectées jusqu’à son dernier souffle, même s’il n’a jamais pu choisir entre ses deux amours… Méliane Marcaggi, en nous dévoilant l’intimité de Zola, nous dresse avec une belle sensibilité le portrait de ces deux femmes, dévoilant avec pudeur la relation amoureuse qui les liaient à Zola, mais aussi leurs rapports de « rivales » qui ont dû partager l’homme de leur vie, ce qu’elles ont fait avec une incroyable modernité pour l’époque. Sur ce beau sujet, maîtrisé à la perfection par Méliane Marcaggi, il fallait un dessin à la hauteur du scénario pour restituer l’époque et la richesse des courants artistiques qui l’ont traversé. Ce qu’Alice Chemama, toute jeune dessinatrice, a réussi avec un immense talent, en faisant un travail remarquable sur la couleur et la lumière à la manière des impressionnistes… Le résultat est époustouflant de beauté et fait montre d’une incroyable maturité. Élégant, touchant et d’un esthétisme irréprochable, « Les Zola » est un pur bijou de délicatesse ! 

Les Zola de Méliane Marcaggi et Alice Chemama, Dargaud, 2019 / 20€

Noël, jeune garçon handicapé mental, a toujours vécu avec sa Mamoune dans leur petit appartement de Berlin. Protégé par l’amour inconditionnel de sa mère, Le petit garçon s’est toujours senti protégé dans son univers familier. Jusqu’au jour où sa maman décède, laissant Noël désemparé, loin de ses repères, embarqué pour un lieu inconnu, dans un centre pour des enfants qui, comme lui, sont déficients mentaux… Noël ne comprend pas bien ce qui lui arrive et il est terrorisé par la peur de l’inconnu… Au centre de Neuerkerode, il va devoir apprendre à prendre ses repères au milieu d’inconnus qui vont lui apprendre avec bienveillance à vivre autrement, dans une large autonomie… Mikaël Ross s’est immergé dans ce centre pendant deux ans pour nous offrir un témoignage sincère de son expérience qu’il a mis en mots et en images dans cette bande dessinée généreuse et empreinte d’humour, et son regard juste et tendre posé sur ces enfants « différents » modifie le nôtre sur le handicap avec une humanité incomparable. Ce petit monde attachant qu’il nous décrit au fil des  pages, d’une naïveté confondante et pure, vit avec ses propres codes, sans filtre et sans souci des apparences, encadré par des adultes qui leur offrent une chance de s’épanouir dans un climat de bienveillance et de respect… Avec la poésie et l’humour qui se dégagent des dialogues servis par un dessin aussi beau qu’expressif, Mikaël Ross a mis tout en oeuvre pour nous émouvoir dans ce formidable plaidoyer pour le droit à la différence. Réalisé avec la fondation protestante de Neuerkerode pour les 150 ans de cette belle aventure humaine, « Apprendre à tomber » inspire un respect et une admiration totale et donne foi en l’humanité… Fait assez rare pour être souligné !

Apprendre à tomber de Mikaël Ross, Sarbacane, 2019 / 22,50€

Christine Le Garrec

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