Juke Box N°52

Je vous propose aujourd’hui un juke box très éclectique qui survole bon nombre de genres musicaux ! Du reggae festif et cuivré avec Alambic ou davantage roots jamaïcain avec Smad, de l’électro hispanisant avec DJ Click y Bolboreta, du jazz afro cubain avec Manuel Anoyvega Mora, du « blues folk rock » avec Franck et Damien, du rap (mais pas que) avec Simia, de la pop rock électro » avec The Wash ou du punk rock apocalyptique avec Sunflowers ! Du bon son, de belles voix qui vont vous faire vibrer, des textes forts et engagés… Un cocktail détonnant à savourer sans modération au gré de vos envies ! Bonne écoute à toutes et à tous !

Sur des rythmes reggae mêlés de salsa cuivrée, les six compères d’Alambic nous déclinent leur philosophie de vie en neuf titres toniques et dansants, en autant de « rhumèdes » contre la morosité ! Au fil de cet album « caliente », ces voyageurs aux pieds nus, riches de leur temps libre et de leurs rencontres, font monter la température au coeur des frimas de l’hiver avec leur musique chaleureuse où ils posent leurs mots comme des oiseaux sur une branche pour nous raconter des histoires, en tranches de vie malicieuses ou nostalgiques. Les amitiés dispersées au fil du temps qui passe, les amours rongées par l’usure qui se délitent ou celles qui peinent à s’installer, les désillusions d’une jeunesse sans avenir, la nostalgie du pays d’enfance… Des thèmes à priori tristounets qu’Alambic travaille à sa sauce bonne humeur pour nous laisser voir l’essentiel : il faut désespérément vivre l’instant présent et profiter de la vie, quoi qu’elle nous réserve ! Une touche d’humour bien sentie apporte quelques degrés supplémentaires à cet album fort en goût avec les titres « Rhumède » où l’on découvre le portrait d’une centenaire (indigne mais libre !) conservée par (et dans !) l’alcool, et « Troisième âge » qui dépeint une France vieillissante où les vieux, lents, sourds et presque aveugles font la loi dans nos villes et dans nos campagnes ! Promis, ce que distille cet alambic-là va assurément vous enivrer, mais certainement pas vous saouler ! Vous pouvez y aller, c’est du tout bon !

Premier des derniers / Alambic / Creepy Music / Otaké Prod / Octobre 2019 / 14€

Je vous avais déjà présenté DJ Click à l’occasion de la sortie de son album « Play it again » (chroniqué ici !) après avoir eu le plaisir de rencontrer ce prince des manettes au festival des Nuits de nacre (compte-rendu, photos, vidéo et interview ici !) Et bien, le voilà de retour… Et en excellente compagnie ! Il nous propose aujourd’hui de savourer un cocktail détonnant où rythmes hispanisants se marient harmonieusement à une savoureuse sauce electro balkanique, qu’il a réalisé en compagnie de Lydia Botana (Bolboreta) qui apporte au projet sa voix chaude et envoûtante mais également ses dons de musicienne (accordéon, percussions, instruments traditionnels). Conçu en variations sur le même thème, cet album nous propose seulement deux titres issus de thèmes galiciens traditionnels (« Tua nai é meiga » (ta mère est une sorcière) et « Terra de cores » (terre de couleurs) que DJ Click remixe dans une palette aussi colorée qu’inventive pour un résultat explosif, joyeux, dansant, parfois planant… Et carrément bluffant car aucune des huit pistes ne se ressemblent ! DJ Click confirme une fois de plus son talent avec cet album… Et Bolboreta qui nous embarque dans ses sortilèges, est une sacrée belle découverte ! Je vous invite vivement à vous précipiter pour écouter cet album empreint d’énergie et de joie de vivre qui va vous mettre une patate d’enfer !

DJ Click y Bolboreta / Décembre 2019 / lien de téléchargement ici !

Après avoir accompagné (presque) dans l’ombre les plus grands sur scène pendant près de quarante ans, Manuel Anoyvega Mora s’est enfin mis en pleine lumière pour nous offrir huit titres flamboyants, en autant de déclarations d’amour à Cuba, sa terre natale, mais aussi à la France qui l’accueille depuis de nombreuses années. Ces huit compositions sensibles et personnelles font éclater au grand jour la virtuosité de ce pianiste d’exception qui alterne titres intimistes jazzy de facture classique et titres afro cubains dansants et fiévreux, avec sensibilité et raffinement au cours d’envolées où tout son art s’exprime pleinement. Fort bien accompagné de talentueux musiciens cubains et français (Pierre Guillemant à la contrebasse, Abraham Mansfarroll à la batterie, Guillaume Naturel au saxo et à la flûte et Inor Solotongo aux percussions), Manuel Anoyvega Mora, enfin en premier plan, nous offre avec cet album riche et dépaysant un joyau étincelant qui alterne subtilement les genres pour abolir les frontières terrestres et enrichir celles de l’âme et du cœur. Diablement inspirée, sa musique nous fait tutoyer les anges par sa pureté et sa sensualité…

Cuba Cuba / Manuel Anoyvega Mora / Fofeo Production / Caroline International / Novembre 2019 / 15€

Entre blues folk et folk rock, entre titres bruts et nostalgiques et rythmes entraînants et électrisants, la musique de Franck et Damien semble nous venir tout droit des USA. Semble seulement… Car ces deux talentueux musiciens, contrairement à ce que leur musique pourrait nous faire supposer, sont des frenchies pur jus venus tout droit de la région bordelaise ! Leur duo est né après une rencontre impromptue sur le bord d’une route où ils ont échangé sur leurs passions respectives pour la musique : de ce coup de foudre musical, une belle complicité artistique a vu le jour et ils ne sont plus quittés… Le hasard fait décidément bien les choses car il aurait été fort dommage que leurs chemins ne se croisent pas, tant l’osmose entre ces deux-là est palpable ! C’est ce que vous allez découvrir au fil de ce superbe premier album qui nous embarque en dix pistes sur des chemins apaisants et envoûtants, avec une exceptionnelle maturité : beauté et pureté des guitares qui s’habillent de slides, harmonica lancinant, percussions efficaces, voix chaude et suave qui nous enveloppe sensuellement dans un bain de douceur, textes résolument positifs… Les talents conjugués de Franck et Damien, par leur authenticité, nous ramènent aux sources d’un folk lumineux, puissant et sensible tout à la fois, qui touche droit au cœur. Vous pourrez les rencontrer et les écouter le 21 Février à 17H30 à la FNAC de Bordeaux (showcase et dédicaces !)

You can find your way / Franck et Damien / Soulbeats Records / Novembre 2019 / 15€

Je les avais croisés lors d’un festival en Corrèze, il y a un peu plus de deux ans (compte-rendu, photos et interview, ici !)… Un superbe concert empreint d’énergie positive, mais aussi une belle rencontre ! Aussi, lorsque j’ai appris qu’ils sortaient un premier album, je me suis bien sûr précipitée pour l’écouter ! Et j’y ai retrouvé les mêmes émotions, la même pêche et les mêmes valeurs qu’ils défendaient déjà sur scène lors de ce concert où ils étaient venus jouer gracieusement au profit d’un beau projet initié par l’association One Love, qui apporte généreusement son soutien pour scolariser des enfants défavorisés en Gambie. Avec « Indépendant », les Smad nous déclinent en douze titres, au son d’un reggae roots aux accents jamaïcains, leur philosophie faite de partage, de respect, de fraternité, d’amour et de rêves nourris d’espoir, avec une authenticité rare. Accompagnés sur trois titres par Cam (Ryon), Lidiop et Max Livio, ils nous offrent un album solaire qui nous invite à transformer nos rêves en réalité et à dessiner les contours du monde de demain sans oublier sur les bas-côtés les âmes blessées : du reggae français de caractère, indépendant et libre, bien loin du strass et des paillettes, qui donne autant envie de danser que de se poser les bonnes questions : les Smad sont décidément des mecs bien, on ne peut plus fréquentables ! Ils seront en concert le 14 Février à la Maison du Peuple de Clermont-Ferrand, au profit de l’association « Tous unis pour Mathéo » ! (entrée libre).

Indépendant / SMAD / Lacaz / Novembre 2019 / 10€

Un flow nonchalant qui sait se faire incisif, des rimes affûtées qui sonnent juste et vrai pour raconter l’intime, sous des mélodies qui se parent parfois de couleurs pop : Simia se joue et déjoue les genres et les codes du Rap à travers cet EP où il dévoile en huit titres mélancoliques sa sensibilité d’écorché vif. A travers la mise à nu sensible et poignante de ses états d’âme, chacun pourra reconnaître ses propres fêlures : amours contrariées et chaotiques, peur d’être seul, peur d’être soi, difficulté de trouver sa place dans un monde de plus en plus violent et sourd envers l’humain… Simia, avec sincérité, a trouvé les mots pour décrire le malaise d’une jeunesse désabusée et amère qui se retrouve bien trop souvent reléguée à la marge malgré les diplômes « qui donnent des ailes mais qui jamais ne se déploient », et qui peine à bâtir sa vie sur des sables bien trop mouvants… Fondamentalement sombre, l’univers de Simia nous offre la photographie d’une époque où nous préférons « renforcer les cloisons plutôt que de scier nos barreaux » : désespéré, mais pas désespérant, il nous offre sa singularité et sa tristesse en cadeau et c’est une sacrée belle offrande…

Spécial / Simia / Universal Music / Octobre 2019 / liens de téléchargement ici !

Né de la rencontre entre un chanteur claviériste venu des USA (David Quattrini) et d’un guitariste français (Jérôme Plasseraud), le duo de The Wash nous offre avec cet album « tout ce qu’il faut de plaisir » et de dépaysement pour se souvenir d’eux ! Entre pop rock et électro pop saupoudré de folk, leur musique, portée par la voix chaleureuse de David et somptueusement arrangée dans un mélange des genres aussi subtil que revigorant, est aussi lumineuse que les premiers rayons de soleil du matin ! Alternant ballades douces et mélancoliques, parfois planantes et psychédéliques, et titres joyeusement dansants, cet album délicieusement « vintage » donne envie de flâner au soleil et vous met des rêves d’été plein la tête au fil des onze titres qui le composent ! The Wash se produira en concert le 25 Février à La Boule Noire à Paris !

Just enough pleasure to remember / The Wash / Velvet Cream / Février 2020 / 16€

Je vous avais présenté leur album « Castle spell » (chronique ici !) il y a deux ans. Et bien, ça y est ! Revoilà les Sunflowers sur le devant de la scène avec cet album « concept » pour le moins explosif et décadent, où ils explorent avec audace et talent les pistes d’un trip musical électrisant, désordonné et apocalyptique des plus imprévisibles ! Au fil des douze titres, ils nous font passer par toute une palette d’émotions… Pistes calmes, rêveuses et planantes sont toujours prélude à un déluge de sons furieux et incantatoires, révélé par des guitares déjantées, des claviers tempétueux et une batterie endiablée augurant la fin d’un voyage… Ou un voyage sans fin puisque tout n’est qu’éternel recommencement ! Un mélange qui laisse toute place à l’expérimentation et à la folie créatrice de notre duo portugais (Carolina Brandao et Carlos de Jesus), augmenté sur cet album étonnant de la présence (très présente !) d’un batteur survolté. Entre douceur et violence, entre rêves de rivages lointains hospitaliers et cauchemars récurrents de fin du monde, les Sunflowers nous baladent entre chaud et froid dans ce trip hallucinogène où explose leur talent à l’aune de la rage qu’ils déploient pour réveiller nos consciences et ouvrir nos oreilles ! Ils seront en tournée en Europe jusqu’en Septembre (début des dates ici !) et notamment en concert à Paris le 21 Avril au Supersonic… Si vous êtes devant la scène, n’oubliez pas vos bouchons d’oreilles… ça déménage grave de grave ! Sunflowers ? Du magma en fusion !

Endless voyage / Sunflowers / Only Lovers Records / Kuroneko / Février 2020 / CD : 11,70€, vinyle : 20€

Christine Le Garrec

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