Obi-Wan Kenobi: Natalie Holt, victime de John Williams et Disney…

La dernière fois que John Williams retrouvait sa chère et tendre galaxie lointaine, c’était sur Solo, spin-off malmené de l’ère Disney, où l’opportunité lui a été donnée d’offrir (enfin) un thème au célèbre contrebandier et propriétaire du Faucon Millénium, pendant que John Powell assurait la reprise du flambeau en parfaite autonomie. C’est selon cette même mécanique que se calque la série Obi-Wan Kenobi, première du nom à rétablir une passerelle avec la prélogie de Georges Lucas et à voir rempiler son acteur d’origine, Ewan McGregor, dans le rôle-titre ; laissant cette fois-ci les commandes musicales aux soins de la novice Natalie Holt, épaulée par William Ross; orchestrateur de la dernière trilogie et de Rogue One. Beaucoup de monde donc, pour un si petit format dont la durée totale n’excède pas les 5 heures; ce qui perturbe justement l’équilibre de sa force…

À trop vouloir mélanger passé et présent, Disney bricole un score hybride bordélique qui jongle maladroitement entre tradition symphonique et mainstream pompeux. Maître Williams, toujours aussi investi dans sa mission, incarne – sans surprise – les ‘vestiges’ d’un passé révolu : ses quelques notes esseulées aux consonances bien familières évoquent un vétéran de guerre confronté à une solitude extrême, où règnent le désespoir et la résignation. L’instrumentation se fait plus dépouillée, le rythme plus contemplatif, mais, très vite, la mélodie évolue vers des tonalités plus héroïques et optimistes, qui donnent un nouvel élan à cette aventure : l’heure est venue de croiser le sabre avec les forces du côté obscur ! (‘Obi-Wan Theme’). Mais, au-delà du plaisir (coupable) de retrouver la maestro à l’œuvre, il faut saluer la robustesse de cette mélodie faussement simpliste, que beaucoup critiquent malgré tout depuis sa mise en ligne, avant la sortie de la série.

Et puis… Attendez… Il semblerait que le score n’a pas été correctement uploadé ! Ou alors, nous n’étions pas au courant que Natalie Holt avait finalement cédé sa place à Lorne Balfe ? Vous l’aurez compris, la suite de l’album a le goût amer d’une mauvaise blague : la musique bascule sans crier gare vers une mélasse électro-orchestrale qui matérialise le pire cauchemar des puristes (‘Order 66’, ‘Inquisitors’Hunt’, ‘Cat and Mouse’ ou ‘ Sensing Vador’). Celle qui a su magnifier le voyage ‘multiversel’ de Loki avec un savant mélange de fiddles et de thérémine dissout toute forme d’originalité au profit d’une écriture impersonnelle dopée à Remote Control. D’un point de vue fonctionnel, cela n’affecte en rien la narration (‘Young Leia’, ‘Ready To Go’) ni le dynamisme de l’action (l’excellent Dark Side Assault, le terrifiant ‘Empire Arrival’) mais l’on perd tout l’intérêt d’avoir missionné une compositrice ‘indépendante’, dont la quête d’identité (et de notoriété) semblait pourtant propice à une imagination moins stérile. Si nous ne sommes pas réfractaires à ‘l’évolution’, ‘l’innovation’ ou la ‘mutation’ (appelez-ça comme vous voulez) de l’univers musical Star Wars (nous adorons le Mandalorian de Ludwig Göransson), on vous fera remarquer que l’approche mainstream de Holt contraste beaucoup trop avec la dimension nostalgique de la série ; d’autant plus que le score pâtit cruellement d’un manque de connexion à l’œuvre de John Williams, comme lorsqu’il se refuse d’employer les thèmes de Vador, de Leia, ou de la Force, à de multiples occasions. Mais pourquoi diable renier une mythologie musicale aussi iconique et populaire que Star Wars ? ‘The Imperial March’ aurait-il atteint sa date de péremption ? Serait-il devenu trop ‘théâtral’ pour notre époque ? On parie pourtant qu’Hayden Christensen aurait adoré l’entendre à nouveau en souvenir du bon vieux temps ! Au lieu de ça, les apparitions du Seigneur Noir des Siths sont réduites à quelques nappes grondantes; rappelant la partition organique de Marco Beltrami sur Logan (la fin de ‘Cat and Mouse’, ‘Sensing Vador’, ‘Parallel Lines’). Ou peut-être s’agissait-il simplement de minimiser sa présence pour amplifier son impact (le mythique thème de l’Empire Contre-Attaque se manifeste quand même en dernière minute dans l’ultime épisode (‘Overcoming the Past’)). Le débat reste ouvert… Quant à l’affrontement Vador/Kenobi, n’aurait-il pas été plus spectaculaire sur un rappel de ‘Battle of the Heroes’ ? Bref, les ressources ne manquaient pas pour honorer ce riche (le mot est faible) héritage… Mais à qui la faute en réalité ? La pression d’une mission trop intimidante ? Ou des exécutifs Disney en guerre contre la créativité ? On a notre petite idée sur le sujet…

Si cette absence de repères empêche la magie de battre son plein, l’intervention de William Ross, finalement plus importante que prévue, permet au moins de renouer avec un esprit plus ‘Williamsnesque’ par la force de l’orchestre symphonique, où le thème de Kenobi se voit heroïsé à des instants cruciaux (les retrouvailles entre Vador et Kenobi dans ‘I Will Do What I Must’ et ‘Overcoming the Past’ ou en conclusion de chaque épisode dans ‘End Credits’). Soulignons également la dimension émotionnelle développée par Holt, qui fait partie des rares réussites de ce score avec notamment ‘Nari’s Shadow’, ‘Hold Hands’, ‘Sacrifice’ ‘Bail and Leia’ et ‘Who You Become’, où la compositrice démontre sa belle sensibilité au rythme de ses envolées mélancoliques. Alors oui, le résultat n’est peut-être à la hauteur du personnage mais l’on se réjouira pour une fois des bienfaits du fan-service, qui ont permis de voir John Williams reprendre les armes dans notre bonne vieille galaxie lointaine !

David-Emmanuel – Le BOvore